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Tous coupables !!! : Maquillage des comptes grecs en vue de l’adhésion à la zone euro, un secret non gardé

Tous coupables !!! : Maquillage des comptes grecs en vue de l’adhésion à la zone euro, un secret non gardé

 Les swaps grecs n’étaient pas secrets Eurostat aurait du être au fait des swaps contractés par la Grèce en 2001. Leur existence était publique depuis…. fin 2001. 

En mai, sur la base des recommandations de la Commission européenne et des résolutions du Parlement européen, le Conseil de l’Union européenne a publié une recommandation concernant la mise en œuvre des grandes orientations des politiques économiques des Etats membres dont la monnaie est l’euro. Nécessité d’une stratégie générale cohérente tenant compte des effets d’entraînement importants entre les pays dont la monnaie est l’euro, modalités efficaces de coordination, nouvelles réformes d’envergure au titre du pacte pour l’euro plus, dans le but de promouvoir la compétitivité et l’emploi, de contribuer à la viabilité des finances publiques et de renforcer la stabilité financière: les principes et lignes directrices sont, une fois de plus, évoqués à la suite de la signature, le 2 mars, du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire. Une nouvelle réformes des institutions européennes bat son plein. 

Les grands principes sont une chose. Leur application en est une autre. Aucune institution n’a de sens si elle ne remplit pas son mandat. Et les institutions européennes démontrent depuis 10 ans qu’elles ont des difficultés à remplir le leur. 

L’exemple douloureux de la comptabilité nationale grecque, de ses défaillances et des célèbres swaps de devises et de taux contractés par l’agence grecque de gestion de la dette publique avec Goldman Sachs en 2001, éclaire des dysfonctionnements que la Commission européenne doit résoudre.

 

Depuis 2010, la direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique à l’échelle communautaire, Eurostat, nie avoir été informée de l’existence des contrats de dérivés souscrits par la Grèce en 2001 pour masquer une partie de sa dette. Dans son rapport de 2010*, la Commission dit n’avoir eu connaissance de l’existence des swaps de devises conclus en 2001 que lors de ses visites en Grèce en 2010 et affirme que «les autorités grecques n’avaient pas informé Eurostat sur cette question et qu’aucune opinion sur le traitement comptable n’avait été demandé à Eurostat comme il se doit dans le cas des transactions qui ne sont pas explicitement couvertes par ses règles».  

Cette version ne corrobore pas la déclaration faite par Gerald Corrigan, président de la société holding Goldman Sachs Bank USA, devant une commission parlementaire britannique en février 2010. Selon lui, le personnel de Goldman Sachs aurait consulté Eurostat sur ces swaps et il n’en est ressorti aucune indication que les contrats ne correspondaient pas aux normes en vigueur à l’époque.  

Même si l’on doute de la parole de Gerald Corrigan, il est clairement établi que l’existence de ces contrats était dans le domaine public depuis fin 2001. En janvier 2002, Risk Magazine publiait un article du professeur Gustavo Piga accusant les pays de la zone euro de travestir leurs comptes publics en utilisant les dérivés. Cet article faisait suite à un rapport complet du professeur Piga publié fin 2001, sous l’égide de l’ISMA (International Securities Market Association) et en coopération avec le Council on Foreign Relations de New York, sur l’utilisation des dérivés dans la gestion de la dette publique, rapport encore aujourd’hui disponible sur le site du professeur Piga.

PLUS DF VERITE ET DE VERTU  EN SUIVANT :  

 Le 1er juillet 2003, Nick Dunbar publiait à son tour un article** dans Risk sur les contrats de swaps conclus entre Goldman Sachs et la Grèce. Dans ce papier, il rappelle qu’en Novembre 2001, le département responsable de la dette grecque s’était engagé publiquement à réduire les coûts de service de sa dette par un usage extensif des dérivés. L’article de Nick Dunbar (et plusieurs autres articles publiés depuis) expliquent en détail les transactions effectuées. 

Les publications rappellent que les contrats de ce type n’étaient réservés ni à la Grèce ni à Goldman Sachs et que le gouvernement italien avait contracté des arrangements similaires. Gustavo Piga avait attiré l’attention sur le sujet dans son rapport de 2001. Il y décrivait à la page 127 des contrats similaires à ceux négociés par la Grèce, utilisant des swaps de devises à taux fictifs, permettant de dissimuler une partie du déficit budgétaire en échange de paiements futurs non enregistrés au passif. Dans son exemple Gustavo Piga ne révélait ni l’identité du pays, ni celui de la banque. Le Financial Times (puis le New York Times puis encore The Independant) révélait par la suite qu’il s’agissait de contrats conclus en 1996 entre l’Italie et de J.P. Morgan.

 Rappelons que d’une manière plus générales, les collectivités publiques italiennes étaient friandes de dérivés et que fin 2010, plusieurs d’entre elles – dont la province du Latium, la municipalité de Rome et la commune de Milan – ont porté plainte contre une série de banques (Unitcredit, Merrill Lynch, UBS, Citigroup, Deutsche Bank, JP Morgan, Dexia, Lehman Brothers, BNL, Defpa Crediop et Barclays) sur des contrats de dérivés (L’Agefi du 26janvier 2011), même si ces der niers ne possédaient pas les caractéristiques particulières des contrats avec J.P. Morgan et Goldman Sachs d’échange de devises à des taux fictifs pour déguiser des déficits.

 Pour ce qui est  des swaps grecs, dans le pire des cas, Eurostat ferait preuve de mauvaise foi. Dans le meilleur, son personnel semble peu au courant de ce qui est déclaré ou publié sur les sujets inclus dans son périmètre de compétence.  Il est inutile de continuer à véhiculer l’image d’une administration victime innocente des grands méchants loups de la finance et temps de mettre en place des institutions et du personnel compétent. Espérons que l’Union européenne s’engagera dans cette voie.

Nicolette de Joncaire/Agefi Le 23 Octobre 2012  

*Eurostat methodological visits to Greece in 2010    

** Goldman Sachs’ mega-deal for Greece 

*** Derivatives and public debt management

EN LIEN : https://leblogalupus.com/2012/03/10/comment-la-grece-a-dissimule-2-de-ses-dettes-avec-laide-de-goldman-sachs-en-2001/

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