Douce France

En première ligne par Nicolas Baverez

En première ligne  par Nicolas Baverez

  Les grandes crises économiques comme les guerres constituent une épreuve de vérité pour les dirigeants politiques, départageant de manière impitoyable les hommes d’Etat des médiocres. Nicolas Sarkozy est soumis à cette ordalie.

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  Elu en mai 2007 pour moderniser la France à la faveur d’une forte croissance, il fut rattrapé dès l’été par le pire choc déflationniste depuis les années 30. Tout son quinquennat se déroule à l’ombre portée de la crise de la mondialisation, qui a frappé avec une particulière intensité les démocraties occidentales, donnant le coup de grâce à l’administration Bush ou à la troisième voie du Labour britannique.

La France a abordé cette secousse avec un double handicap : l’héritage de trois décennies de déclin économique et social ; un corps politique conservateur et divisé dont le vécu témoigne de sa difficulté à s’adapter aux accélérations de l’Histoire. Gouverner en temps de crise, c’est mécontenter. Ce qui présente des risques élevés en France, où les citoyens sont prompts à basculer de l’adulation à la détestation, de la résignation à la révolte.

Alors que Jacques Chirac laissait la France à la merci des événements, Nicolas Sarkozy a eu le mérite d’agir et de monter en première ligne dans la gestion des crises. Force est de constater que son coup d’oeil et son engagement se sont révélés efficaces dans l’urgence, qu’il s’agisse de la conclusion du traité de Lisbonne pour trouver une issue au blocage du projet de Constitution, de la médiation entre la Russie et la Géorgie, de la réunion à Paris d’un gouvernement économique européen pour sauvegarder les banques et lancer des plans de relance, de la création du G20, de l’aide financière à la Grèce et de la constitution d’un fonds de garantie de 750 milliards d’euros pour faire face à la crise des risques souverains en Europe. Contrairement aux politiques économiques conduites en 1975, 1981 ou 1993, la stratégie arrêtée à l’automne 2008 pour répondre à la déflation fut adaptée. Elle réussit à contenir la récession à 2,5 % en France contre 4 % en Europe, en donnant la priorité aux stabilisateurs automatiques qui permirent de limiter l’effort de relance à 1,2 % du PIB et à l’investissement sur une consommation déjà soutenue par les transferts sociaux.

Parallèlement, les excès de l’hyperprésidence et la révision constitutionnelle ont dynamité de manière paradoxale mais salutaire la monarchie présidentielle. D’un côté, le style de Nicolas Sarkozy a tué la présidence de droit divin pour la ramener dans le droit commun. De l’autre, comme en 1974, la révision constitutionnelle provoque des effets inattendus. Le droit pour le président de prendre la parole devant le Congrès s’est révélé n’être qu’un dangereux leurre, alors que des pouvoirs bien réels ont été dévolus au Parlement, à travers le vote sur le texte arrêté en commission, et aux citoyens, à travers la question prioritaire de constitutionnalité. Au total, la concentration démesurée des pouvoirs a débouché sur un réveil civique et une exigence accrue des citoyens en matière de contrôle de la sphère publique comme de règles éthiques applicables aux élus ou aux fonctionnaires. Les dérèglements de la présidence et le retour en force du dirigisme – par exemple via la taxe carbone – ont dessillé les Français sur l’utilité des contre-pouvoirs – y compris en matière de police avec l’indispensable limitation de la garde à vue – et les dangers d’un Etat qui prétend, du haut de son omniscience présumée, se substituer aux citoyens pour décider de leur destin.

La gestion de crise laisse pour l’heure inachevée la réforme voulue du modèle français. Des réformes importantes ont été engagées avec la libéralisation du marché du travail, la normalisation de la fiscalité sur les entreprises, le soutien de la recherche ou l’autonomie des universités, qui ont permis d’enrayer la chute de la compétitivité du pays (désormais au 24e rang).

Mais le modèle économique français n’a pas été fondamentalement modifié, qui repose sur une croissance molle tirée par une consommation financée par la dette publique.

Pis, la crise a entraîné la réhabilitation de la dépense publique (56 % du PIB), de l’étatisme et du dirigisme, alors qu’elle amplifiait les déséquilibres français liés aux coûts et aux performances dégradées des services publics (500 000 fonctionnaires de plus que l’Allemagne pour une population inférieure de 20 %), à l’insuffisance de la taille et de la compétitivité du secteur marchand, à la permanence d’un chômage de masse.

La France a bien géré la crise, mais raté la sortie de crise. La dérive de ses finances publiques a exacerbé le rigorisme monétaire et le nationalisme économique de l’Allemagne, jusqu’à mettre en péril le couple franco-allemand, la zone euro et la construction européenne. Sous le feu croisé des marchés et de l’Allemagne, la France est à un tournant qui décidera de la stature de Nicolas Sarkozy devant l’Histoire.

D’un côté, les marchés lui font payer la perte de contrôle de ses finances publiques (déficit structurel de 6,2 % du PIB, dette de 100 % du PIB en 2012) par un différentiel de taux qui se creuse avec l’Allemagne, et sa signature est menacée d’une dégradation qui ferait s’envoler le service de la dette (1 point de taux représente 2,5 milliards d’euros de charge supplémentaire sur les intérêts).

De l’autre, la multiplication des plans de rigueur en Europe la laisse isolée. Après la Grèce et l’Espagne, la France est dans la ligne de mire. D’où un choix cardinal pour Nicolas Sarkozy. Soit une rigueur différée et subie, avec la dégradation de sa signature et sa mise sous tutelle par l’Allemagne et le FMI. Soit une rigueur assumée et choisie, se fixant pour objectifs d’en limiter le coût en termes de croissance et d’emploi en profitant de la baisse de l’euro, de restaurer la liberté d’action de la nation et de conforter l’Europe 

Source le point juin10

BILLET PRECEDENT : Europe désunie, Europe dominée, par Nicolas Baverez (cliquez sur le lien)

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