Art de la guerre monétaire et économique

‘Le réveil dans une autre Europe : quand il s’agit d’argent, l’amitié est secondaire’

‘Le réveil dans une autre Europe : quand il s’agit d’argent, l’amitié est secondaire’

Les 17 pays de la zone euro et 6 pays de l’UE ont décidé d’adopter un traité, tandis que le Royaume-Uni, la Suède, la République tchèque et la Hongrie ont refusé (mais il est possible que les trois derniers reviennent sur leur décision après avoir consulté leur parlement).

Une Europe divisée semble maintenant inévitable, écrit le NRC Handelsblad (Hollande ). « Ce désaccord semble logique. Pourquoi les pays hors zone euro devraient-ils avoir leur mot à dire au sujet des règles que les pays du groupe qui en font partie ont adoptées pour eux-mêmes? Politiquement, la question est de savoir qui s’est vraiment élevé contre cette mesure, c’est-à-dire le Premier ministre britannique David Cameron. Bien que ce pays ne soit pas membre de la zone euro, le gouvernement britannique a une position claire sur l’euro. Cameron, comme Merkel, est favorable à la discipline fiscale. Mais comme ses prédécesseurs, il est opposé à tout nouveau transfert de pouvoir des États souverains au profit de la centralisation européenne … Le Royaume-Uni peut encore signer le traité s’il le veut. Mais cela est peu probable. Il faut désormais s’habituer à l’idée de deux Europe. »

Le Handelsblatt (allemand), quant à lui, parle de la création d’une Europe à deux vitesses :

« L’Europe n’a toujours pas compris combien la situation était grave. L’accord sera maintenant atteint dans la pratique, à une Europe à deux vitesses et les divisions entre les Etats. Jusqu’à présent il y avait toujours trouvé un moyen de rassembler tout le monde et de trouver des solutions convenables pour tous les pays de l’UE. Mais tout cela est fini. De fait, la triste réalité, c’est que les 17 pays de la zone veulent introduire des règles plus rigoureuses pour le contrôle budgétaire avec leur propre traité et proposent aux pays de l’UE qui partagent cet objectif de les rejoindre. Il n’y avait pas de meilleure méthode pour morceler l’Europe ».

« Vendredi, l’Europe s’est réveillée dans un autre monde », écrit Roland Nelles dans Der Spiegel : « L’UE s’était accoutumée à ces compromis trouvés au milieu de la nuit, ces quasi-accords qui prenaient en compte les sensibilités de tous les Etats-membres. Cette forme d’accord, basée sur la recherche du plus petit dénominateur commun, quelque soit sa ténuité ou sa subtilité, est révolue. Lorsqu’il s’agit d’argent, l’amitié est secondaire ».

Selon The Economist, le divorce entre la Grande-Bretagne et l’UE est désormais avéré.

 source Express.be dec11

 Condensé des principales décisions du sommet, le 12e depuis l’éclatement de la crise de la dette au sein de l’Union européenne.

Règle d’or

Elle vise à mettre un frein au laxisme budgétaire. Cette disposition doit être inscrite dans la Constitution de chaque pays signataire ou à un niveau juridique équivalent. Pour l’heure, seules l’Allemagne et l’Espagne ont adopté une telle règle.

Plus concrètement, les budgets doivent être à l’équilibre ou excédentaires. Le déficit structurel, c’est-à-dire sans tenir compte des effets de la conjoncture, ne dépassera pas 0,5% du produit intérieur brut (PIB). A titre de comparaison, la règle d’or allemande autorise un déficit structurel de 0,35% du PIB à partir de 2016.

Un mécanisme sera mis en place afin que les Etats puissent donner à l’avance des indications sur leurs plans d’émission de dette. La Cour européenne de justice pourra être saisie pour assurer le respect de la règle d’or. Le président de l’UE, Herman Van Rompuy, a été chargé de présenter un premier rapport en mars 2012.

Surveillance et sanctions

La Commission européenne sera dotée de pouvoirs étoffés afin d’assurer l’application du Pacte de stabilité qui fixe le déficit budgétaire courant à 3%. Dès dépassement, les sanctions seront automatiques, à moins que les Etats, à majorité qualifiée, ne s’y opposent. De la même manière, la Commission surveillera le niveau de la dette publique. Dès qu’elle dépassera 60% du PIB, les sanctions seront aussi automatiques. Si elle constate un non-respect grave du Pacte de stabilité, elle exigera un budget révisé. A long terme, les pays signataires évolueront vers l’intégration budgétaire. Les chefs d’Etat pourront se réunir tous les mois tant que la crise perdure, puis au moins deux fois par an.

