Art de la guerre monétaire et économique

L’Edito du 5 Septembre :Le temps des balles dans le pied par Bruno Bertez

L’Edito :Le temps des balles dans le pied par Bruno Bertez

  La fuite devant le risque se manifeste plus visiblement par les achats sur les refuges:
le rendement du 10 ans US recule de 0,20 et passe sous les 2%, tandis que celui de l’autre safe haven, le Bund allemand rétrograde de 0,15 à 2,01%. Les matières premières sont mieux orientées avec des hausses moyennes de 1 à 2%. L’or et l’argent, baromètres de plus en plus significatifs de  l’inquiétude, rebondissent de 3 à 5%.

source Financial Times


source Der Spiegel

Les principales raisons de l’arrêt du rally , puis de la quasi panique de fin de semaine sont:

1-  incapacité à franchir le seuil technique des 1230/1240 au S&P 500, franchissement qui aurait confirmé un double bottom très encourageant pour les haussiers
2 – recrudescence de dislocation en Europe avec la prise de conscience du fait que la dette grecque est hors de contrôle, les volte faces italiennes sur le plan d’austérité promis par Berlusconi à la BCE, les indicateurs économiques mauvais qui pointent tous vers le ralentissement, les avertissement de Trichet qui martelle que la remise en ordre fiscale de l’Italie « est extrêmement importante », les nouvelles déclaration de Weidmann de la Buba qui répète que la BCE mélange le fiscal et le monétaire et outrepasse son mandat etc.
3 – les chiffres de l’emploi américain très calamiteux, les créations sont nulles. le marché du travail se dégrade en profondeur
4 – l’action de la Federal Housing Finance Agency contre 17 banques qui ont fraudé à l’égard de Fannie et des autres GSE; on craint que les poursuites contre les banques ne prennent le chemin des poursuites contre les sociétés de tabac c’est à dire qu’elles se multiplient et deviennent interminables.

PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT : 

source Wall Street Journal

Il y a certainement beaucoup d’autres raisons de baisse, mais celles la sont déjà amplement suffisantes pour des marchés d’assets artificiellement soutenus, spontanément déflationnistes qui s’interrogent sur leur prochaine dose de drogue, sur sur leur prochain fix! Est-ce que, oui ou non, Bernanke va procéder à une nouvelle injection de d’optimisme artificiel à l’occasion du prochain FOMC de ce mois?

Le bon sens et la prudence commanderaient de ne rien faire et de ne pas aller plus loin dans les expérimentations monétaires, mais ce ne sont des qualités dont disposent les prétendus responsables de la conduite des affaires. Le super colombe EVANS de Chicago est allé jusqu’à suggérer que la FED devrait annoncer le maintien d’une politique non conventionnelle hyper accommodante jusqu’à ce qu’un objectif de baisse du taux de chômage soit rempli!

Nous n’avons pas de conviction sur les marchés, mais sachez que nous sommes toujours haussiers  à long terme et même à horizon de 5 à 6 mois en vertu de l’analyse suivante.

Les assets actions, or, etc. ne sont plus des achats fondamentaux. On n’achète pas des actions parce que l’on veut investir et acquérir une part d’entreprise, non, on achète une action parce que l’on a de la monnaie, des espèces, du cash que l’on doit échanger contre autre chose.
Investir, c’est échanger du cash, c’est à dire de la monnaie, contre quelque chose d’autre qui est de la quasi monnaie, comme les actions.

Et à la suite de la Great Experiment, les apprentis sorciers ont réussi à faire en sorte que le champ monétaire et le champ quasi monétaire soient unifiés, ce qui veut dire que la valeur des actions a de moins en moins rapport avec la valeur fondamentales des entreprises  sous-jacentes et de plus en plus de rapport avec la quantité de monnaie présente dans le système.

Autrement dit, la valeur des assets comme les equities et l’or dépend beaucoup plus du ratio global quasi monnaie sur monnaie et de moins en moins de ce que l’on appelle les valeurs intrinsèques et fondamentales. Encore autrement dit, la valeur des assets est de moins en moins intrinsèque et de plus en plus extrinsèque.

Et comme les soi-disant responsables en cas de problèmes, difficultés, crises ne savent faire qu’une chose, créer de la monnaie, les assets bien que spontanément en déflation sont soutenus et propulsés vers le haut, lévitent, font bulles.


Au passage, nous ajoutons que les artisans de l’unification du champ de la monnaie et de la quasi monnaie sont les Grandes Banques, les Hedge funds, le Shadow Banking System etc., ils sont la courroie de transmission par le biais de leurs achats et spéculations sur les assets, avec le gigantesque leverage qu’ils utilisent et les dérivés.

Vu sous cet angle, vous comprenez que les USA ne sont pas vraiment pour la taxe Tobin, laquelle préteriterait le fonctionnement du système qu’ils ont mis en place .

