Emploi, formation, qualification, salaire

Vrais problèmes et justes solutions par Beat Kappeler

Vrais problèmes et justes solutions par Beat Kappeler

Notre chroniqueur disserte sur l’importance de poser les problèmes de la bonne manière, pour trouver les justes solutions. Quatre exemples: les lunettes qui ne seront plus remboursées, la pénurie de logements, la pénurie d’ingénieurs et l’afflux programmé de réfugiés du monde arabe

Résoudre des problèmes est tout simple, il faut les formuler d’une manière juste. Car la plupart des cas politiques, économiques et sociaux que le pays traîne depuis des années sont mal perçus. J’avance ici quatre cas.

PLUS DE KAPPELER EN SUIVANT :

Le premier est le fait révoltant que le conseiller fédéral Didier Burkhalter ne veut plus faire rembourser les lunettes par les caisses maladie. Incroyable, moi qui porte aussi des lunettes! Mais halte, il semble que 70% des Suisses en portent. La correction de la vue semble être devenue un fait social général. On n’a plus affaire à la situation malheureuse de quelques gens défavorisés qu’il faut soutenir. Si donc un achat devient si habituel comme l’achat du pain quotidien par tout le monde, cela ne peut plus être un domaine de l’assurance. L’assurance privée ou sociale est censée répartir des risques qui apparaissent à l’improviste et qui ne frappent qu’une partie des assurés. Mais si tout le monde est dans la même situation, le passage par une assurance veut dire que tout le monde contribue et que tout le monde bénéficie. C’est insensé. Burkhalter a raison.

Le marché du logement est tendu, à Zurich comme dans la région lémanique. L’afflux de cadres étrangers contribue à cette situation. La bonne performance de l’économie suisse, le redressement spectaculaire de sa place financière, à l’opposé du reste de l’Occident, témoignent des avantages que ces cadres nous apportent. Mais comment traiter le revers de la médaille, la pénurie de logements? Faut-il construire des logements sociaux, abordables, pour éviter le déplacement des couches moins aisées? C’est le remède aux yeux de pratiquement tous les politiciens, de la gauche à la droite. Mais c’est faux. Il faut définir le problème d’une manière juste: la demande se porte sur des logements de catégories supérieures, et le déplacement des gens des classes inférieures n’est effectif que parce que les logements plus chers manquent. Résultat de cette bonne définition du problème: il faut construire des logements huppés, et non des logements sociaux. Ainsi les pauvres ne doivent même pas déménager, les cadres trouvent ce qu’ils demandent, sans détour.

On se plaint d’une autre pénurie, depuis des décennies, et aussi dans ce journal récemment: la Suisse manque de jeunes dévoués aux sciences naturelles. Que de raisons improbables invoque-t-on: la facilité des branches littéraires, des jeunes esquivant l’effort, des mentalités hostiles à la technique. Mais dans la plupart des cantons suisses, il faut deux notes en langue (allemand et français) et une note en mathématique pour passer les degrés, vers l’école secondaire, vers le gymnase. Redéfinissons le problème: le système éducatif suisse élimine parfaitement les jeunes qui sont doués seulement pour les maths et non pas pour les langues. Et de deux: en Suisse alémanique, que je connais mieux, toutes les branches ont été confondues en un amalgame «Natur-Mensch-Umwelt», il n’y a plus de biologie, de chimie, de physique, de géographie. De cette manière, les méthodes spécifiques ne sont plus enseignées, et les contours, les modèles idéaux de la profession n’apparaissent plus. Le remède à la pénurie des vocations en sciences est simple – enseignons ces branches comme telles, et promouvons les jeunes forts dans la seule branche des mathématiques.

Et terminons avec les vagues de réfugiés que certains attendent en provenance de l’Afrique du Nord libérée. On est heureusement en droit de redéfinir là aussi le problème. Ce ne sont plus des jeunes qui fuient une dictature – abolie – mais qui cherchent du travail. Mais du travail, il faut le leur arranger dans ces pays libérés et non pas dans un exil qui ne remplit plus cette définition. Il faut donc dès maintenant signaler le refoulement éventuel, strict. Et pour continuer la libération de l’Afrique, il faut, de la part de l’Ouest, donner enfin ce petit coup de pouce par quelques roquettes sur son palais pour en déloger le président déchu en Côte Ivoire. Si l’on guerroie tant en Afghanistan, on peut restaurer de l’espoir en Afrique avec moins de coût humain.

Beat Kappeler/le temps fev11

Laisser un commentaire