Fonds de secours

Les Européens ont créé un fonds de stabilité temporaire, dit FESF, qui est venu en aide à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal. Doté initialement de 440 milliards d’euros, il dispose encore de 250 milliards. Vendredi, les responsables européens ont décidé de prolonger sa durée de vie jusqu’à mi-2013.

Dans le même temps, ils se sont fixé pour objectif de mettre sur pied dès juillet 2012, un an plus tôt que prévu, un autre fonds de secours permanent, le Mécanisme européen de stabilité. Ce MES pourrait être doté d’une «procédure d’urgence». Les décisions pourront être prises non pas à l’unanimité, mais par une majorité qualifiée si la Commission et le Banque centrale européenne (BCE) jugent que «la viabilité financière et économique de la zone euro est menacée».

Combinés, le FESF et le MES devraient pouvoir «garantir une capacité de financement effective […] de 500 milliards d’euros». Aucun nouveau montant n’est toutefois à attendre avant mars, selon le communiqué. Or d’ici là, l’Italie et l’Espagne devront avoir levé plus de 300 milliards, s’inquiétait hier le chef économiste de la banque Saxo.

Fonds monétaire international

Le Fonds monétaire international participe déjà au programme de sauvetage de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal. Mais la zone euro aura besoin de nouvelles ressources pour venir en aide à d’autres pays et pourrait de nouveau frapper à sa porte. Le FMI ne dispose toutefois pas de liquidités en quantité nécessaire. D’où la nécessité de le renflouer. Les chefs d’Etat européens décideront dans un délai de dix jours de la mobilisation d’un montant pouvant aller jusqu’à 200 milliards d’euros sous la forme de prêts bilatéraux. La semaine dernière, le FMI avait suggéré que les fonds supplémentaires d’Europe pourraient venir des banques centrales nationales. Dans le communiqué, les chefs d’Etat européens espèrent que d’autres contributions seront apportées au FMI par la communauté internationale.

Secteur privé

La participation du secteur privé (banques, assurances) par une décote de 50% de leurs créances dans le plan de sauvetage de la Grèce n’est pas remise en cause. Mais le communiqué dit explicitement qu’il s’agissait d’une action unique et exceptionnelle. La participation du secteur privé dans tout nouveau plan se fera dans le cadre du FMI.

source Le Temps dec11

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Le commentaire de Pierre Leconte

Le dernier sommet du 9 décembre 2011 des dirigeants de l’UE n’a rien réglé mais a encore compliqué la grande usine à gaz de la “gouvernance” européenne que plus personne ne comprend ni ne contrôle.

Reprendre dans un nouveau Pacte intergouvernemental les mêmes règles déjà contenues dans les traités de Maastricht et de Lisbonne qui n’ont jamais été appliquées et ne peuvent plus l’être avant de nombreuses années (les déficits budgétaires et les endettements publics étant à des niveaux formidablement plus élevés que les critères de l’ancien Pacte dit de stabilité), sans rien décider pour améliorer la croissance économique européenne via une meilleure compétitivité des PIIGS et des quelques autres pays en situation de récession ne pouvant que s’aggraver, ne permettra ni de diminuer leur endettement public ni de sortir l’euro de la spirale mortelle qui finira par le tuer.

Instaurer comme seul remède à la crise européenne une austérité massive accompagnée d’encore plus d’impôts au moment où les populations sont atteintes par le chômage de masse est une erreur politique, sociale et économique majeure.

Le seul résultat tangible du sommet c’est d’accroitre un peu plus les divisions européennes, la Grande-Bretagne ayant refusé de s’associer audit Pacte pour garder le contrôle de son budget alors que les autres Etats ont encore un peu plus abdiqué leur souveraineté -déjà réduite à sa plus simple expression- suite au dictat de Merkel et à la complaisance de Sarkozy. Ledit Pacte ne pouvant pas être ratifié par le Parlement français avant les élections présidentielles de mai 2012 (que Sarkozy vraisemblablement perdra) parce que la session parlementaire se terminera en février pour ne reprendre qu’en juillet et qu’Hollande refuse la “règle d’or”, sans compter que plusieurs autres Parlements nationaux risquent aussi de le rejeter, ne constitue donc qu’un effet d’annonce destiné à gagner un peu de temps.

