Behaviorisme et Finance Comportementale

Les Clés pour comprendre : De-lire le débat ou le débat des délires Par Bruno Bertez

De-lire le débat ou le débat des délires Par Bruno Bertez

   Si vous n’aimez pas nos délires, passez tout de suite à autre chose de plus conventionnel. Le présent texte constitue une quintessence de tout ce qui peut nous être reproché.

Nous soutenons très souvent que la finance est une névrose, un discours faux, pas totalement bien sûr, plaqué sur une réalité qui se dérobe.

Comment en est-on arrivé là? En remplaçant le réel de l’économie par des signes, des constructions théoriques, des discours plus ou moins vrais, plus ou moins faux, plus ou moins efficaces. Efficaces, non parce qu’ils sont vrais, mais parce qu’ils sont crus: les choses humaines sont ainsi faites que, par leur prise dans le langage, elles peuvent être vraies ou fausses et, en même temps, inefficaces ou efficaces. Vrai, faux, efficaces, inefficaces ne se recouvrent pas. Entre deux, il y a tout l’épaisseur des perceptions, des interprétations, des déformations.

Notons en passant dès maintenant que des choses fausses peuvent être efficaces au niveau social, au niveau des relations entre les hommes mais, en même temps, avoir des conséquences réelles négatives, voire dramatiques.

Ce que nous voulons pointer, c’est le fait que l’efficacité du discours névrotique au niveau social, au niveau des interrelations ne garantit pas l’adaptation au monde réel, au contraire. Plus une société est prise dans sa névrose, ou ses névroses, et plus elle est inadaptée. La névrose de la solidarité, celle de l’égalité, ne garantit pas l’adaptation du groupe aux conditions extérieures, son progrès ; elle garantit en revanche des relations confortables, harmonieuses, au sein de ce groupe.

La fonction de la névrose est de permettre une fuite hors de la réalité. Elle est un moyen d’éviter de s’adapter à une nécessité réelle, pénible, désagréable, angoissante.

La névrose est une tentative de replacer la réalité insoutenable, indésirable, par une réalité fantasmatique plus conforme au désir. La névrose met de l’infini sur du fini, de l’éternel sur le mortel, elle rompt le lien entre le signe et ce qu’il est censé exprimer. Elle rend tout falsifiable au nom du principe de plaisir ou au nom de l’évitement du déplaisir. A la différence de la psychose, disons que la névrose conserve un lien avec la réalité. Ne soyons pas pessimistes.

La névrose fonctionne par négation, déplacement, remplacement, répétition. Voire bouc émissaire.

Le remplacement du réel par le discours névrotique, fantasmatique, est une opération banale qui constitue pour ainsi dire la trame de la vie quotidienne. La société excelle à produire des névroses, à les entretenir, nous ne sommes pas loin de penser que c’est son mode de fonctionnement privilégié. La névrose touche tout, la vie quotidienne, la mémoire, qui est, comme dit Kandel, reconstruction de reconstruction qui change en permanence.

Dans le présent qui nous intéresse, la finance, la politique, nous pointons la névrose comme le moyen privilégié de nier les limites, la finitude, la rareté. Le moyen de prolonger un mode infantile, de débouter la réalité, de ne rien se laisser interdire.

Vous voyez bien sûr le lien avec la création monétaire infinie, le crédit, l’accumulation des dettes, les free lunchs, les « demain on rase gratis » de toutes sortes. Et autres, tout est possible, tout est permis.

L’enfant, comme le participant des marchés, comme l’électeur, veut à tout prix prolonger son état infantile, il veut continuer à refuser d’obéir, il s’organise psychiquement pour faire face, pour supporter ce qui le brime, ce qui  l’angoisse, ce qui le prive.

 Les marchés, la finance, la politique, fonctionnent ainsi et nous dirons que ce qui est plébiscité par les peuples, c’est ce qui va dans le sens de sa névrose. Ne franchissez pas le pas et ne nous faites pas dire ce que nous ne disons pas: celui qui réussit le mieux en politique, c’est le plus névrosé.

D’où le comportement des bourses malgré la crise d’appauvrissement en cours.

D’où le vote plébiscitaire des électeurs pour ceux qui partagent, entretiennent la même névrose qu’eux.

