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Tonneau des danaides et haro sur le contribuable européen : Deuxième restructuration de la dette grecque

Tonneau des danaides et haro sur le contribuable européen  : Deuxième restructuration de la dette grecque

Jean-Pierre Petit/BFM  27 Novembre 2012

Micolas Doze/BFM-  Dette grecque : qui va payer ? nous

Les points-clés de l’accord de l’Eurogroupe

Les ministres des Finances et le Fonds monétaire international se sont mis d’accord, dans la nuit de lundi à mardi, sur de nouvelles mesures pour aider la Grèce. Compte-rendu des principales mesures

– La Grèce atteindra un objectif d’excédent budgétaire primaire de 4,55% du produit intérieur brut (PIB) en 2016 plutôt qu’en 2014, afin de faciliter les conditions d’un retour à la croissance.

– Athènes organisera un programme de rachat de ses obligations souveraines détenues par des investisseurs privés. Ce rachat aura lieu le 12 décembre. Aucun montant ni prix n’a été divulgué. Une source proche des discussions a indiqué que le prix envisagé tournait autour de 0,35 euro pour un euro de dette détenu. Une fois que le programme de rachat produira un résultat positif, le Fonds monétaire international (FMI) se joindra au programme et la zone euro envisagera les mesures suivantes:

Une baisse de 100 points de base du taux d’intérêt des prêts bilatéraux consentis à la Grèce dans le cadre de son premier plan de sauvetage en 2010. Le taux sera ainsi ramené de 150 à 50 points de base au-delà des coûts de financement ou Euribor.

– Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) réduira de 10 points de base ses commissions sur les prêts à Athènes.

– La maturité des prêts à la Grèce – des prêts bilatéraux comme ceux du FESF – sera prolongée de quinze ans.

– Pendant dix ans, la Grèce n’aura pas à payer les intérêts sur les prêts consentis par le FESF.

– Les profits réalisés par la Banque centrale européenne (BCE) sur son portefeuille d’obligations grecques seront reversés à Athènes pour payer ses intérêts à partir de l’année fiscale 2013. Une source au sein de la zone euro a déclaré que cette contribution de la BCE s’élèverait à 11 milliards d’euros.

– Les pays de la zone euro envisageront d’autres mesures et formes d’aide, y compris une nouvelle réduction des taux d’intérêt sur les prêts bilatéraux afin d’aider la Grèce à rendre sa dette soutenable, une fois qu’Athènes aura atteint son objectif d’excédent primaire et rempli toutes les conditions posées par ses bailleurs de fonds en termes de réformes.

– Le ratio dette/PIB de la Grèce, prévu à 190% du PIB en 2013, devrait tomber à 175% en 2016, à 124% en 2020 et bien en deçà de 110% en 2022.

– Les membres de la zone euro continueront à financer la Grèce jusqu’à ce que celle-ci ait de nouveau accès aux marchés, à condition que le pays applique son programme de réformes.

– La Grèce obtiendra une tranche d’aide de 34,4 milliards d’euros en décembre, dont 10,6 milliards serviront au financement du budget et 23,8 milliards à la recapitalisation des banques. Un montant supplémentaire de 9,3 milliards d’euros sera versé à Athènes en trois fois au cours du premier trimestre 2013, toujours sous condition de mise en place de réformes. Une décision formelle sur le déboursement de l’argent sera prise le 13 décembre, après examen des résultats du programme de rachat de dette réalisé la veille et à condition que les procédures nationales dans les pays membres soient achevées.

Surce AFP Nov12

PLUS DE DETTE GRECQUE EN SUIVANT :

Doutes sur la réduction de la dette/Des analystes jugent que les prévisions de croissance sont trop optimistes

Au cours de la bataille des chiffres, le Fonds monétaire international (FMI) a finalement cédé sur un point. La Grèce devra ramener sa dette publique à 124% du produit intérieur brut (PIB) d’ici à 2020, contre 120% demandé par l’institution basée à Washington. Ensuite, elle devra être «substantiellement inférieure» à 110% en 2022. Avant cela, elle atteindra un pic à 175% en 2016.

Le paquet de mesures décidé pendant la nuit de lundi à mardi et détaillé ci-dessus devrait permettre d’atteindre cet objectif. Il devrait représenter 20% du PIB, soit 40 milliards d’euros. Sans cette intervention, la dette exploserait à 220% du PIB en 2020, selon l’Union européenne et le FMI.

Toutefois, certains économistes doutent que l’objectif de 124% soit réalisable. C’est le cas de Samy Chaar, stratège chez Lombard Odier: «Cet objectif se base sur des prévisions de croissance et de déficit trop optimistes. La Grèce devrait atteindre un surplus primaire [calculé avant la charge de la dette] et une croissance économique de plus de 4% par année à partir de 2016.» L’OCDE, par exemple, qui a publié hier ses perspectives de croissance, table sur une contraction de l’activité en Grèce de 6,3% cette année, de 4,5% en 2013 et de 1,3% en 2014.

