Commentaire de Marché

Finance: le politique veut reprendre la main

Finance: le politique veut reprendre la main

Pour briller en société, il suffit d’affirmer aujourd’hui que la finance dirige tout et qu’elle impose sa volonté au politique. Mais n’est-ce pas justement le contraire qui est en train de se dérouler sous nos yeux?

Que nous le voulions ou pas, nous avons besoin des grands penseurs qui nous ont précédés pour comprendre nos sociétés. Pour ma part, et cela fait des années que j’en parle dans ces colonnes, je reste un adepte de la pensée de l’historien Fernand Braudel qui, le premier, a décrit le monde selon une logique concentrique, avec un cœur très organisé et une périphérie sans règles, parfois même livrée à l’anarchie.

Grâce à cette grille de lecture qui impose à la périphérie une dépendance aussi bien organique que hiérarchique à l’égard de son centre, tous les événements récents qui se produisent en Europe s’expliquent aisément. En bref, par son archaïsme organisationnel doublé d’un clientélisme politique d’un autre âge, le Sud du continent a échoué dans sa tentative de se hisser, grâce à l’Union européenne, au cœur du système.

«Nous sommes en train de reculer de 50 ans», hurlait hier dans la rue à Athènes un manifestant. Il ne croyait pas si bien dire: les Chinois ont récemment racheté une partie du port du Pirée. Précédemment, un entrepreneur grec devait attendre sa marchandise trois semaines pour autant que les dockers le veuillent bien. Aujourd’hui, le matériel importé, chinois évidemment, lui est accessible en 24 heures. Traduit en langue «braudélienne»: la Grèce est restée un pays périphérique à cause d’une gestion qui n’a jamais cessé d’être calamiteuse.

Lorsque vous atterrissiez il y a quelques années à l’aéroport international de Buenos Aires, deux choses vous frappaient. L’absence de trafic et la vétusté des installations. Bel exemple d’un pays très riche qui fut, lui, «submergé» il y a deux générations. Le général Peron cédait alors par démagogie à toutes les revendications qui lui étaient présentées. La substance du pays prit la fuite et le pays fut rejeté à la périphérie. Pour revenir aux financiers, si souvent décriés aujourd’hui, il convient de rappeler que ces derniers ont su adroitement profiter de la globalisation et de la révolution informatique pour se placer au cœur du monde, devenu aussi virtuel grâce au Net. Mais le politique vient de décider d’imprimer de la monnaie sans limites, histoire de soumettre à nouveau la finance à son pouvoir. En effet, la pensée démagogique du politiquement correct ne peut plus envisager une correction importante des marchés financiers. Seul bémol à cette reprise en main dont l’issue est encore à écrire: la loi d’airain théorisée par Braudel s’applique aussi, sur la durée, à la finance.

Par François Gilliéron, consultant indépendant/Le Temps Nov12

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