La névrose se moque des catégories que sont la fausseté, le mensonge, le travestissement ; elle ne s’alimente que du refus des limites, refus de la privation ; elle s’alimente de la volonté de continuer à jouir, à éviter l’angoisse.

Le problème de la névrose, c’est la réconciliation avec la réalité. La névrose ne garantit pas la meilleure adaptation, ni même la survie…

BRUNO BERTEZ Le 3 Mai 2012

4 réponses »

  1. NOTE: Eric Kandel a recu le prix Nobel en 2000 pour ses travaux sur la mémoire. Il est médecin , mais sa formation est également la psychanalyse. La reconstruction, le réaménagement, perpetuel de la mémoire à la fois individuelle et collective fait partie des procédés, des agencements, rencontrés dans les névroses. Contrairement à beaucoup d’auteurs qui interviennent sur ce sujet il est de lecture facile. Le lien entre la médecine , le hard, les neurones et le soft de la psychanalyse est intéressant.

    • @furinkazan

      A la différence de Jacques Lacan j’écris pour ètre lu et je parle pour ètre entendu. Et puis je suis moins pessimiste…. tout en étant tres réservé sur l’utilité du Politique. Comme vous avez du vous en rendre compte je suis très critique à l’égard de la parole du Maitre.. Merci de votre intéret .

  2. Le 6 mai 2012

    La grande faucheuse a fait son œuvre

    Voilà, le résultat de l’élection présidentielle est connu, même s’il n’est pas encore diffusé officiellement. On sait que les Français ont choisi François Hollande et que, s’il est battu, Nicolas Sarkozy a néanmoins réalisé une performance honorable.