Samy Chaar estime néanmoins que les négociateurs ont fait un pas en avant. «Toutes les mesures mentionnées vont permettre de réduire le poids de la dette. Ce n’était pas le cas en début d’année lors de la participation des créanciers privés pour réduire l’ardoise de la Grèce. Elle avait en effet été remplacée par des prêts de la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et FMI)», juge-t-il.

Charge de la dette élevée

En février dernier, un accord avait été trouvé pour que les créanciers privés de la Grèce passent à la caisse. Il avait permis de rayer un peu plus de 100 milliards d’euros de l’ardoise grecque.

Dans son dernier rapport, publié début octobre, le FMI – dont les prévisions sur l’évolution de la dette sont plus optimistes que celles de la Commission – table sur un ratio de 170,7% du PIB en 2012, puis de 181,8% en 2013.

Autre problème, la charge des intérêts. «Elle est trop élevée pour qu’Athènes puisse stabiliser ses finances», estime Bruno Jacquier, économiste à la Banque privée Edmond de Rothschild. A son avis, il faudrait que le ratio retombe à 90% pour que le pays ne soit pas étouffé par le poids de sa dette. Dans ces conditions, il estime qu’une importante restructuration est toujours nécessaire. Même si certains jugent que l’accord constitue déjà une restructuration en soi, puisqu’il implique un moratoire sur les intérêts et un prolongement des échéances notamment.

Du côté des marchés, le taux à 10 ans sur la Grèce s’est légèrement détendu mardi, en dessous des 16%. Les bourses européennes ont affiché des évolutions mitigées, l’Eurostoxx 50 étant en légère baisse. En réalité, rappelle Bruno Jacquier, les investisseurs ne se sentent plus vraiment concernés par cette affaire: depuis l’accord de mars avec les créanciers privés, les trois quarts de la dette sont désormais entre des mains publiques.

 Par Mathilde Farine/Le Temps Nov12

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Et pendant ce temps là le droit de seigneuriage bat son plein : Les « pseudo marchés » prêts à une deuxième restructuration de la dette grecque et à se servir sur le dos des contribuables européens

 A l’instar du genevois Dromeus Capital, les fonds d’investissement amassent les emprunts d’Athènes. Leur pari? L’effacement d’une partie du passif grec par l’Europe, voire la BCE. Et une «réévaluation complète» des risques grevant l’investissement dans le pays par le reste des milieux financiers.

Le monde à l’envers. Conspués, accusés de comploter à la «fin de l’euro», les fonds spéculatifs s’intéressent toujours à la Grèce. Cette fois, ils ne tirent plus à vue sur ses emprunts. Mais les ramassent. Cet engouement a permis à l’Etat grec de voir les conditions exigées sur un emprunt à dix ans passer, depuis juin, de 35% à 16%. «Cela reflète la diminution de la probabilité d’une sortie de la zone euro», explique Achilles Risvas. Cachée dans un vieil immeuble donnant sur la principale rue commerçante de Genève, sa société Dromeus Capital vient de lancer le mois dernier un fonds de placement spécialement dédié aux actions et aux obligations grecques. Ses souscripteurs lui auraient confié 200 millions de francs. Dromeus avait déjà commencé à accumuler les emprunts grecs lorsque ceux-ci pouvaient être obtenus en versant 18 euros pour chaque tranche de 100 euros remboursable par Athènes. Il faut aujourd’hui débourser 29 euros pour le même emprunt. «A 16% d’intérêt, le couple rendement-risque reste favorable», explique le financier de 33ans.

Un tel pari, reflète, entre les lignes, la conviction d’une nouvelle «restructuration». Une attitude apparemment contradictoire, une telle solution rimant avec les créanciers floués. «Cela fait bien longtemps que la valeur de ces emprunts intègre ce risque», sourit le gérant de hedge funds d’origine grecque. En réalité, «le vrai pari, c’est celui d’une restructuration touchant également les emprunts détenus par les Etats, la BCE ou le FMI», poursuit-il. Cet effacement d’une partie de l’ardoise «étatique» – épongée, en fin de compte, par les contribuables européens – était pourtant toujours l’objet d’un blocage dès l’ouverture du sommet de lundi à Bruxelles: le gouvernement allemand y a de nouveau exclu l’idée d’un effacement de toute dette. «C’est pourtant la seule alternative crédible et l’inflexion des discours officiels sur le caractère insoutenable de la dette grecque le montre», estime pourtant Achilles Risvas. Selon ce dernier, pour réduire les dettes à un niveau n’étouffant pas l’activité économique, il faudra encore en effacer «entre 30 et 40%», via une restructuration qui touchera «nécessairement» les Etats, la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire international – aujourd’hui détenteurs de 80% des 340 milliards d’emprunts helléniques. Lors de la restructuration les ayant touchées – seules – en mars dernier, «les institutions financières privées ont obtenu que tous les détenteurs d’emprunts soient uniformément touchés si une autre restructuration devait suivre», rappelle le patron de Dromeus Capital. Celui-ci est convaincu qu’un tel événement serait suivi d’une «réévaluation complète de la Grèce aux yeux des marchés, comme ce fut le cas du Portugal». A son plus grand profit.

