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Qui donc achète des obligations à rendement négatif ?

Qui donc achète des obligations à rendement négatif ?

Etant donné les énormes difficultés que connaît l’Europe, on peut se demander pourquoi l’Allemagne qui devra peut-être mettre en jeu des sommes considérables en tant que sauveur de la zone euro parvient à vendre presque 5 milliards d’euros de bons du Trésor sans avoir à payer d’intérêts. Il est même arrivé au cours de la semaine que les acheteurs achètent des obligations allemandes avec un rendement négatif. Pour quelle raison un investisseur achète-t-il des obligations qui lui garantissent de recevoir moins que ce qu’il a payé ?

 

La réponse est que l’achat d’obligations d’État allemandes, même avec un rendement négatif, est une assurance en cas d’éclatement de l’euro. Un emprunt d’État allemand qui sera ensuite converti en « nouveaux deutschemarks » s’appréciera quasiment du jour au lendemain, par l’effet de la conversion monétaire, de 40 % à 50 % par rapport aux monnaies des pays périphériques. Un investisseur qui juge que l’éclatement de la zone euro est possible peut donc couvrir son portefeuille contre ce risque en achetant des obligations allemandes. Si j’estime à 5 % la probabilité d’un éclatement de l’euro et la perte de valeur de mon portefeuille d’obligations qui en découlera (pays de l’Europe du Sud) à 50 % par rapport aux obligations d’État allemandes, je pourrai me couvrir avec un investissement de 2,5 % en obligations d’État allemandes. Même si le rendement payé par ces obligations est actuellement négatif, c’est une assurance bon marché.

 Même chose pour la Suisse. La semaine passée par exemple, environ 750 millions de francs suisses de bons du Trésor à trois mois ont été vendus avec un rendement négatif de -0,2 % par an. Est-ce le prix pour l’assurance que la Suisse renonce à son rattachement à l’euro ?  

 Oui, car si la Suisse renonçait à ce rattachement il est clair que le franc suisse s’apprécierait sensiblement du jour au lendemain. 

En fait non, car il suffirait en fait d’acheter physiquement des francs suisses ou simplement de détenir des francs suisses sur un compte bancaire. Le rendement négatif correspond en fait à la différence de qualité qui existe entre une banque et l’État suisse.

 QUID DE LINVESTISSEMENT EN OBLIGATIONS EN SUIVANT :

 Diversify in Quality

 Que doit dès lors faire l’investisseur qui veut aujourd’hui placer son argent en obligations ? Le placement en obligations d’État émises par des pays en crise relève fondamentalement de la spéculation, qu’un éclatement de la zone euro se produise ou non. 

Pour un investisseur en dehors de la zone euro, il serait inopportun d’investir dans des obligations en euros. Tant que la situation de l’euro ne sera pas définitivement clarifiée, des pressions s’exerceront sur la monnaie unique. D’autres placements, comme par exemple les actions d’entreprises de bonne qualité valorisées de manière attrayante, devraient mieux protéger l’investisseur contre une chute de l’euro. Dans la même logique, il est recommandé à l’investisseur en euros d’opter pour une large diversification au niveau des devises. Il serait en tout cas bien conseillé d’investir pour partie en dollars américains, traditionnelle devise refuge, même si la situation économique américaine n’est pas meilleure qu’en Europe. 

Mais l’investisseur qui vit, habite, perçoit ses revenus et dépense dans la zone euro ne devrait pas faire tous ses placements dans d’autres monnaies que sa monnaie de référence. Le marché des changes est par essence bien trop volatil. L’investisseur « du Nord » a davantage intérêt à placer son argent directement dans une ou plusieurs banques « du Nord ». Il devra alors s’assurer que ces banques n’ont pas d’investissements importants dans le « Sud ». S’il ne trouve pas de telle banque ou s’il ne fait pas confiance aux banques dans leur ensemble, il ne lui reste comme investissement peu risqué que l’obligation allemande avec un rendement proche de 0 %. En principe, c’est vrai aussi pour l’investisseur « du Sud ». Il doit être conscient qu’en cas d’éclatement de l’euro, une des conséquences sera la mise en place de contrôles des capitaux. Pour rester liquide, il devra dès lors conserver une partie de ses placements dans son pays. 

Par ailleurs, certains commentateurs estiment que les obligations d’entreprises sont plus sûres que les emprunts d’État. C’est exact dans la mesure où, d’une part, les entreprises internayionales de bonne qualité ont des revenus généralement supérieurs à leurs dépenses (ce qui n’est actuellement le cas d’aucun pays de la zone euro) et que, d’autre part, elles peuvent utiliser leurs revenus pour rembourser leurs dettes. De plus, elles versent un rendement un peu plus élevé que les obligations d’État à risque faible. D’un autre côté, on ne sait pas du tout dans quelle monnaie les émetteurs privés rembourseraient leurs obligations en cas d’éclatement de l’euro. Je ne pense pas que ce risque de dénomination et le risque d’entreprise soient suffisamment rémunérés avec un taux de 1,22 % par an par exemple pour un emprunt de Royal Dutch à cinq ans. 

 (Article de Dieter Hein, directeur chez BLI – Banque de Luxembourg Investments et responsable de la gestion obligataire.)

