Changes et Devises

« SOS euro », par Christian Saint-Etienne

« SOS euro », par Christian Saint-Etienne

L’économiste Christian Saint-Etienne reste persuadé que l’euro est en danger et dresse les 3 scénarios possibles pour l’Euro 

EN COMMMENTAIRE :  

Une union monétaire où tous les pays sont identiques n’aurait aucun intérêt

On entend souvent dire que les pays de la zone euro qui se sont spécialisés dans les services au détriment de l’industrie manufacturière devraient se réindustrialiser ; que l’hétérogénéité des pays est un danger pour la stabilité de la zone euro et que par exemple les pays où les coûts salariaux ont augmenté plus vite devraient réduire les salaires ; on soutient que la présence de pays excédentaires et déficitaires en termes de commerce extérieur est une menace ; on voudrait avoir des règles budgétaires communes et on évoque la convergence des systèmes fiscaux ; la BCE rejette les écarts entre les taux d’inflation nationaux… Le message finalement est le suivant : si tous les pays de la zone euro étaient semblables (s’il y avait 17 Allemagnes !) la zone euro fonctionnerait beaucoup mieux. Mais une Union Monétaire où tous les pays sont identiques n’aurait aucun intérêt. A quoi sert une Union Monétaire ? – à allouer l’épargne là où se trouvent les projets les plus efficaces, donc à accélérer la convergence des pays aux revenus les plus faibles ; – à permettre l’exploitation des avantages comparatifs et la spécialisation productive des pays en faisant disparaître le risque de change ; – à éviter les crises de change dues aux asymétries entre les pays. Si dans une Union Monétaire, les pays sont initialement semblables ou le restent, elle n’a donc aucun effet positif.

EN LIEN :  http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=56526

PLUS DE COMMMENTAIRE EN SUIVANT :

Solutions à la crise des dettes souveraines : attention aux difficultés techniques insurmontables

Certaines solutions à la crise des dettes souveraines ont l’air a priori attrayantes, mais en réalité présentent des difficultés techniques insurmontables. Donnons quelques exemples : – l’émission commune d’obligations par les pays de la zone euro (euro-bonds) permet en théorie de régler le problème de solvabilité des émetteurs souverains, puisque la zone euro prise globalement est solvable, ce qui n’est pas le cas pour certains des pays de la zone. Mais le problème technique grave est le suivant : sur quelle base décide-t-on qu’un des pays est suffisamment en difficulté pour ne pas rembourser toute sa quote-part de l’emprunt fait en commun, c’est-à-dire que la garantie fournie par les autres pays doit jouer ? – il a été suggéré que le Fonds Européen de Stabilité Financière (EFSF) puisse racheter sur le marché secondaire, aux prix de marché, des dettes publiques de la zone euro. Ici aussi l’idée semble attrayante ; seuls les volontaires qui peuvent assumer les pertes sont vendeurs, le rachat de ces dettes conduit à une remontée de leurs prix, permet aux pays de se financer à des taux d’intérêt plus bas, améliore la liquidité des marchés de leur dette. Mais le problème est le suivant : personne n’a intérêt à être vendeur (à vendre à l’EFSF) puisque si les autres sont vendeurs, celui qui n’est pas vendeur s’enrichit (et peut-être échappe finalement au haircut) ; à l’équilibre, il n’y a pas de vendeurs, chaque détenteur de dette attendant que les autres vendent ; – la sortie de l’euro est parfois présentée comme le moyen de ramener de la croissance dans les pays en difficulté et de les réindustrialiser. Mais la sortie de l’euro n’est pas acceptable pour les emprunteurs privés des pays ayant une dette détenue internationalement : leur dette étant en euros, soit ils la conservent en euros et ils ne peuvent plus en assurer le service ; soit ils la convertissent dans la monnaie recréée du pays, et ils font subir un haircut injustifié aux investisseurs étrangers.

EN LIEN : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=56534

 En réalité, le pouvoir de négociation de l’Allemagne est faible

On affirme parfois que l’Allemagne peut aujourd’hui imposer ses vues aux autres pays européens (sur les règles budgétaires, les moyens de sortir de la crise, le choix des « bonnes » politiques économiques…), en particulier le refus absolu du fédéralisme. Les déclarations du gouvernement allemand peuvent parfois donner cette impression, mais en réalité la position de négociation de l’Allemagne est très faible. Supposons que l’Allemagne ne contribue pas à soutenir les pays européens en difficulté, continue à refuser toute forme de fédéralisme. Alors, quelle que soit la réaction des pays en difficulté, l’Allemagne est perdante : – s’ils font défaut sur leur dette, en raison de l’exposition des banques allemandes et de la contraction ultérieure de leur demande, donc des exportations de l’Allemagne ; – s’ils sortent de l’euro, en raison de la perte de compétitivité de l’Allemagne et de la mise en cause de son modèle qui est de devenir le centre industriel de l’Europe ; – s’ils mettent en place les politiques économiques très restrictives qui leur sont suggérés pour rééquilibrer leurs finances publiques et restaurer leur compétitivité, en raison de la perte de débouchés induite pour l’Allemagne. L’Allemagne est donc en réalité condamnée à aider ces pays et à mettre en place une forme ou une autre de fédéralisme (transferts de revenus, émissions en commun), tout en devant négocier les conditions de cette aide en réalité dans une position de faiblesse dans la négociation.

EN LIEN :  http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=56542

 L’Allemagne va-t-elle être finalement aussi en difficulté ?

La résistance de l’économie allemande à la mondialisation est remarquable : maintien d’une industrie de grande taille, de parts de marché à l’exportation importantes et stables, d’entreprises profitables : excédents commerciaux croissants, réduction progressive du taux de chômage. Mais certains avancent que, à son tour, l’Allemagne va être en difficulté : – l’industrie allemande finirait aussi par délocaliser vers les émergents ; mais elle a résisté au moment où l’écart de coût avec les émergents était le plus élevé, et elle semble capable de maintenir un avantage technologique et de niveau de gamme ; – le vieillissement démographique amputerait la croissance de l’Allemagne ; mais l’Allemagne pourra avoir recours à l’immigration ; – l’ouverture des inégalités due au modèle social et du marché du travail allemand serait insupportable ; il est vrai qu’elle est claire, mais aujourd’hui, les entreprises allemandes ont les moyens d’augmenter plus rapidement les salaires, ce qui atténuera ce problème. Il est donc loin d’être clair que l’Allemagne va être en difficulté.

EN LIEN : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=56525

source recherche Natixis fev11

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