Europe

Jean Pierre Petit : Que peut donc faire David Cameron? (1/3)

Jean Pierre Petit :  Que peut donc faire David Cameron? (1/3)

Jean-Pierre Petit  L’ÉTAT DES LIEUX.

La sous-performance de l’économie britannique traduit des défaillances structurelles profondes.

AUJOURD’HUI LES FAIBLESSES DU MODÈLE BRITANNIQUE CONTINUERONT DE PESER SUR LES PERSPECTIVES FUTURES D’EXPANSION.

PLUS DE PETIT EN SUIVANT :

Durant la crise, la longue contraction (six trimestres consécutifs) de l’économie britannique (-6,2% au total) a été plus sévère que la moyenne de l’Union Européenne (5,3%) ou que la zone euro (-5,2%) ou que les Etats-Unis (-3,8%).

Seuls des pays comme le Japon (-8,4%) ou l’Irlande (-13%) ont, au sein du monde riche, fait «pire» que le Royaume-Uni.

Le redressement qui s’est amorcé au quatrième trimestre 2009 et au premier trimestre 2010 est l’un des plus faibles parmi les pays occidentaux.

Cette sous-performance de l’économie britannique traduit des défaillances structurelles plus profondes.

La croissance potentielle est passée selon l’OCDE, de 2,0% dans les années 70, à 2,6% dans les années 90, avant de diminuer à 1,2% en 2010.

Durant la décennie 90, la croissance moyenne était de 2,5% par an: durant la décennie 2000 elle sera descendue à 1,4%.

Au-delà de ces chiffres, la crise a révélé les défaillances de son modèle: une croissance artificiellement alimentée par la consommation privée (elle-même favorisée par chute du taux d’épargne, celui-ci passant de 9,6% en 1997 à 1,5% en 2008) et les dépenses publiques (au cours des années 2000); un secteur financier hypertrophié, une grossière bulle immobilière et un niveau très élevé de dette privée. Et ce legs va probablement peser durablement sur les perspectives économiques de la Grande-Bretagne.

En fait, le choix du Royaume Uni a été notamment de jouer à plein le rôle international de la City comme place d’intermédiation financière internationale, ce dont témoignent les flux de capitaux internationaux vers le Royaume Uni, allant bien au-delà de ce qui est nécessaire pour financer le déficit courant britannique. Cela s’est logiquement accompagné d’un développement d’emplois à qualification élevée et fortement rémunérés.

 Cela s’est aussi accompagné d’un développement hypertrophié de l’immobilier; besoins de bureaux liés aux services financiers et aux services liés (juridique); acceptation par les banques de taux d’endettement très élevés, insensibilité des personnes à revenus très élevés aux niveaux de taux d’intérêt; effets de richesse importants, …

De tout cela s’explique l’essentiel de la structure de l’économie britannique;

a) poids croissant des services financiers;

b) poids croissant des secteurs tirés par les services financiers et le modèle britannique; immobilier, services aux particuliers, loisirs?….;

c) déclin de l’industrie manufacturière;

d) développement d’industries sophistiquées peu capitalistiques (IT, pharmacie, biotechnologies, …).

La part du secteur manufacturier dans le PIB est passé de 23% au début des années 70 à 12% à la fin des années 2000. Dans le même temps, la part des secteurs de la construction et des services immobiliers (location, financement,…) a augmenté de 13 points de PIB à 39%, et celle du secteur financier a augmenté de 10 points à 10% du PIB. Aujourd’hui, les faiblesses du modèle britannique continueront de peser sur les perspectives futures d’expansion.

En particulier, le secteur bancaire le plus affaibli par la crise fut le système bancaire britannique.

C’est au Royaume-Uni que les pouvoirs publics ont été les plus interventionnistes dans la crise bancaire: le gouvernement a ainsi du procéder à des nationalisations totales (Northern Rock) ou partielles (Royal Bank of Scotland, dont l’Etat détient 84%). Au total et selon le FMI, le total des concours publics en faveur des banques (injections de capital, rachats d’actifs, prêts du Trésor, supports de la banque centrale garantis par le Trésor) a atteint le niveau le plus élevé du G20, soit 20,2% du PIB (seulement 3,4% en moyenne dans le G20).

L’immobilier résidentiel, l’un des plus surévalués au monde, ne s’est pas réellement ajusté.

Les prix des maisons au Royaume- Uni ont dans un premier temps corrigé de presque 20% à partir d’octobre 2007 (indice Nationwide), revenant en Février 2009 au niveau de l’été 2004. Depuis février 2009, les prix immobiliers ont à nouveau rebondi de 10%, à la faveur du net repli du coût du crédit et des diverses mesures de soutien au logement et au bâtiment.

Quoiqu’encore inférieurs de 11% au pic, ils se situent aujourd’hui au niveau de l’été 2006, un an avant le démarrage de la crise.

L’endettement des ménages a atteint des records.

Pour les ménages, il se situait à mi-2009 selon des données harmonisées de la Banque de France à 149,4% du revenu disponible, soit à peine moins qu’aux Etats-Unis (158,9%) mais beaucoup plus qu’en zone euro (90,4%), même en Espagne (129,7%).

JEAN-PIERRE PETIT Economiste et Stratégiste de marché mai10

BILLET PRECEDENT : Jean Pierre Petit : La crise européenne n’affectera pas la planète (cliquez sur le lien)

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES :

Commentaire : La discrète déchéance de l’Angleterre (cliquez sur le lien)

Martin Wolf : La Grande Bretagne sur un fil… (cliquez sur le lien)

Allemagne/Royaume Uni : Des perspectives très différentes pour deux pays particulièrement touchés par la crise (cliquez sur le lien)

Commentaire : Royaume Uni / La montée du risque politique (cliquez sur le lien)

Commentaire : Royaume uni / Le patient est en vie mais le pronostic demeure défavorable (cliquez sur le lien)

Bruno Bertez : Le Royaume-Uni pire que les Piigs (cliquez sur le lien)

 
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