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Fatale inclination inflationniste

Fatale inclination inflationniste par Roy Damary

La baisse séculaire du dollar se poursuit. La flambée des prix des produits de base et la demande asiatique vont encore renforcer l’inflation.

L’économie mondiale se trouve confrontée à tellement de facteurs négatifs que le ton détendu des marchés financiers nous laisse perplexes. Nous reconnaissons bien entendu l’opportunité «d’accentuer le positif et d’éliminer le négatif», conseil que la plupart des politiciens appliquaient déjà bien avant la sortie du tube de Johnny Mercer en 1945.

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 Il se trouve bien quelques Cassandre pour prédire le pire, mais leurs positions sont tellement extrêmes qu’ils ne sont pas pris au sérieux. Dans l’ensemble, le scénario n’est ni aussi désastreux que ces commentateurs le prétendent, ni aussi optimiste que l’établissement aimerait nous le faire croire. Considérons les menaces actuelles.

La première est la dégradation progressive de l’entente implicite sur le rôle de l’USD comme principale monnaie de réserve.

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 Les Etats-Unis, consommateurs de dernier recours, s’engagent à acheter beaucoup plus de la production mondiale qu’ils n’en vendent, et pour combler l’écart, à toujours fournir suffisamment de dollars que les créanciers étrangers peuvent détenir ou recycler. Le problème est que l’écart d’ores et déjà abyssal se creuse si rapidement que les planches à billets américaines font des heures supplémentaires. (Ce n’est là qu’une image – une grande partie de «l’impression» se fait par virements bancaires.) Selon les principes économiques les plus élémentaires, plus l’offre est grande, plus les prix (ou dans le cas des monnaies, les taux de change) sont bas. Depuis de nombreuses années, ce commentaire met en garde contre le déclin séculaire du billet vert, mais le rythme de sa chute s’est accéléré au cours de ces derniers mois. La corrélation avec les programmes d’assouplissement quantitatif, terme politiquement correct pour imprimer de l’argent, est incontestable.

Cette dévaluation continue n’est pas pour réjouir les détenteurs d’actifs en dollars. Il n’est donc pas surprenant qu’ils soient en quête d’autres monnaies. Mais ce n’est pas chose facile étant donné que la seule alternative actuelle, l’euro, est lui-même mis à rude épreuve. Nous le suggérons depuis de nombreuses années, une troisième monnaie de commerce et de réserve est nécessaire, basée sur la Chine et reflétant une puissance économique asiatique en plein essor. Un article du Financial Times (16 février, page 8) abonde dans ce sens. Bien que la résolution du problème des monnaies de réserve se fasse attendre, la baisse séculaire du dollar se poursuivra inexorablement, ce qui induira une inflation aux États-Unis et un retour au cercle vicieux des années 1970.

La seconde grande menace va renforcer l’inflation qui couve pendant le déclin du dollar. Il s’agit de la flambée des prix des produits de base: les matières premières pour l’énergie et l’industrie et l’alimentation.

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Toutes deux causent une inflation par l’augmentation des coûts ( «cost-push») mais en outre, celle des denrées suscite l’agitation populaire et ce, au moment même où la Tunisie et l’Egypte démontrent que le statu quo des régimes autoritaires est moins durable qu’on ne le supposait. Les pénuries d’eau dans plusieurs des pays les plus peuplés ne peuvent qu’aggraver le problème du prix des denrées alimentaires.

A ces deux menaces s’ajoute une troisième. La Chine et, dans une moindre mesure, l’expansion industrielle en Inde, sont à la fois la cause de l’inflation des prix des produits de base et ses victimes.

 Ces pays sont déjà à des niveaux d’inflation qui ne s’étaient plus vus en occident depuis l’intervention de Volcker sur celle des années 1970. Si l’inflation créée par la demande (demand-pull) est faible en Occident, elle ne cesse de s’affirmer en Orient au fur et à mesure que les populations gravissent les échelons de la richesse. «Demand-pull» à l’Est devient «cost-push» à l’Ouest.

L’effet de ces trois menaces pourrait être temporisé si les Américains faisaient l’effort de se serrer la ceinture. Les nouvelles propositions budgétaires d’Obama vont ostensiblement dans cette direction. Toutefois, les dissensions au sein de la classe politique américaine compromettent la mise en place d’actions sérieuses. En outre, la crainte d’une nouvelle baisse du PIB avec la suppression des mesures de relance plaide en faveur d’un report. Une action décisive pourrait devoir attendre que la chute du dollar se fasse réellement sentir, non plus seulement au niveau des vacances à l’étranger, mais bien à l’intérieur, dans les centres commerciaux américains.

USA

Nous anticipons toujours une pentification de la courbe des rendements USD, une prolongation de l’assouplissement quantitatif en juin prochain, et le report de la minute de vérité le plus longtemps possible.

 

Roy Damary Bridport Investor Services FEV11

www. bridport. Ch

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