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Carmignac Gestion : « On évite les obligations non-allemandes »

« On évite les obligations non-allemandes »

 

Carmignac Gestion craint l’abaissement des notations des pays européens. Les obligations allemandes vont servir de refuge.

Les obligations, surtout d’entreprises, vont se démarquer dans les mois à venir. Pour Charles Zelah, gestionnaire de produits de taux chez Carmignac Gestion, l’environnement actuel reste porteur pour cette classe d’actifs. Nous l’avons interrogé sur les risques des marchés.

Entretien   par Jennifer Nille/l’Echo

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Le deuxième tour d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale touche à sa fin. Ceci va-t-il poser un risque pour les marchés?

Même si le « quantitative easing » de la Fed s’est traduit par une augmentation de la liquidité mondiale dans beaucoup de classes d’actifs tels que les matières premières, les actions et le crédit, nous sommes peu inquiets de la fin de ces mesures.

Aujourd’hui, il est vrai que la Fed rachète pour 110 milliards de dollars de dette du Trésor par mois.

Mais à la fin de ce programme, qui est prévue pour fin juin, le stock de dette de la Fed sera stable et elle pourra réinvestir les coupons de ces titres en procédant à 30 milliards de dollars d’achats de titres tous les mois. Ceci reste un facteur de support pour les marchés.

Un autre soutien à court et à moyen terme reste les moyens du Trésor américain. Le congrès et le gouvernement Obama discutent pour augmenter le plafond de la dette américaine. Les républicains vont demander des coupes budgétaires pour accepter ce relèvement de plafond. Cette rigueur budgétaire sera un facteur de soutien supplémentaire. À quoi il faut ajouter une politique monétaire toujours très accommodante.

Cette politique monétaire accommodante empêche les autres banques centrales d’être plus agressives. Faut-il craindre de l’inflation?

Les banques centrales des pays asiatiques sont pénalisées par un afflux de liquidités et la nécessité de ne pas relever trop leur taux d’intérêt afin de ne pas pénaliser la croissance économique. Ceci dit, des pays comme la Chine et l’Inde se sont montrés agressifs sur leur taux d’intérêt. Mais d’autres banques centrales vont se montrer plus prudentes et laisser leur devise s’apprécier de manière modérée pour combattre l’inflation. Ce sera difficile car les tensions inflationnistes surviennent en même temps que la sécheresse, qui conduit à une flambée des prix des matières premières.

En Europe et aux Etats-Unis, le phénomène est le même?

On est passé d’un scénario de déflation à l’inflation. Les pays du Nord de l’Europe connaissent une vitesse plus rapide de la croissance des prix à la consommation. Mais cet aspect cyclique intervient alors que les pays développés connaissent des difficultés structurelles. La crise des souverains pèse énormément sur les valeurs obligataires, et bénéficie aux taux allemands. Aux Etats-Unis, on assiste toujours à la baisse de l’effet de levier qu’est la consommation. Le système bancaire ne fonctionne pas suffisamment pour encourager la vélocité de la masse monétaire. Donc, les craintes d’inflation sont modérées.

Les agences de notation menacent désormais de dégrader les notes d’autres pays que la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Ce risque doit -il être pris en compte?

On évite les obligations non allemandes par crainte d’abaissement des notations. De plus, des échéances électorales approchent dans beaucoup de pays. Les gouvernements sont mis en difficulté et cela crée une instabilité politique regrettable qui pénalise l’investisseur obligataire. On se méfie de ceci.

En outre, une grande partie de l’architecture financière de l’Union européenne comme le Fonds de stabilité financière et son successeur, le mécanisme de stabilité financière, repose sur un jeu virtuel soutenu par les agences de notation. Si un grand pays voit sa note abaissée, toute cette architecture est à revoir. Cette probabilité est faible, mais il faut néanmoins y penser.

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