Responsable des devises sur la salle de marché de Lehman à Londres jusqu’en avril 2008, ce dernier a déjà réussi à faire décoller sa PME de huit employés grâce à un pari gagnant contre la Grèce. Début 2009. Alors qu’Athènes empruntait presque aux mêmes conditions que Berlin. «Sur les marchés, les gens commençaient à réaliser la situation inextricable dans laquelle était le pays, même si personne n’aurait imaginé une telle crise, le pays étant considéré comme protégé de tout par la zone euro», ­décrit Achilles Risvas. Le financier utilise alors une technique spéculative depuis interdite: l’utilisation de «naked CDS», produits d’assurance qui lui ont permis de toucher le pactole, lorsque les taux exigés de la Grèce par les marchés dépassent de 1,2point de pourcentage ceux imposées à Berlin. Un écart alors considéré comme peu probable. Revenir à ce niveau fait aujour­d’hui rêver.

Par Pierre-Alexandre Sallier/Le Temps12

2 réponses »

  1. Mardi 27 novembre 2012 :

    Hollande : « La résolution de la crise grecque lève les doutes sur la zone euro »

    Le président français François Hollande a estimé mardi que la résolution de la crise grecque allait permettre de lever tous les doutes sur l’avenir de la zone euro, lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre belge Elio Di Rupo à Paris.

    « La résolution de la crise grecque va permettre maintenant de lever tous les doutes sur l’avenir de la zone euro, son intégrité, sa pérennité », a déclaré M. Hollande après l’accord trouvé dans la nuit de lundi à mardi sur les moyens de réduire la dette grecque.

    Fin de citation.

    François Baroin a été ministre de l’Economie et des Finances de juin 2011 à mai 2012. François Baroin vient de publier un livre, « Journal de crise ». Il raconte une réunion secrète qu’il a organisée pour prévoir les conséquences concrètes d’un éclatement de l’euro. Il baptise cette réunion « Black Swan ».

    François Baroin raconte cette journée de novembre 2011 : c’est la page 13 et les suivantes :

    Cette hypothèse-là, le « cygne noir », je ne l’avais pas imaginée jusqu’alors. Je réunis autour de moi trois personnes de confiance. Discrétion obligatoire. Ils ne devront en parler à personne, ni à la presse, évidemment, ni même à leur entourage. Le rendez-vous a lieu dans mon bureau, au sixième étage à Bercy. C’est une discussion sans documents. Pas de traces. Chacun sait que l’objet seul de la réunion, s’il était connu, pourrait avoir des conséquences désastreuses.

    Nous sommes dans l’obligation d’imaginer une implosion de la zone euro et ses terribles conséquences. Même si j’espère et crois que nous parviendrons à un dénouement « heureux », je rappelle que nous ne pouvons pas exclure à 100 % le pire scénario. Le pire ? La sortie de la Grèce de l’euro, un effet de contamination, une théorie des dominos qui entraînerait l’éclatement de la zone euro et de facto la sortie de la France. Un scénario cauchemar. Je demande à ces personnes de confiance de travailler sur deux hypothèses : le coût de la sortie de la Grèce de la zone euro pour la France et deux types de pertes : celles du secteur banques-assurances d’une part, et celles de l’éclatement de la zone tout entière d’autre part. Je veux pouvoir, si nécessaire, donner ces informations au président et au Premier ministre. Il nous faut tout envisager : combien de temps prendrait cette sortie de l’euro ? Comment s’organiserait la fabrication d’une nouvelle monnaie ? Quelles seraient les conséquences d’une telle annonce ? Comment éviter un bank run, une panique bancaire, lorsque les clients se ruent dans les banques pour retirer tout leur argent ? Quel pare-feu faudrait-il mettre en place ? Quel montant ? Quel plan pour sauver l’épargne, le système bancaire et au bout du compte notre économie ? Un fil rouge, un seul : protéger les économies des Français. Rien ne doit filtrer. Pour éviter un affolement général, mais aussi une défiance des marchés, des attaques contre l’économie de notre pays, et un effet boule de neige.

    http://www.amazon.fr/Journal-crise-Fran%C3%A7ois-Baroin/dp/2709639645/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1353187307&sr=1-1

    Ce livre de François Baroin montre la différence entre les paroles et les actes des dirigeants politiques européens :

    – Dans leurs paroles, devant les caméras de télévision, les dirigeants politiques européens nous disent avec un grand sourire : « La crise de la zone euro est finie. Tout va bien. Tout s’arrange. Nous contrôlons la situation. »

    – MAIS AU MEME MOMENT, dans leurs actes, dans le plus grand secret, ils préparent l’éclatement de la zone euro.

    C’est une belle bande de menteurs.

    Des menteurs de droite, des menteurs du centre, des menteurs de gauche.

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