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Banques: le risque français est sous-estimé

Banques: le risque français est sous-estimé

HEC Lausanne a adapté pour l’Europe un modèle d’évaluation du risque systémique. Les établissements de l’Hexagone et de Grande-Bretagne sont les plus exposés en cas de nouveau krach. Ce modèle veut éviter l’influence de critères politiques

«Le G20 est biaisé politiquement. Il a critiqué les banques chinoises mais il n’a pas pointé du doigt les banques françaises lors de ses évaluations. Pourtant, selon notre modèle, les banques françaises sont plus risquées. Ce n’est pas parce qu’elles sont gérées pas des énarques que l’on peut dire que tout ira bien.» Michael Rockinger, professeur de ­finance à HEC Lausanne, veut précisément éviter que des facteurs politiques puissent influencer l’appréciation des risques dans le secteur bancaire. Dans ce but, le Centre pour la gestion des risques à Lausanne (CRML) a adapté pour l’Europe un modèle initialement développé par le professeur Robert Engle de l’Université de New York.

Infographie. Et si une nouvelle crise financière se produisait ces prochains mois?

Ce modèle veut constituer une alternative aux évaluations fournies par les agences de notation et les institutions pouvant être influencées par la politique, à l’exemple de la Banque des règlements internationaux. Les premiers résultats de ces recherches sont déjà disponibles. Les approfondissements pour l’Europe seront rendus publics prochainement, comme l’a appris Le Temps en exclusivité.

PLUS DE RISQUE SYSTEMIQUE:

Première surprise: le modèle indique que les instituts financiers en France présentent des risques aussi élevés que ceux de Grande-Bretagne. Durant la dernière décennie, les instituts financiers français ont affiché ce que Michael Rockinger appelle le risque systémique à hauteur de 262 milliards d’euros en moyenne. C’est davantage que les 247 milliards pour les établissements de la City! Ces montants, qui représentent le besoin en capital nécessaire en cas de forte correction des marchés, correspondent à près de 10% du produit intérieur brut de la France et du Royaume-Uni, deux pays dont la dette publique atteint déjà des records. L’Allemagne vient ensuite avec 200 milliards d’euros. En Suisse, ce montant s’est établi en moyenne à 107 milliards. A noter que durant la phase aiguë de la crise, de 2008 et 2012, ce sont les banques britanniques qui ont fait encourir le plus de risques à leur gouvernement.

Reste que parmi les dix instituts qui, selon ce modèle, présentaient début janvier les risques systémiques les plus importants au monde, trois sont français. Après le premier rang occupé par Deutsche Bank, dont le besoin de refinancement en cas de krach est estimé à 153,4 milliards d’euros, Crédit Agricole présente le second niveau de risque le plus élevé avec 139,4 milliards, suivi par Barclays avec 131,8 milliards. BNP Paribas (121 milliards) est en cinquième place, alors que Société Générale (87,5 milliards) est située au huitième rang. UBS figure au 13e rang, Credit Suisse à la vingtième place. En comparaison du secteur bancaire, les géants de l’assurance comme Axa (en 24e place) et Allianz présentent un risque systémique beaucoup plus faible.

Sur quoi repose le modèle d’évaluation des risques utilisé par HEC Lausanne? L’institut prend en compte le niveau d’endettement, d’une part, et la sensibilité aux variations du marché boursier, d’autre part. Pour le premier aspect, le modèle compare la valeur des actifs d’une société à celle de ses fonds propres pour déterminer le levier d’un établissement. Dans le cas de Credit Suisse, le levier a fortement varié au cours de 2012. Il a affiché son plus faible niveau en mars (ratio d’environ 30), avant de grimper à un pic de 50 en juillet, suite à l’avertissement adressé à l’établissement à la mi-juin par la Banque nationale suisse, qui avait alors provoqué une chute du titre. Concernant le second aspect, le modèle estime la moins-value attendue pour un titre en cas de forte baisse de l’ensemble du marché (MSCI Monde).

Il en résulte ensuite le besoin en capital estimé pour un établissement en cas de nouvelle crise financière. Pour Credit Suisse, ce montant atteint par exemple près de 70 milliards en début d’année 2013. «Cette somme représente le besoin que la banque aurait en termes de capitaux si le marché devait subir un krach, défini comme une baisse de 40% durant six mois», explique le professeur. Pour rappel, une telle baisse s’est produite en 2008 et 2009.

Pour UBS et Credit Suisse, le besoin en capital en cas de krach boursier est actuellement un peu inférieur qu’il y a six mois. Pour autant, Michael Rockinger estime qu’il «n’y a aucune raison de baisser la garde». En cas de crise, le besoin en capital supplémentaire dépasse toujours les 150 milliards pour les deux grandes banques suisses. C’est moins qu’en milieu d’année 2012, mais cela reste aussi élevé qu’à fin 2009. Dès lors, le risque lié aux banques trop grandes pour faire faillite reste toujours très important pour la Suisse, souligne-t-il. Selon lui, les nouvelles affaires survenues après la crise des «subprime», comme le scandale du Libor, montrent que les grandes banques «n’ont rien appris».

De plus, les autorités de régulation se montrent de nouveau moins strictes qu’après la crise. En début de semaine dernière, le Comité de Bâle, chargé de définir les règles pour le secteur bancaire, a assoupli les délais d’application pour les nouveaux ratios en matière de liquidités exigés de la part des grandes banques.

La publication d’un tel baromètre du risque pour les instituts financiers ne pourrait-elle pas contribuer à accélérer la crise, en incitant les investisseurs à revendre les titres jugés moins sûrs? Le professeur n’exclut pas un tel danger. Toutefois, il souligne qu’au début de 2008, ce modèle aurait pu servir d’avertissement. «Dans le cas d’UBS, le niveau de risque calculé par notre modèle a continuellement augmenté à partir de 2006 et a atteint un plus haut en mai 2008 déjà. Les signaux étaient au rouge bien avant que la Confédération n’intervienne», rappelle-t-il.

Par Yves Hulmann/Le Temps Janv13

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/9a8b813e-5dab-11e2-88d4-6a962511553b/Banques_le_risque_français_est_sous-estimé

EN LIEN: Tout a commencé en 2010 aux Etats-Unis, à l’Université de New York grâce notamment au Prix Nobel Robert Engle

Tout a commencé en 2010 aux Etats-Unis, à l’Université de New York (NYU), raconte Michael Rockinger. Trois économistes ont écrit un article «incompréhensible pour beaucoup de monde» sur la mesure du risque systémique. Un de leur collègue, le Prix Nobel Robert Engle, a réussi à le traduire en un modèle économétrique, et donc exploitable avec les données des institutions financières. «Rob» Engle a ensuite trouvé son partenaire en Europe, pour un traitement spécifique, à HEC Lausanne, avec laquelle il était en contact de longue date. L’Université nationale de Singapour (NUS) est le partenaire pour l’Asie.

Michael Rockinger espère que les données mises gracieusement à disposition du public attireront l’attention de la Banque nationale, et de la Finma, le gendarme de la finance. Après le soutien de HEC, et de Synopsis Asset Management à Lausanne, pour le démarrage du projet, l’universitaire cherche de nouveaux moyens pour développer ce qu’il appelle «un bien social». Pas question toutefois de recueillir des fonds venant des banques, pour ne pas être sous influence, justifie-t-il.

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