Vous comprenez aussi l’irresponsabilité des Européens qui se tirent une balle dan le pied chaque matin et s’infligent blessure sur blessure parce qu’ils ne comprennent pas fondamentalement la logique, la structure du système dans lequel ils vivent et dans lequel leurs banques sont plongées.

source Financial Times

La volatilité actuelle sur les marches a essentiellement pour origine la fuite des banques devant le risque: elles deleveragent en raison de la montée des incertitudes fiscales, règlementaires, contractuelles. Ceci est déflationniste et ceci prolonge et aggrave la crise.

source New York Times

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source Financial Times

La plus belle balle dans dans le pied que se sont tirés les Européens est celle de la participation du secteur privé aux sacrifices sur la dette subprime grecque, la PSI. Avec la PSI dont l’origine est certainement la volonté politicienne de punir les banques, les Européens ont rompu le tabou sur lequel ils étaient assis, celui de la sécurité absolue des dettes souveraines en Europe. La dette souveraine européenne a cessé d’être sacrée. On s’est cru intelligent en disant que c’était spécifique, exceptionnel, sans voir l’effet de contagion que la rupture d’un principe entraînerait. Maintenant, la dette européenne a cesse d’être refuge sûr, au lieu de baisser en cas de ralentissement de la croissance les taux montent puisque les débiteurs se fragilisent! A l’inverse de la dette US, la dette européenne a cessé d’être refuge, safe haven, sauf encore pour le moment celle de l’Allemagne. Nous disons pour le moment, car, si l’Allemagne venait à accepter les eurobonds, c’en serait fini de ce dernier rempart, de ce dernier point d’ancrage qui tient encore dans l’espace européen. 

source The Economist

Un mot encore de cette balle dans le pied que se sont tirés les Européens. D’abord, il ont manqué à leur promesse de 2010, promesse qui, solennellement, excluait toute dépréciation de la dette souveraine. C’est un mauvais précédent pour la crédibilité. Ensuite, on peut s’interroger sur les raisons qui poussent Merkel et peut-être Sarkozy à vouloir punir les banques. Tout le monde sait qu’elles manquent de fonds propres et donc qu’il est urgent qu’elles puissent les reconstituer. La PSI, tout comme les taxes sur les bénéfices et autres punitions, vont en sens contraire de ce qui est nécessaire et pénalisent la reconstitution des fonds propres.

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source Goldman Sachs

 Notre interprétation de ces bévues est que, en punissant les banques, on les montre du doigt, on les désigne comme boucs émissaires donc on accrédite l’idée que ce sont elles et leurs dirigeants qui sont responsables de la crise. Désigner les banques comme boucs émissaires permet de détourner l’attention et d’escamoter la responsabilité systémique, d’abord des Banques Centrales qui ont poussé au crime par l’argent bon marché, ensuite des gouvernements qui ont utilisé les facilités qui leur étaient offertes pour financer à crédit leurs promesses politiques.  Ces remarques n’ont évidemment pas pour but d’exonérer les banques de leurs responsabilités.

La crise ne fait que commencer, elle n’est pas en phase finale, elle monte, elle monte comme la célèbre petite bête. Elle monte le long de la chaîne, elle la sape.
Elle a commencé par les produits financiers, elle a gagné l’outil financier c’est à dire le système bancaire, elle a été transférée aux gouvernements maintenant fragilises et privés d’outils, elle atteint maintenant le cœur, le vrai cœur, à savoir les Banques Centrales, la monnaie.

La BCE est dans l’impasse, elle a fait le mauvais choix en achetant les emprunts pourris des souverains et des banques, elle est maintenant otage, le chantage s’exerçant par le biais des marchés.

La FED est dans la même situation otage des marchés, otage du gouvernement. Mais sa situation est moins grave car elle a encore des marges de manœuvre de par sa position impériale privilégiée et le statut du dollar roi. Elle a aussi d’autres atouts systémiques et des marges de manœuvre à explorer et utiliser,même si la perte récente du rating AAA des Etats-Unis est un événement important.

source Bespoke

source Wall Street Journal

Aux Etats-Unis, les amortisseurs ne sont pas encore complètement usés ou cassés, il en reste quelques-uns, on le verra certainement d’ici les prochaines semaines. Une hausse du dollar semble se dessiner, nous avons attiré l’attention récemment sur l’accumulation constatée sur le Dollar Index. Si le mouvement se confirme, la plus grande prudence s’impose temporairement. Le dollar est monnaie de carry, les emprunts en dollar servent à financer de gigantesques positions spéculatives en leverage. La hausse du dollar fragiliserait ces positions

En Complement :  L’Europe n’a pas une culture de marché

Je me permets de compléter l’article sur les raisons avancées pour expliquer la forte chute du lundi 5 septembre sur les places européennes.

