Art de la guerre monétaire et économique

Pour avoir trop prété à la Grèce l’économie chypriote se trouve en « état d’urgence »

Pour avoir trop prété à la Grèce l’économie chypriote se trouve en « état d’urgence »

L’agence de notation Moody’s a abaissé mercredi 27 juillet la note de Chypre à « Baa1 », soit de deux crans par rapport à la note précédente qui était jusqu’à présent de « A2 ». Moody’s avait en effet déjà abaissé le 24 février dernier la note de Chypre de « Aa3 » à « A2 ».

L’agence signale désormais ses craintes sur la situation budgétaire du pays et les conséquences de la destruction accidentelle d’une centrale électrique sur son économie. La perspective sur cette note est négative, ce qui implique qu’elle pourrait être à nouveau abaissée si la situation ne s’améliore pas, a-t-elle précisé dans un communiqué.

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DESTRUCTION D’UNE CENTRALE ÉLECTRIQUE

Selon Moody’s, les principaux facteurs à l’origine de cette décision sont « les inquiétudes actuelles sur la situation budgétaire de Chypre qui sont amplifiées par les conséquences économiques de la destruction de la centrale thermique de Vasilikos le 11 juillet 2011 ». Cette centrale, qui produisait environ 60 % de l’électricité de Chypre, a été soufflée par l’explosion d’un dépôt de munitions situé à proximité. Treize personnes avaient été tuées.

En raison des coupures d’électricité qui frappent désormais quotidiennement l’île méditerranéenne, Moody’s a réduit sa prévision de croissance à 0 % en 2011 et à 1 % en 2012. Les revenus fiscaux vont également être plus faibles que prévu en 2011 et 2012 en raison du ralentissement de l’activité économique.

CLIMAT POLITIQUE DÉFAVORABLE

Le climat politique n’arrange pas la situation. Le gouvernement du président Demetris Christofias fait face à une forte contestation, se voyant reprocher par l’opposition et une partie de la population de n’avoir pas pris les mesures nécessaires pour éviter l’explosion. Deux ministres ont déjà démissionné et des manifestations contre le gouvernement ont été réprimées à coups de gaz lacrymogène.

L’accident a aussi provoqué une grave crise politique avec un président et un gouvernement de plus en plus affaiblis face à une contestation populaire croissante. Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères ont notamment démissionné.

Demetris Christofias, qui dirige une coalition composée des partis communiste Akel, auquel il appartient, et centre-droit Diko, doit rencontrer les autres responsables politiques du pays pour étudier les mesures économiques à prendre pour faire face aux conséquences de l’explosion. Celle-ci provoque notamment des coupures d’électricité quotidiennes dans la partie sud de l’île, la partie nord étant occupée depuis 1974 par la Turquie et sous administration de la République turque de Chypre du Nord (RTCN) qui n’est reconnue que par Ankara.

« Ce développement fait peser des risques sur l’application des mesures décidées par le gouvernement, qui auront besoin non seulement du soutien de plusieurs partis mais aussi d’être acceptées par les syndicats », souligne Moody’s, pour qui « les réformes pourraient être revues à la baisse ou reportées ».

Moody’s mentionne bien les « mesures structurelles [prises par le gouvernement] pour améliorer la solidité de la situation budgétaire » ; en revanche, l’agence de notation craint que « l’impact positif de ces mesures dans les prochaines années [soit] réduit par la destruction de la centrale ».

EXPOSITION À LA SITUATION GRECQUE

Dernière crainte de l’agence de notation : l’exposition de certaines banques chypriotes à la situation en Grèce. « Il existe un risque matériel que certaines banques chypriotes aient besoin d’un soutien de l’Etat à moyen terme », explique-t-elle. Près de 40 % des prêts commerciaux accordés par les trois principales banques chypriotes le sont à des clients installés en Grèce, selon Moody’s.

« A court terme, les banques chypriotes devraient rester bien capitalisées en dépit des pertes du secteur privé qui vont résulter de la proposition d’échange de la dette grecque », indique toutefois Moody’s.

La note de Chypre pourrait être revue à la hausse si le gouvernement parvient à appliquer ses réformes à grande échelle dans le système de redistribution sociale et dans la rémunération des fonctionnaires et si les banques n’ont pas besoin du soutien du gouvernement en cas d’un défaut de la Grèce, indique Moody’s. Mais si les réformes étaient remises en cause et que les banques devaient se tourner vers l’Etat pour assurer leur solvabilité, la note pourrait de nouveau être abaissée, avertit l’agence.

Chypre pourrait ainsi être le prochain pays de la zone euro à demander un plan de sauvetage. Une hypothèse ouvertement évoquée dans une lettre du gouverneur de la banque centrale, Athanasios Orphanides, au président chypriote, Demetris Christofias.

«Je crois que l’économie est en état d’urgence, comparable à celui de 1974», lors de l’invasion turque d’une partie de l’île, écrit le gouverneur dans une lettre datée du 18 juillet et adressée au président Demetris Christofias, vue mercredi par l’AFP.

«Pour éviter le pire, notamment que Chypre ne soit contrainte de recourir à un mécanisme de soutien, et tout ce que cela implique pour l’économie, de nouvelles mesures plus draconiennes doivent être prises immédiatement», souligne-t-il.

C’est la première fois que le gouverneur, qui siège au conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), suggère que Chypre pourrait avoir besoin d’une aide financière.

M. Orphanides explique son inquiétude par «le climat international défavorable, la difficulté à emprunter à l’extérieur et les conséquences économiques des récents événements à Vassiliko», dans une allusion à l’explosion le 11 juillet d’une cargaison d’armes sur une base navale, qui a fait 13 morts et détruit la principale centrale électrique du pays.

source afp juil11 

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