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Le système bancaire est plus dangereux aujourd’hui qu’avant la crise de 2008

Le système bancaire est plus dangereux aujourd’hui qu’avant la crise de 2008

Les banques restent sourdes aux appels à la prudence

Suppression de l’aléa moral de plus en plus préconisée par les experts. Dont les managers de banques eux-mêmes.

La semaine dernière, la Fed a publié ses statistiques sur l’encours des crédits à la consommation par les banques américaines pour le mois de février. La publication est passée quasi inaperçue. Pourtant, nous y avons vu une évolution qui en inquiéterait plus d’un au lendemain d’une crise systémique: l’encours des crédits revolving des grandes banques commerciales est passé de quelque 315 milliards de dollars en 2009 à plus de 615 milliards en 2010. Près de deux fois les encours de l’année 2006.Dans le même temps, l’encours des pools de crédits titrisés a fondu comme neige au soleil, jusqu’à atteindre un peu plus d’un dixième du volume par rapport à l’exercice précédent.

PLUS DE RISQUE EN SUIVANT :

 L’explication à l’évolution des encours précités se trouve peut-être là, estime, sans être catégorique, Cédric Tille, professeur d’économie au Graduate Institute for International and Development Studies, à Genève: «Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une hausse effective des prêts à la consommation. Ce serait inquiétant. Du fait de l’assainissement bancaire post-crise, les établissements de crédit ont supprimé une très grosse part de prêts titrisés du compte Pool of Securitized Assets. A l’intérieur duquel les sous-jacents (des prêts) ont été comptabilisés dans les postes classiques  en tant qu’actifs.» Rien qui soit susceptible d’alarmer.

Pourtant, le rapport deJohn Vickers , directeur de la Commission bancaire indépendante en Grande-Bretagne, sur les risques systémiques des banques met en exergue un constat inquiétant. Qui s’applique non seulement aux banques britanniques mais à toutes les banques en général des pays développés:

Le système bancaire est plus dangereux aujourd’hui qu’avant la crise de 2008.

TBTF

 Le rapport affirme en outre qu’avant la faillite de Lehman Brothers, pratiquement personne n’envisageait la faillite d’une banque too big to fail (TBTF) en raison du filet de sécurité fourni par les États. Aujourd’hui, il en va tout autrement. HSBC, Citi, BoAML, JP Morgan, entre autres: «C’est précisément ce filet de sécurité qui créé le phénomène d’anti-sélection des banques TBTF», remarque Cédric Tille. «Ce filet donne une sorte de blanc-seing aux banques leur permettant de prendre des risques immodérés. Avec un financement quasi gratuit auprès des banques centrales, il n’est pas surprenant de voir les banques dégager actuellement de bons rendements. Mais ceux-ci sont artificiels, puisqu’ils correspondent à un contexte où les taux sont maintenus à 0% par les autorités publiques.» Même l’ancien président de Prudential, Martin Jacob, affirme son «espoir de voir naître un jour un système dépourvu de l’aléa moral». Selon lui, les propres gestionnaires de banque sont méfiants à l’égard de la garantie gouvernementale. Selon eux, la récompense de la prudence pour la banque est le fait de rémunérer de manière moins onéreuse les dépôts. Et, pour les emprunteurs, la capacité de lever les fonds à moindre frais, puisque la rémunération du passif est devenue moins contraignante. C’est une vision de long terme. Seulement voilà, les banques ont des actionnaires court-termistes.

Levi-Sergio Mutemba agefi avril11 

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