Art de la guerre monétaire et économique

«L’économie, c’est la guerre» : Les services secrets au cœur de la guerre économique

«L’économie, c’est la guerre» : Les services secrets au cœur de la guerre économique

 Frédéric Charpier publie «L’économie, c’est la guerre», au sous-titre accrocheur: «Les agents secrets au service du big business»1. L’ouvrage se lit comme un roman d’espionnage

Le concept de guerre économique, aujourd’hui omniprésent, remonte aux mercantilistes des XVIe et XVIIe siècles, pour qui, dans la lignée de Colbert, le commerce était perçu comme un jeu à somme nulle et la guerre un moteur de croissance. Au XXIe siècle, le concept a évolué. Selon le rapport géopolitique Anteios, «la puissance rime avant tout pour un Etat avec sa capacité à modifier les conditions de concurrence, à transformer le contexte économique à son profit afin de conserver des emplois, à s’assurer de sa domination technologique, commerciale, économique et, partant, politique».

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Dans cet état d’esprit, Frédéric Charpier publie L’économie, c’est la guerre, au sous-titre accrocheur: «Les agents secrets au service du big business» 1. L’ouvrage se lit comme un roman d’espionnage. Des Etats-Unis à la Chine en passant par Israël et l’Afrique, il décrit les acteurs de ce conflit, leurs instruments et leurs finances. Une excellente enquête d’un auteur spécialisé dans «les affaires» (Clearstream, Colonna, Hernu). C’est aussi l’histoire d’un déclin, la France, n’ayant plus les moyens ni la réactivité nécessaires. «Le nombre des agents chinois, permanents ou occasionnels, opérant dans le monde s’élèverait à deux millions», écrit-il. En France, ils seraient 2000. A l’inverse, les agents du contre-espionnage français affectés au «service chinois» ne dépasseraient pas la dizaine, et la plupart ne lisent ni ne parlent le chinois.

La France était une grande puissance: Au début des années 1970, «Dassault pouvait encore vendre à Abu Dhabi douze Mirage alors que l’émirat ne possédait ni pilote ni piste suffisamment longue pour décoller, ce qui l’avait obligé à l’époque à parquer ses appareils au Pakistan», explique-t-il. Aujourd’hui, l’entreprise peine à vendre son Rafale. Singapour, le Maroc, la Pologne ont préféré le F-16.

Sur tous les terrains de jeu, les Etats-Unis (et la Chine) progressent, mais la France régresse. En Irak par exemple, la France paie le prix de son refus de suivre George Bush, au contraire par exemple de José Manuel Barroso, qui fit preuve d’une solidarité sans faille. En 2003, le Portugal ira jusqu’à acheter le Lockheed C-130J plutôt que l’Airbus A400M. Charpier raconte le démantèlement des réseaux d’affaires français et l’obtention d’à peine 5% des programmes de reconstruction, alors que Paris était le premier fournisseur irakien en 1999.

L’hyperconcurrence s’est aujourd’hui déplacée sur d’autres terrains. La cybercriminalité est «le défi le plus sérieux auquel sont confrontées l’économie américaine et la sécurité nationale», selon Barack Obama. En 2009, le président américain a nommé un «Cybersecurity Coordinator» en la personne de Howard Schmidt, l’ancien directeur de la sécurité de Microsoft et conseiller spécial de George Bush. Pour le président actuel, la National Security Agency (NSA) serait le fer de lance de cette bataille de l’information. Elle est en train d’édifier un centre d’écoute et de stockage aux dimensions titanesques. Le projet s’appelle Utah Data Center et devrait devenir opérationnel en 2013, pour un coût de 2 milliards, selon Charpier. Le programme éclipserait l’ancien projet Echelon. Ce «méga-big brother» serait capable de casser les codes «les plus récalcitrants» et aurait accès à un flot d’informations confidentielles. Frédéric Charpier craint un contrôle de «l’ensemble du commerce mondial». Cela augure mal, à son avis, du caractère «équitable du commerce mondial».