SOURCE ET REMERCIEMENTS : LE BLOG DE GUY WAGNER

http://www.guywagnerblog.com/fre/entry/qui-achete-des-obligations-a

EN COMPLEMENT : La dette des grandes entreprises est perçue comme plus sûre que celle des Etats Par Mathilde Farine/Le Temps

La dette des grandes entreprises est perçue comme plus sûre que celle des Etats Aux yeux des investisseurs, Total ou d’autres multinationales semblent moins risquées que les Etats. La vision du placement sans risque est en train de changer pour plusieurs experts

La perte du triple A aux Etats-Unis l’été dernier l’a exprimé avec grand fracas: les actifs considérés comme sûrs sont peu nombreux. Leur nombre diminue même, selon le dernier rapport sur la stabilité financière du Fonds monétaire international (FMI). Alors que la crise de l’euro se poursuit, la demande pour des placements sûrs, elle, augmente.

 Certains emprunts souverains restent considérés comme sûrs, le marché l’a clairement exprimé. C’est le cas de la Suisse, de l’Allemagne, de l’Angleterre et des Etats-Unis, par exemple. Mais, dans une période de «pénurie» de placements sans risque, leur coût augmente, souligne le FMI. Au point de produire des rendements négatifs en Suisse pour plusieurs maturités et même, dans quelques cas, pour l’Allemagne. «Bien sûr il y a encore des Etats, comme la Suisse, dont la dette est sûre. Cependant, ce marché est trop petit pour les grands investisseurs tels que les caisses de pension ou les assureurs», juge Patrick Artus. L’économiste de la banque française Natixis estime que «nous devons changer notre vision du placement sans risque». L’expert, qui s’exprimait lors d’une conférence organisée la ­semaine dernière par Le Temps et la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), juge que «nous devrions considérer les grandes entreprises multinationales comme de nouveaux placements sans risque. Celles présentes en Asie, en Amérique latine, en Amérique du Nord et en Europe ne dépendent pas de la conjoncture d’un marché particulier. Prenez celles qui sont peu endettées, avec de grandes réserves de liquidités, elles offrent des rendements compris ­entre 2 et 4%, pour très peu de risque, et très probablement moins que certains grands Etats.» Or le marché n’a pas encore «reconnu» cette situation. 

Autre argument en faveur de la dette d’entreprises, «les Etats empruntent pour financer des dépenses dont on peut parfois critiquer la pertinence. Les entreprises s’endettent pour créer de la croissance future. Cela rend ces dernières plus sûres aux yeux des investisseurs», explique Fabrizio Quirighetti, chef économiste de la banque Syz. 

C’est le cas surtout dans les pays considérés comme des refuges. Si les emprunts de la Confédération ne rapportent rien ou moins que rien, ceux de Nestlé – noté AA+ – peuvent être plus intéressants. Une obligation en francs à un an offre un rendement d’environ 0,166%. Par comparaison, détenir de la dette de la Confédération à un an oblige l’investisseur à débourser 0,462%. Des exemples existent aux Etats-Unis aussi. Un emprunt réalisé à 5 ans émis par IBM dont la note est de AA– – contre AA+ pour l’Etat – selon S&P rapporte 1,738%, contre 0,721% pour les titres du Trésor.

 Reste encore à bien choisir ces emprunts. «Des sociétés, dont on considère qu’elles sont vraiment sans risque, paient parfois moins que le gouvernement pour s’endetter», prévient Fabrizio Quirighetti. C’est le cas pour beaucoup d’entreprises en Italie notamment. Eni, par exemple, qui est noté A par Standard & Poor’s, rapporte 2,87% à 5 ans, contre 5,36% pour la dette souveraine italienne à même échéance. De même, côté français, Total peut s’endetter à un coût moindre que le gouvernement français (2,5 contre 2,7%). Reste que, avant de se précipiter sur des emprunts de sociétés de pays en difficulté, il faut s’assurer que leurs opérations se fassent peu dans leur pays d’origine et qu’elles aient une diversification globale de leurs activités.

 Les CDS, ces contrats qui permettent de se couvrir en cas de défaut d’un émetteur, montrent la même tendance que les obligations, ajoute Emmanuel Ferry, directeur des investissements à la Banque Pâris Bertrand Sturdza. «Souvent, ces titres sont moins chers pour des grandes entreprises multinationales que pour des Etats, même parmi les mieux notés.» Au point que ce sont maintenant de plus en plus les sociétés qui servent de référence pour mesurer le risque. «Dans le cas d’une entreprise italienne, il n’y a aucun intérêt à prendre, comme cela se faisait avant, la dette souveraine à 10 ans pour mesurer le risque», ajoute l’économiste de la banque genevoise.

 Une fois trouvés les bons paris, il faut encore se diversifier, rappelle Fabrizio Quirighetti. «On peut partir du principe que les emprunts seront remboursés mais, si l’investisseur doit se défaire de certains de ses titres avant leur échéance, ils ne sont pas à l’abri de soubresauts du marché, liés à des risques de malversation par exemple ou à des risques spécifiques à l’entreprise.» Si l’économiste conseille d’avoir «un peu de tous les types d’actifs» dans son portefeuille, il ne se fait pas d’illusions: «Il est de plus en plus dur de diversifier ses positions de manière efficace car les classes d’actifs sont de plus en plus corrélées et évoluent à la hausse ou à la baisse de manière synchronisée.»

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