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Credit Suisse, leader des bonus mais pas de la banque d’investissement

Credit Suisse, leader des bonus mais pas de la banque d’investissement

L’action a chuté à l’annonce de la réorganisation de Credit Suisse. Une réponse logique à la confirmation de la culture de la grande banque. L’actionnaire n’est pas prioritaire, au contraire du bonus du management. Mais il y a pire. Credit Suisse souligne la domination de la banque d’investissement américaine sur la gestion de fortune suisse dans son modèle d’affaires. Pourtant, toutes les analyses prouvent que Credit Suisse n’est pas un leader de la banque d’investissement. Comment demander un bonus de leader de la banque d’investissement et présenter un chiffre d’affaires inférieur de moitié à la référence? Il y a bien erreur de casting.

 

Credit Suisse réorganise à l’envers du bon sens. L’organigramme place un directeur général au-dessus de deux grandes divisions, chacune gérée par deux co-chefs. C’est, à notre avis, la garantie d’une querelle des chefs. «Diviser pour mieux régner», telle est la stratégie. Même si les départements sont bien limités, rien n’empêchera le chef suprême de distribuer les bons et les mauvais points et les sous-chefs de perdre leur temps en politique interne. Comment a-t-on pu croire que le marché accepterait pareille situation? La baisse de l’action est logique. 

Comme le chef lui-même est avant tout un homme de la banque d’investissement, c’est ce métier qui garde la main dans les décisions du groupe. Comment la Finma a-t-elle pu se féliciter de ce choix? Ne faudrait-il pas rappeler ici qu’un «grounding» de Credit Suisse ferait apparaître celui de Swissair comme dérisoire? La Confédération serait incapable d’assurer la phase intermédiaire avant la vente des meilleurs actifs au plus offrant comme elle le fit avec Swiss. Faut-il dès lors accorder un tel poids à la banque d’investissement? 

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Brady Dougan, président de la direction, se vante à la NZZ, d’avoir réduit les actifs à risque dans la banque d’investissement de 300 à 191 milliards de francs et d’offrir un rendement des fonds propres de 16% sous le régime de Bâle III. Urs Rohner, président du conseil d’administration, ajoute que sa banque est «l’une des trois plus grandes au monde dans les affaires d’actions et d’obligations qu’elle mène aujourd’hui». La direction justifie les fonds qu’elle continuera d’allouer à ce métier. La NZZ, qui titrait «En avant vers le passé», elle-même réfute la thèse du management. Le journaliste doute de la permanence du rendement actuel de ce métier: «La banque d’investissement de CS continue de se bercer d’illusions pour la double raison suivante: elle s’appuie sur un banquier d’investissement américain pour diriger ses affaires et il lui manque sans doute les fonds nécessaires au financement d’une coûteuse restructuration.» Le Financial Times se dit également déçu de Credit Suisse, alors que le changement de modèle d’UBS avance à grands pas sous la direction de Sergio Ermotti. La grande banque sort en effet des affaires de taux et de change (FICC) au contraire de CS. 

La réalité du marché est cruelle pour Credit Suisse et pour ses dirigeants. La grande banque n’est pas un géant de la banque d’investissement. Au cours des trois premiers trimestres de l’année, selon le classement du Financial Times, Credit Suisse se classe en huitième position des obligations, à peine deux rangs devant UBS. Ses revenus atteignent 709 millions de dollars, très loin des trois premiers ­(JPMorgan, Bank of America Merrill Lynch et Citigroup). Ses commissions représentent 53% de celles de JPMorgan. La moitié du leader. 

Le classement du FT concernant les actions n’est pas plus favorable à l’équipe de Brady Dougan. Credit Suisse est septième avec 375 millions de commissions, derrière UBS, et à nouveau très loin du leader (JPMorgan) et de ses 722 millions de dollars. Dans ce métier, les revenus de Credit Suisse représentent 52% de JPMorgan. 

La réalité confirme le sentiment exprimé par des banquiers présents aux Etats-Unis. Credit Suisse ne joue pas dans la cour des grands. Le classement général de la banque d’investissement à fin septembre place JPMorgan en tête, devant Bank of America, Goldman Sachs, Morgan Stanley et Citigroup. Credit Suisse pointe en sixième position. Ses commissions à fin septembre représentent 60% de celles du leader. Credit Suisse peut difficilement prétendre jouer dans la même ligue que les grandes banques d’investissement. Dans ces conditions, une rentabilité suffisante et durable dans la banque d’investissement est improbable. Edouard Carmignac exprimait également ses doutes sur les deux grandes banques, et spécialement pour la banque d’investissement, dans Finanz und Wirtschaft. 

L’intérêt du management à se maintenir dans ce métier saute aux yeux. Les rémunérations y sont bien plus élevées qu’ailleurs. Jamie Dimon, le patron de JPMorgan, a gagné 23 millions de dollars au titre de 2011. Il est vrai que le bénéfice net s’est envolé pour atteindre 19 milliards de dollars. Celui de Credit Suisse ne dépassait pas 1,9 milliard de francs. La rémunération de Brady Dougan a certes chuté en 2011 à 5,8 millions de francs. Mais les 12,8 millions de l’année précédente et le pactole de 70 millions du printemps 2010 grâce au programme PIP 1 restent en mémoire. Credit Suisse est un leader en termes de rémunération, mais pas dans les affaires. Un peu comme si Tomas Berdych gagnait autant que Novak Djokovic ou Roger Federer.

 Credit Suisse n’est pas non plus leader de la gestion de fortune. Avec 1024 milliards d’actifs sous gestion dans le private banking à fin septembre, la grande banque demeure environ 600 millions en dessous d’UBS. Même en reprenant Julius Baer (179 milliards à fin juin), elle resterait très loin de la première banque suisse. Et en bourse, notre critère préféré, avec 28 milliards de francs de capitalisation et une hausse de seulement 3,5% cette année, Credit Suisse est une déception par rapport à UBS et à ses 56 milliards de francs (+37%). Par contre, en termes de risque, Credit Suisse devance toujours plus largement UBS. 

Le leader mondial, en cette fin d’année, n’est pas le géant JPMorgan (145 milliards de francs), mais le groupe chinois ICBC (205 milliards). Or Jiang Janqing se satisfait de 308 000 dollars.

Par Emmanuel Garessus/Le temps Nov12

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