Qu’il s’agisse de la recapitalisation des banques européennes ou de leur manque de liquidités en dollars US, comme des situations de quasi défaut de la Grèce ou d’insolvabilité de l’Italie et d’autres Etats potentiellement ruinés, rien n’a avancé. Le seul fait réel c’est que la BCE n’agira pas comme préteur en dernier ressort puisque Draghi, ainsi qu’il l’a lui-même annoncé sous pression de la Bundesbank, se contentera d’acheter indirectement les obligations d’Etat des PIIGS (d’ailleurs en contradiction avec les traités européens et les statuts de la Banque centrale européenne) sans aller plus loin que quelques dizaines de milliards d’euros par mois pour maintenir les grandes banques privées hors de l’eau mais qui déjà plombent gravement le bilan de cette Banque centrale.

La BCE ne deviendra heureusement pas la “Federal Reserve européenne” ainsi que le demandent à corps et à cris les européistes keynésiens qui sont prêts à sacrifier le pouvoir d’achat de la monnaie européenne pour soi-disant la défendre, comme si les Quantitative Easing US, britannique ou japonais avaient en quoi que ce soit amélioré la situation économique de ces pays ou assaini leur secteur bancaire.

 Enfin, les liquidités prévues pour le FESF (dont on ne sait pas d’où elles viendront) et même l’appel au FMI (dont les actionnaires ne sont pas chauds pour prêter à fonds perdus à l’UE) ne suffiront en aucun cas à sauver l’Italie ou l’Espagne si elles ne pouvaient plus se financer à des taux d’intérêt plus bas qu’actuellement. Comme les agences de notation baisseront les notes de la plupart des Etats européens, la hausse des taux qui en résultera montrera que ni le FESF ni le FMI ne suffiront à éviter le pire.

SOURCE ET REMERCIEMENTS : FORUM MONETAIRE DE GENEVE 

1 réponse »

  1. Samedi 10 décembre 2011 :

    En revanche, la BCE ne fera pas de miracle sur le marché des obligations souveraines.

    Le communiqué officiel de la BCE ne faisait pas référence au programme d’achat d’obligations souveraines (le SMP : « Securities Markets Program »). En revanche, les commentaires de Super Mario à ce sujet ont douché tous les espoirs des investisseurs de voir une intervention massive de son institution sur les marchés obligataires souverains dans un avenir proche.

    En effet, Mario Draghi a répété que les statuts de la BCE empêchaient cette dernière de financer directement les Etats et qu’elle éviterait donc de se mettre dans une position où elle pourrait être accusée de le faire. Il a ajouté que ce programme n’avait pas vocation à « être éternel ».

    En d’autres termes : pas de Quantitative Easing à l’europénne pour le moment, la monétisation de la dette étant contraire aux traités européenns.

    Ce programme d’achat d’obligations souveraines par la Banque Centrale reste donc un dispositif très important pour tempérer les surchauffe du marché obligataire mais ne passera pas à la vitesse supérieure pour le moment. Il n’y a donc, en théorie, pas de limite absolue à la hausse des taux souverains. Néanmoins, on peut imaginer que si la France voyait sa situation s’aggravée, alors les politiques débloqueraient la situation en accordant à la BCE ce droit… Mais nous n’en sommes pas là.

    Conclusion.

    Concernant les taux directeurs, la BCE n’a pas communiqué sur la prochaine baisse des taux, mais il est probable qu’elle attendra de voir comment évolue l’économie et qu’elle ne baissera pas son taux immédiatement s’il n’y a pas un nouveau ralentissement de l’économie.

    Concernant l’achat d’obligations souveraines, la BCE continuera de jouer son rôle, mais même pour Super Mario, il est impossible de contrevenir au rôle de son institution en mettant en place un véritable Quantitative Easing de grande échelle, comme l’espéraient les investisseurs.

    Enfin, Mario Draghi a insisté quant à la nécessité de rapidement évoluer vers une plus grande intégration fiscale et budgétaire en zone euro, passant ainsi le relais aux politiques qui se réunissaient au sommet européen…

    http://www.obliginvest.com/actualites/bce-super-mario-redevient-mario-2471

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