Au fil du récit, on retrouve cette volonté des grandes puissances de peser sur les événements, de soutenir leurs entreprises et d’influencer le cadre législatif. Ainsi, la loi américaine sur la corruption, votée en 1977, servit de socle à la convention de l’OCDE. Elle entra dans le droit français en 2000 après 20 ans de lobbyisme et l’appui du FMI, de la Banque mondiale, du cabinet Arnold & Porter, que Charpier estime lié à la CIA, et de l’ONG Transparency International.

La Chine, «principal lieu de production de contrefaçons dans le monde», occupe une place de choix dans le dossier. C’est un concurrent «retors, implacable, puissant et dominateur», selon l’auteur.

Richard Anthony D’Aveni, l’un des 50 plus grands experts en management, selon Forbes et CNN, propose aux Etats-Unis une attitude plus offensive à l’égard de la Chine et une redéfinition des règles du jeu, des organisations internationales et du capitalisme. Il publie cette semaine Strategic Capitalism, The new Economic Strategy for Winning the Capitalist War (Ed. Mc Graw-Hill, et Kindle).

Dans ce conflit, les fonds d’investissement américains sont instrumentalisés à cette fin, selon Charpier. Il en veut pour preuve la prise de contrôle, par TPG Capital, de la société française Gemplus, pionnière de la carte à puce. C’est, à notre avis, sur ce terrain-là que son argumentation est la plus laborieuse et que les liens indirects sont présentés comme des liens de causalité. Le fonds In-Q-Tel est présenté comme «la branche de la CIA spécialisée dans le capital-risque». Le think tank American Enterprise Institute accueillerait «un certain nombre d’anciens des services de renseignement américains». La théorie du complot est proche.

Le concept de guerre économique cher à l’auteur exagère le rôle des services secrets. Les entreprises suisses et leur innovation ne seraient pas souvent parmi les leaders si leur compétitivité dépendait du soutien des services secrets ou du Département de la défense. Mais il est certain que l’avenir économique du pays dépend fortement des conditions-cadres, fiscales et juridiques, et de la capacité à défendre ses intérêts économiques. Sur ce point, les signaux envoyés par le Conseil fédéral sont alarmants.

1. «L’économie, c’est la guerre. Les agents secrets au service du big business», Frédéric Charpier, Editions du Seuil, 2012.

Par Emmanuel Garessus/Le Temps Aout12

2 réponses »

  1. «Richard Anthony D’Aveni, l’un des 50 plus grands experts en management, selon Forbes et CNN, propose aux Etats-Unis une attitude plus offensive à l’égard de la Chine et une redéfinition des règles du jeu, des organisations internationales et du capitalisme. »

    Voilà le genre de passage qui me fait penser à cela : http://aperto-libro.blogspot.be/2008/08/une-histoire-de-foi.html

    Plus on s’investit dans cette « guerre économique », plus on s’handicapera.

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  2. Faire la chasse et déclencher l’ire vengeresse SUR CEUX QUI ONT PORTÉ LA France à bout de bras
    dans ce°ces domaines « sulfureux », ce fut le début de la fin …. des haricots.
    Avec eux, nous faisions ENCORE qq peu illusion. Sans eux et avec l’équipe de bras cassé socialiste,
    C’EST RA.PÉ !

    De qui parle t-on là ? Bien (je sens que je vais faire un triomphe avec celle là)
    DE PASQUA par exemple, SANS OUBLIER TOUS CEUX QUI ONT COLLABORÉ AVEC LUI !

    Quand un chiotte est bouché, ça en prends pour siphonner …. la choses (BEURRKKK)
    et c’est pas avec des voeux pieux ni des vieux pneus (sic) qu’on fait ça !
    IL EN FAUT QUI METTENT LES MAINS (et le reste) DEDANS.

    ÇA DÉCOIFFE HEIN ? ET BIEN c’est pourtant ÇA la vérité !

    L’enfer est pavé de bonnes intentions ! La France comme Félicie …. AUS. SI !!!

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