Allemagne

L’écart se creuse entre les salariés français et allemands!

L’écart se creuse entre les salariés français et allemands!

 La France est membre du G8, groupe des huit pays les plus puissants de la planète, mais ses salariés ne sont qu’au 9e rang européen en termes de pouvoir d’achat, derrière l’Allemagne… 

François Hollande continue de promettre une reprise économique en fin d’année. Ne vous inquiétez pas! Le plan est inchangé. Le président français veut donner l’impression de tout maîtriser. François, l’ingénieur-roi? En vertu de cette promesse, les ménages français verront-ils leur pouvoir d’achat se reprendre durablement? Est-ce que l’emploi va repartir à la hausse? Est-ce que la compétitivité des entreprises va surprendre celle des concurrents?

La comparaison avec le voisin allemand permet de mesurer, sur la base des faits, des études et des décisions prises, l’arrogance de la promesse du président français.

Chacun conviendra que les créations d’emplois ne proviennent que des entreprises et de leurs bénéfices. Or la marge bénéficiaire des entreprises, avant intérêts, impôts et amortissements (EBITDA), n’est que de 28% en France, contre 38,3% en Allemagne, selon Eurostat. Comme les intérêts et les impôts sont plus élevés en France, l’écart de marge nette est sans doute supérieur. La valeur boursière est également importante pour la compétitivité des entreprises. Plus elle augmente et plus le financement des investissements diminue. En 10 ans, les cours des sociétés allemandes ont doublé alors que le CAC 40 n’a progressé que de 20%. Selon une étude d’Allianz Global Investors, l’écart de risque entre les deux pays observé sur les marchés d’obligations et de dérivés sur le risque de défaut (CDS) s’est également élargi ces derniers mois, au détriment de la France et de ses entreprises.

L’absence de réelles réformes destinées à libéraliser le marché du travail pénalise l’emploi, selon cette étude. Depuis l’an 2000, le coût du travail horaire s’est accru de 30% en France et de 10% en Allemagne. Le renchérissement du travail en France provoque une diminution de la part des exportations au PIB. D’ailleurs l’ancien excédent de la balance courante s’est transformé en déficit.

Le FMI et la presse pleurent «l’excès d’austérité» mais l’Etat français, qui alignera cette année son 39e déficit public consécutif, n’économise pas. Les dépenses publiques mangent 56% du PIB contre 46% en Allemagne, selon Allianz GI. Cette omniprésence de l’Etat français n’est d’ailleurs pas une garantie de services publics plus efficients qu’en Allemagne. Pourtant, rien n’indique que la France ait une folle envie de ne plus vivre à crédit. Pendant ce temps, l’Allemagne d’Angela Merkel présente un excédent budgétaire au premier semestre.

En France, l’austérité frappe les particuliers, mais épargne l’Etat. La presse peine à évoquer ce fossé entre largesses publiques et austérité privée. La situation des ménages français est dramatique, ainsi qu’en témoigne l’évolution du pouvoir d’achat réel (après prélèvements obligatoires, fiscaux et sociaux), mise en lumière par une étude publiée cet été par Ernst & Young et l’institut Molinari. Son écho a été renforcé par les critiques de certains médias opposés à l’idée d’intégrer les charges sociales patronales dans les prélèvements obligatoires. Une remarque surprenante puisque le coût du salarié est traditionnellement analysé sous l’angle de l’employeur. C’est l’approche reprise notamment par l’OCDE (Taxing Wedges). En effet, une entreprise décide du lieu de production en fonction du coût total d’un salarié. Les cotisations sociales patronales et salariales sont toutes deux versées en fonction de l’activité du salarié. En France, elles représentent 87,6% de la pression fiscale et sociale, un record dans l’UE. Les charges «patronales» atteignent 58,6% en France, contre 39,7% en moyenne dans l’UE.

Sous l’angle du salarié, il importe de savoir à quelle date il cesse de travailler pour payer ses impôts, taxes et cotisations sociales. En 2013 ce jour de libération fiscale (après paiement de l’impôt sur le revenu, de la TVA et des cotisations sociales patronales et salariales) est intervenu le 26 juillet en France et le 13 juillet en Allemagne.

Le coût du système français est effrayant. Le salaire brut nécessaire pour que l’employé reçoive un salaire net de 100 euros atteint 230 euros en France, contre 213 euros en Allemagne et 186 euros en moyenne dans l’UE (et 157 euros au Royaume Uni).

Le salarié français est donc l’un des mieux payés en Europe, sous l’angle du salaire brut. Il se classe au cinquième rang des pays de l’UE avec 53 647 euros par an (pouvoir d’achat réel + charges + impôt sur le revenu + TVA) et devance le salarié allemand (52 440 euros). La Belgique, la Suède, le Luxembourg et les Pays-Bas passent tout de même devant la France.

Mais le salarié français est si fortement fiscalisé, avec 30 371 euros de charges, impôts sur le revenu et TVA, que ses rêves immobiliers, éducatifs ou vacanciers sont fortement limités. Pour son pouvoir d’achat, il ne lui reste que 23 276 euros. Le Français n’est donc qu’au 9e rang européen en termes de pouvoir d’achat, derrière l’Allemagne (24 652 euros) et loin du podium composé du Luxembourg (34 510), de la Suède (30 235) et du Royaume-Uni (29 768). La France est membre du G8, le groupe des huit pays les plus puissants de la planète, mais ses salariés ne font même pas partie des huit premiers de l’UE en termes de pouvoir d’achat. Comment le président socialiste, dans sa promesse de retournement en fin d’année, peut-il être crédible?

Au sein de l’UE, la France est championne des cotisations sociales, et deuxième en termes de fiscalisation (l’Allemagne est cinquième).

Un autre point intéressant de l’étude: les 17 pays de la zone euro ont enregistré une hausse de la pression fiscale sur 3 ans, alors que les 10 pays non-membres profitaient d’une baisse.

La France présente le double inconvénient pour ses salariés de figurer dans la catégorie des plus fiscalisés et celle des plus forts dérapages des comptes publics. Un profil atypique et peu enviable.

L’évolution de la pression fiscale et sociale est politique, et non le fruit du hasard. Ce sont les autorités qui décident de la TVA, de l’impôt sur le revenu et du financement des assurances sociales. Or la Suède a gagné 8 jours de libération fiscale en 3 ans, l’Allemagne et les Pays-Bas 6 jours. Il est donc possible d’améliorer le pouvoir d’achat et de réduire les impôts sans peser sur le PIB. La France n’a pas besoin d’une promesse de reprise, mais d’une refonte du système. Difficile de ne pas être pessimiste à ce propos.

Par Emmanuel Garessus/ Le Temps 28/8/2013

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/8e50e284-0f43-11e3-809f-2303ebb19a31%7C1

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