Commentaire de Marché

L’économie américaine, un sacré casse-tête

L’économie américaine, un sacré casse-tête

Le spectre d’une rechute en récession hante les Etats-Unis. Il n’est pas évident de sortir l’économie US de l’ornière alors que les marges budgétaires et monétaires sont limitées.

PLUS/MOINS DE DOUBLE DIP EN SUIVANT :

Entre la nécessité de relancer la machine économique américaine et celle d’enrayer la spirale déficitaire dans laquelle les finances publiques de la première économie mondiale sont tombées -le casse-tête auquel se trouve confrontée l’administration Obama- les économistes interrogés récemment par la NABE, la National Association for Business Economics, ont choisi. Et c’est la relance qui l’emporte pour 70% d’entre eux alors que les autorités US viennent de revoir à la baisse la croissance du PIB, à +1,6% au deuxième trimestre, au lieu des 2,4% précédemment annoncés.

Mais pas question pour ces économistes de grever les finances publiques avec un nouveau plan de relance, ce qui n’est d’ailleurs pas dans les projets de la Maison Blanche. Les trois quarts des personnes interrogés par la NABE estiment que l’administration Obama devrait prendre des mesures isolées pour soutenir l’emploi, notamment via le levier fiscal, et une majorité d’entre eux souhaite qu’elle reconduise une partie des baisses d’impôts adoptées sous l’ère Bush et arrivant à expiration à la fin de l’année.

Spectre de récession

Si de telles mesures sont jugées souhaitables, c’est que certains économistes s’attendent à ce que le PIB enregistre une contraction au troisième trimestre et que le taux de chômage pour le mois d’août, dont les chiffres seront publiés vendredi, grimpe à 9,6%. Bref, le spectre d’une rechute en récession hante le pays. Et la publication de statistiques des dépenses des ménages meilleures qu’attendu (+0,4% en juillet) n’y change pas grand chose.

Vu à travers le prisme politique, le timing est on ne peut plus mauvais pour la Maison Blanche et les démocrates du Congrès qui risquent sérieusement de perdre la double majorité dont ils jouissent à la Chambre et au Sénat après les élections du 2 novembre. Et l’équation à laquelle est confrontée l’administration Obama, qui doit jongler avec des impératifs de relance et d’assainissement budgétaire, en devient quasi insolvable. S’exprimant sur la chaîne NBC, le président Obama a dû admettre dimanche que la croissance économique US n’avait pas atteint un rythme suffisant et qu’il n’existait pas de remède miracle pour solutionner le problème. Et le président américain de regretter le fait que des considérations « politiques de court terme » liées à la période électorale, rendait plus difficile l’adoption de mesures de relance.

Et de fait, gonflée à bloc par des sondages défavorables aux démocrates, l’opposition républicaine focalise la campagne électorale sur l’inefficacité des politiques économiques de l’administration Obama et leur coût exorbitant. Avec un déficit budgétaire attendu à 1.340 milliards de dollars cette année par le Bureau du budget du Congrès, un organisme indépendant, l’idée d’avoir à réinjecter des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars dans l’économie américaine après le plan de relance de relance de 862 milliards de dollars de 2009 est loin de faire mouche.

Baisses d’impôts

Par contre, la prolongation d’une partie des baisses d’impôts héritées de l’administration Bush semble avoir la cote auprès des économistes. La question sera débattue au Congrès à la rentrée et pourrait se concrétiser par la prolongation des avantages fiscaux dont jouissent les bas revenus et la classe moyenne. Les plus nantis, eux devront vraisemblablement faire une croix dessus.

Obama espère surtout que les élus du Congrès parviendront à mettre leurs intérêts électoraux de côté le temps d’adopter des mesures ciblées, visant notamment à rendre l’octroi de crédits plus accessibles aux PME ou à aider les chômeurs à rembourser leurs emprunts hypothécaires.

Si les détracteurs de la politique économique d’Obama ne manquent pas, les acteurs du marché obligataire, eux, se rangent de son côté et semblent même prêts à digérer une nouvelle hausse des dépenses publiques en vue de relancer l’économie. Les rendements sur les obligations d’Etat sont en effet au plus bas alors que les investisseurs se ruent sur les bons du Trésor. Cité par l’agence de presse Bloomberg, Andy Richman, gestionnaire de fortune à la Sun Trust Bank estime que les investisseurs ne s’inquiètent pas du déficit public, mais plutôt des risques de déflation et de ralentissement conjoncturel. Un souci que partage Ben Bernanke, le président de la Fed. Il a déclaré la semaine dernière que pour atteindre une croissance « solide et stable », il faudrait « des réponses appropriées et efficaces de la part des responsables économiques ». Et le banquier central d’ajouter que la Fed était prête à faire le nécessaire. L’idée serait de faire encore baisser les taux d’intérêts via de nouveaux achats massifs de titres d’Etat. Mais ici aussi, il y a des limites à ce qui est de l’ordre du faisable alors que d’aucuns craignent que la Fed devra débourser des sommes énormes pour n’obtenir qu’un résultat tout relatif sur les taux. Bref, le casse-tête est entier.

par Catherine Mommaerts L’Echo aout10

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Bernanke fait sa rentrée dans un climat d’inquiétude

Le discours de Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale (Fed), vendredi 27 août est tombé à point nommé pour les marchés mondiaux. En effet, les informations économiques très défavorables en provenance des Etats-Unis s’accumulent depuis quelque temps. Le chômage s’y maintient à un niveau quasi-record, l’inflation menace de se transformer en déflation et la confiance est encore très érodée. L’économie américaine est donc loin d’être sortie de sa convalescence, a jugé le président de la banque centrale américaine vendredi dernier.