    En tant que Président sortant, il avait contre lui:
    – le fait d’avoir exercé le mandat, nous ne disons pas le pouvoir, les sortants ont toujours un handicap
    – le fait d’avoir débuté à contretemps sur un programme de libération des énergies et de déculpabilisation de la richesse
    – le fait de n’avoir pas explicité solennellement la rupture survenue en cours de mandat, de ne pas en avoir tiré les conclusions par un changement d’hommes et de politique
    – le fait d’avoir été entouré par des stratèges superficiels, politiciens, voire idéologues, incapables de saisir les glissements tectoniques qui se produisaient au sein du système français et européen.
    D’une certaine façon, et pour caricaturer, Sarkozy a été prié de quitter le palais présidentiel parce qu’il s’est présenté comme capable de protéger les Français, sans bouclier pour lui même, contre le cours de l’histoire, la modernité, la crise, le tout ensemble.
    La tâche était démesurée, nous-mêmes pensons qu’elle était impossible, mais, en plus, avec des analyses fausses, des conseillers étriqués et il faut bien le dire, sans réel allié de poids, il n’avait aucune chance. Vu sous cet aspect, les résultats de l’élection sont en sa faveur, s’il n’avait pas eu des qualités exceptionnelles, une combattivité hors de normes, le score aurait pu être infamant.
    Nous poursuivant un peu l’analyse car elle est utile pour le raisonnement.
    Bien entendu, les idées que nous développons sont réductrices et, nous le disons tout de suite, les événements sont surdéterminés, ils ont de multiples causes, enchevêtrées.
    En sortir une ou plusieurs est un choix d’exposition, ce n’est absolument pas prétendre que les autres n’ont pas leur importance.
    La stratégie de Sarkozy était fondée sur la crise. Elle était centrale dans son dispositif.
    Tout s’est passé comme si l’axe était: la crise est là, elle est terrible, j’ai fait ce qu’il fallait, j’ai joué un rôle de leader dans le traitement de cette crise, je dois continuer, vous avez besoin de moi.
    Déjà, dans cet axe, il y a une contradiction. On ne peut faire passer au peuple que des messages primaires. Ou bien on a réussi, ou bien on a échoué.
    Le message dialectique selon lequel la crise est encore là et je dois continuer ne passe pas. C’est le fameux grand écart qui consiste à dire une chose et son contraire, conformément aux mouvements du réel, mais c’est inacceptable pour les peuples qui fonctionnent lorsqu’ils sont en masse, en foule, en noir ou blanc.
    Ensuite, il y a le calendrier et le balisage du terrain de combat. Pour que Sarkozy ait un avantage en choisissant cet axe, il eut fallu planter le décor de l’élection plus tôt et plus fermement. Il eut fallu imposer dans les médias le thème de la crise, il eut fallu que toute la droite, tout le monde aille dans ce sens. Ayant échoué à imposer le cadre de la crise comme cadre de l’élection, Sarkozy s’est battu sur ce terrain comme Don Quichotte, seul contre les moulins à vent, les adversaires l’ayant délaissé.
    Ceci explique que vous ne voyez aucun programme cohérent de lutte et d’adaptation à la crise dans les programmes de gouvernement. Nous laissons de côté les extrêmes qui ont peut-être raison, mais qui sont hors d’actualité.
    La crise, que les opposants ont perçu comme favorable à Sarkozy, ont choisi, à juste titre, leur objectif unique étant de gagner des voix, ils ont choisi de l’escamoter ou de n’en parler que de façon vague et creuse.
    Il est possible aussi qu’on leur ait conseillé de ne pas être trop clair, car après clarification, il serait apparu que, à part quelques détails, les propositions des candidats dits de gouvernements étaient les mêmes. Bonnet blanc et Blanc bonnet.
    Et cela, le système ne voulait pas que cela soit dit. Il faut maintenir le mythe d’une alternance, d’une opposition, bref le mythe de la démocratie.
    Les conseils et l’entourage de Sarkozy ont pressenti le problème et compris qu’ils allaient à l’échec si on restait sur le terrain de l’alternance social-démocrate de droite contre social-démocrate de gauche et ils ont essayé de raidir, de durcir, de, comme ils ont dit, débusquer Hollande. De le placer sur le terrain réel. Ils ont été jusqu’à lui affubler des noms d’animaux particulièrement fuyants et glissants. Peine perdue, faute pour la droite de contrôler les médias, le thème s’est retourné contre eux, Hollande n’est pas rentré sur le champ de bataille, il a continué à esquiver et la droite s’est discréditée par ses qualificatifs déplacés.
    Notre idée est que, dès le départ, les conseillers de Hollande ont compris une chose fondamentale, à savoir que Sarkozy était battu d’avance et qu’ils n’avaient qu’une chose à faire pour ramasser le pouvoir, ne rien faire, ne pas faire de bêtise, ne pas faire d’erreur.
    Et Hollande a bien tenu sa feuille de route, a minima, se contentant de travailler la forme, son style, son personnage, son aisance, tout en débitant quelques litanies classiques pour conforter les projections du peuple de gauche sur sa personne. Hollande a constitué un réceptacle, une forme en creux, lisse, pour récolter les projections anti-Sarkozy et les rêves pro-socialistes, anti-effort, du peuple.
    Tout ceci nous conduit à une idée centrale qui ne doit pas passer inaperçue. Hollande n’a pas payé cher son élection. Il n’a dû promettre grand chose, il n’a pas fait beaucoup de promesses claires, manifestes, il a gagné son élection presque sans dette vis à vis de ses électeurs. Et cela est très important. Avec une élection à coût minimum, il a, à ce stade les mains libres. Son apparence de programme est très mince, en plus ce n’est pas celui du PS, il l’a réaffirmé, ce n’est pas celui de Mélenchon. Mélenchon est d’ailleurs en train de faire le grand écart entre les anciens LCR et le PC et les syndicats pour s’en sortir. Mélenchon est dans la seringue.
    Le fait de ne pas avoir de dette manifeste, de ne pas avoir promis grand chose est déterminant, mais cela a des limites. En effet Hollande n’a pas dette explicite, mais il a des dettes latentes vis à vis du peuple de gauche. On a voté sur une image, une forme en creux et d’une certaine façon, on en attend quelque chose même si ce n’est pas explicite.
    La culture de gauche est là et elle attend des gestes, des signaux.
    Hollande aura t il la même habilité à retarder, à maintenir dans le flou, les décisions et orientations implicitement attendues. Cela reste à voir.
    Maitrisera t-il les forces que sa victoire va libérer? Forces de revanche, forces de libération, forces de haine quelquefois. Saura t-il imposer l’austérité qui est au centre, enfouie au cœur de son programme, bien dissimulée ? Saura t-il canaliser les aspirations à plus de jouissance et moins de morosité?
    C’est dans cette épreuve de vérité, dans cette confrontation au réel qu’il se révèlera. N’est-il que ce qu’il est, ou bien est-il un autre Hollande que personne, pas même ses compagnons socialistes n’ont eu l’occasion de connaître?

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