Agences de Notation

Aux sources de la Pensée unique et comment reconquérir le pouvoir intellectuel

Aux sources de la Pensée unique  et comment reconquérir le pouvoir intellectuel

COMMENT DÉFENDRE L’ÉCONOMIE OU LE SECRET BANCAIRE AVEC DES CONCEPTS HISTORIQUEMENT FAÇONNÉS SOUS LE REGARD DE BOURDIEU OU DE FOUCAULT? OU MÊME DE TROTSKI

Les facultés de sciences humaines ont migré dans les années cinquante vers une gauche plus ou moins prononcée. Pourquoi le libéralisme a-t-il si rapidement déserté ce terrain?

PLUS DE LIBERTE EN SUIVANT :

Dans les années 1950, en Europe comme en Suisse, fut conclu ce que l’on peut appeler le «compromis historique» qui allait sceller la grande réconciliation entre capitalisme et socialisme contre l’ennemi commun: le communisme. Mais ce compromis avait un coût: en échange d’une reconnaissance du principe de la défense nationale et de l’économie de marché, la droite libérale acceptait un vaste réaménagement du système de protection sociale, dont l’un des symboles sera, en Suisse, l’AVS.

Ce rassemblement aura un volet politique: en Suisse, c’est la «formule magique», inventée en 1959; il revêtira d’autres formes en Italie et en Allemagne. Mai 68 sera notamment une réaction «gauchiste » à cette évolution.

En réalité, les termes de l’»accord» entre droite libérale et gauche démocratique contenaient un autre élément, rarement évoqué. Dans le cadre de ce qui peut apparaître comme une répartition des rôles entre les deux camps, la droite a abandonné un autre secteur à son adversaire devenu plus ou moins allié: le pouvoir intellectuel.

De fait, dans les années cinquante, les facultés de sciences humaines, avec des intensités variables selon les lieux et les disciplines, migrent vers une gauche plus ou moins prononcée.

Pourquoi le libéralisme a-t-il si rapidement déserté ce terrain?

Une première réponse vient à l’esprit.

De nombreux jeunes, tout à la liberté renouvelée qui se répand dans les années 70, préfèrent s’orienter vers des métiers plus rémunérateurs qu’offre le monde de l’entreprise et de la finance et rechignent à s’atteler à des carrières de chercheur parfois moins rutilantes, sauf quand elles ont un lien direct avec l’industrie.

Il y a peut-être une autre raison, qui dépasse le seul esprit de lucre qui hanterait la jeunesse. Il est possible que les étudiants se soient progressivement lassés du conformisme intellectuel, à la fois égalitaire et uniformisateur, qui régnaitdans de nombreux établissements.

Mieux vaut se consacrer au développement d’entreprises, là où une liberté, même fantasmée, existe encore, plutôt que se soumettre à la doxa mandarinale que mai 68 n’a guère écorné

Quelles qu’en soient ses motivations, le calcul est hélas erroné.

 Et le libéralisme, philosophique, politique ou économique, est la première victime de ce retrait du terrain intellectuel, ne conservant que quelques «poches», au bon vouloir d’individus agissant en général de leur propre chef. Car la bataille intellectuelle conditionne souvent les batailles ultérieures.

Ce problème concerne aussi les milieux économiques. Comment défendre l’économie ou le secret bancaire avec des concepts historiquement façonnés sous le regard de Bourdieu, de Foucault et même parfois de Trotski?

 L’économie suisse a fait des progrès sensibles, en créant notamment le think tank Avenir suisse( http://www.avenir-suisse.ch/fr/avenir-suisse.html), chargé de réfléchir sur certaines problématiques en dehors de tout travail de lobbying politique «immédiat». Il faudrait aller plus loin et prendre les problèmes en amont, alors qu’ils se trouvent encore dans leur abstraction théorique, au moyen d’une stratégie intellectuelle globale!

OLIVIER MEUWLY Paru dans Entreprise Romande avril10

2 réponses »

  1. En ce qui concerne la recherche en économie, et particulièrement en France, un autre facteur important me vient à l’esprit: les possibilités de publications nécessitent de se soumettre, en partie, à certains critères (modèles économiques souvent fondés sur l’importance de la réglementation, études empiriques au détriment de l’étude des concepts du marché) qui vont clairement à l’encontre de la pensée libérale.

    Par ailleurs, une autre difficulté profonde est morale: Etre chercheur en France veut souvent dire être fonctionnaire, une chose difficilement acceptable par les libéraux.

    Troisièmement on constate aussi une faiblesse des « think tanks » en France et en Europe -bien que cela évolue tout doucement- et de ce fait, la promotion des idées contradictoires, opposées à la pensée mainstream en est donc affaiblie.

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