La situation ne devrait pas s’améliorer, étant donné que trois des moteurs de l’économie américaine sont en chute libre: les fonds de relance publics, le mini-boom de reconstitution des stocks et les achats de logements bénéficiant d’incitations fiscales. Cette dégringolade concerne particulièrement le logement, où les achats ont atteint un plancher historique.

 Autres mauvaises nouvelles : les chiffres industriels initiaux dans certaines régions du pays révèlent subitement au grand jour le ralentissement du secteur manufacturier ou encore la réforme de la santé – si chère au président Barack Obama – qui fait grimper le prix des couvertures d’assurance-maladie.

Dans ces conditions, les petites entreprises, premières créatrices d’emplois, hésitent de plus en plus à embaucher. Il n’y a aucunes perspectives de croissance pour le troisième trimestre et le PIB pourrait même être en recul en fin d’année.

Pour couronner le tout, les nouvelles hausses d’impôts prévues pour 2011 font craindre un resserrement des activités économiques.

L’économie américaine est sur une pente savonneuse qui a obligé la Fed à réviser à deux reprises ses prévisions de croissance du PIB.

 Bien que certains estiment que la marge de manœuvre du président de la Fed est désormais réduite, il s’agit de savoir si M. Bernanke est prêt à envisager le recours à de nouveaux instruments d’assouplissement quantitatif non-conventionnels. Ces mesures iraient au-delà du simple achat «traditionnel» de bons du Trésor à longue échéance, lequel permet à la Fed de maintenir des taux longs faibles. L’objectif serait de stimuler l’économie par l’augmentation directe de la demande finale en contournant le système bancaire, qui contribue à la forte dégradation des ratios d’endettement.

Il a par exemple été envisagé de distribuer aux consommateurs des fonds à dépenser avant une date butoir, et non à économiser. Il est de plus en plus évident que banques et consommateurs assainissent leurs finances. Quels que soient les efforts entrepris par la Fed, il faudra contourner cet élément nuisible pour avoir une chance de réussite.

Vendredi dernier, M. Bernanke avait de nouveau une grande occasion d’évoquer les nouvelles mesures envisageables à l’issue de plusieurs jours de concertation avec des fonctionnaires de la Fed et les dirigeants d’autres banques centrales. Son discours a cependant été teinté d’une grande prudence, le président de la Fed indiquant seulement que «de nouveaux achats de bons du Trésor à long terme» seraient une bonne idée si les conditions le permettaient et que la Fed «ferait tout son possible» pour favoriser le rétablissement de l’économie. La Fed ne s’est donc pas prononcée sur la forme que pourraient prendre son futur plan d’assouplissement, même si elle sait déjà ce qu’elle aimerait tenter si les conditions le permettent.

Un autre facteur pourrait expliquer la discrétion actuelle de la Fed et de son président : le mouvement Tea Party soulève en effet une forte agitation politique au sein du Parti Républicain, et il progresse rapidement à l’approche des échéances du 2 novembre, à mi-mandat de la présidence américaine (où toute la Chambre des Représentants et un tiers du Sénat sont réélus). Ce mouvement en pleine expansion, qui prône la non-intervention de l’Etat, est très critique à l’égard de la Fed. Voilà qui pourrait expliquer pourquoi le président de la Fed souhaite adopter un profil bas d’ici aux élections de novembre.

André Keller Head of Sales Trading, Saxo Bank Schweiz. aout10

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Le discours du président de la Fed pendant le week-end instaure-t-il de fait et par référence à Alan Greenspan une sorte de Bernanke put?

Alan Greenspan avait en effet à son époque créé volontairement un sentiment de confort pour les investisseurs en laissant s’installer dans leur esprit la perception qu’il ne laisserait jamais tomber les marchés. Cette fois-ci, même s’il ne s’agit pas des marchés mais de l’économie, les marchés pourraient en tirer néanmoins les mêmes conclusions

A  l’occasion de la grande messe des banquiers centraux à Jackson Hole. Ben Bernanke a dressé un état des lieux assez complet de l’économie américaine et de la politique monétaire.

Une grande partie de ce dernier discours est consacrée aux différentes options dont la Fed dispose encore pour accentuer ses efforts de relance.

Ben Bernanke a énuméré quatre pistes qui permettraient d’assouplir davantage la politique monétaire: acquérir plus de titres à long terme (1), communiquer différemment (2), abaisser le taux de rémunération des réserves bancaires excédentaires actuellement fixé à 0,25% (3) et, en dernier recours, annoncer un objectif d’inflation supérieur à celui compatible avec la stabilité des prix (4).

Concrètement, cette quatrième option pourrait conduire le FOMC à exprimer sa volonté de viser temporairement un taux d’inflation de 4% ou 5%, voire davantage. En supposant que la Fed soit jugée crédible (ce qui reste à démontrer…), une telle annonce devrait se répercuter sur les anticipations d’inflation et impliquer une réduction des taux d’intérêt ‘réels’ ex ante de nature à stimuler le crédit et à réduire l’attrait de l’épargne. Selon Ben Bernanke, cette option n’est pas d’actualité… mais elle pourrait être adoptée si les anticipations d’inflation devaient fortement baisser sous l’effet d’une baisse prolongée des prix.

En résumé, le Président de la Réserve Fédérale se dit prêt à tout pour empêcher une baisse durable du niveau des prix. Ce faisant, le banquier central applique déjà l’approche rhétorique (2) citée plus haut. Sachant que l’option (3) serait quasiment sans effet, le FOMC devrait privilégier l’approche quantitative consistant à augmenter les achats de titres à long terme (1). Annoncée au début du mois, la décision de réinvestir les sommes issues des remboursements des obligations hypothécaires acquises par la Fed (400 milliards d’ici à fin 2011) constitue un premier geste dans ce sens.

source dynagest aout10

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