1 – Le rally d’Août provoqué par l’instillation d’espoir à Jackson Hole était un piège, le retour du risk-on était tronqué car les spreads de crédit, au lieu de se réduire, avaient continue de s’élargir, il y avait, comme l’on dit, divergence fragilisante

2- Le momentum baissier de la fin de semaine dernière justifie, en l’absence de cotation à Wall Street que l’on continue sur la lancée

3 – Le flux des nouvelles est détestable avec la sévère défaite de Merkel, de la CDU et du FDP dans les élections régionales de  l’Etat de Mecklenburg Vorpommern. Dans 15 jours, ce sera le tour de Berlin

4 –  La troïka a suspendu les discussions avec la Grèce en raison du non-respect du plan d’austérité sur la suppression de 7500 emplois publics

5 – Lagarde a réitéré ses appels à recapitalisation des banques européennes, mais surtout elle a lancé un appel à modérer l’austérité en Europe tout en demandant à l’Allemagne de préparer un plan de stimulation. De telles déclarations sentent la panique et font mauvais effet.

6 – Un responsable d’agence de rating a fait un exposé calamiteux, sinon catastrophiste, de la notation d’un éventuel eurobond. Selon lui, le rating de l’ensemble serait aligné sur le rating du participant le plus faible

7 – Au plan technique, les seuils intermédiaires de soutien n’ont pas fonctionné, mais nous soulignons que le seuil majeur, celui du récent plus bas avant le rally n’est pas enfoncé

Pour les causes de la déroute financière européenne, les causes sont différentes des raisons et encore plus des explications.

Nous avançons les hypothèses suivantes :

–          la règle du jeu des deux dernières années évolue, on flirte avec les limites de ce que peuvent faire les banques centrales et les gouvernements pour soutenir l’économie et les systèmes financiers

–          les marchés ayant lévité, ils ont besoin de leur dose de drogue, laquelle se fait attendre. N’oublions pas que tout ce qui est soutenu finit toujours par tomber, des marchés soutenus artificiellement chutent par leur propre poids lorsque les soutiens disparaissent ou se font attendre

–          la liquidité globale est en train de se réduire considérablement en raison de très grande vague de deleveraging qui est en train de se produire. Le deleveraging a de multiples causes: doutes sur QE3, doutes sur la poursuite de la baisse du dollar monnaie de carry, incertitudes règlementaires, fiscales, contractuelles etc. les balles dans le pied que se tirent les Etats-Unis avec la mise en cause de 17 banques et surtout les bévues européennes de la PSI accélèrent les deleveraging

–          il y a un hiatus culturel entre la participation du système financier européen au grand jeu spéculatif mondial et les différents pays d’Europe qui abritent ce système. L’Europe n’est pas intellectuellement équipée, surtout au niveau de ses hommes politiques et de ses fonctionnaires, pour faire face au chaos des marchés. Il y a eu une sorte de développement inégal qui fait que l’on ne sait pas traiter les problèmes, on ne sait pas communiquer etc. L’Europe continue de prétendre que les marchés ont tort mais, en même temps, elle n’a plus les moyens de s’y opposer. L’Europe n’admet pas que les marchés sont lieux où la vérité se dit, obnubilée qu’elle est par l’une des caractéristiques superficielle des marchés, leur tendance à l’exagération.

Les responsables européens multiplient les déclarations qui se veulent rassurantes, Barroso se met particulièrement en avant.

Le ralentissement de la baisse du mardi 6 septembre est du :

1 Effet de rappel après les excès précédents.

2 Effet modérateur du comportement de Wall Street

3 Généralisation de la conviction que la FED est obligée de faire quelque chose après les chiffres calamiteux de l’emploi , les grands comme Goldman Sachs diffusent note sur note sur la futur QE3 qui devrait s’apparenter a une opération TWIST

4 Attente confiante de la décision de la Cour Constitutionnelle allemande dont on n’a jamais cru qu’elle pouvait rendre un jugement négatif.

Le plus important dans la décision de la Cour tombée ce jour mercredi est le fait qu’elle demande à l’avenir les futures demandes requièrent l’approbation du Parlement. Et c’est la ou le bat blesse car les Parlement rechigne a suivre Merkel. Dans un vote simulant les propositions de Merkel ont d’ailleurs été refusées.On sait que 89 % de la population allemande est contre l’extension de l’EFSF et surtout qu’elle doute dans sa très large majorité de l’effet positif des solutions proposées.

source Der Spiegel

Les élites opposées aux bail out sont de plus en plus critiques et explicites, elles rencontrent un soutien qui va s’élargissant. Certains font clairement valoir comme Peter Gauweiller du Bundstag que  » nous ne soutenons pas la Grèce, nous supportons 25 ou 30 Banques d’Investissement mondiales et leurs folles opérations:

Le vrai obstacle a la poursuite dans la voie des bail out engagée ce n’est pas la Cour Constitutionnelle ni même le Bundestag (VOTE LE 29 SEPTEMBRE) c’est l’opposition populaire. .

C’est sur ce point que nous souhaitons attirer l’attention : la connivence des élites réussit certes à forcer les législations nationales mais elle est sans influence sur les opinions des citoyens lesquels se coupent de plus de ceux qui prétendent les représenter.

source Der Spiegel

Bruno Bertez le 5,6 et 7 septembre 2011

EDITO PRECEDENT:

L’Edito : L’austérité ne fait du bien que quand elle fait mal Par Bruno Bertez

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