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Philippe Béchade/BFM : la manipulation des marchés faite par les banques centrales, – 02/10/2013

Philippe Béchade/BFM : la manipulation des marchés faite par les banques centrales, – 02/10/2013

Le 2 octobre, Serge Négrier, responsable de la gestion des actions chez Marignan Gestion et Philippe Béchade, rédacteur en chef à la chronique Agora, reçus dans Intégrale Placements par Guillaume Sommerer, abordent la manipulation des marchés faite par les banques centrales, sur BFM Business.

Grâce aux manipulations de la Fed, Wall Street aura un octobre serein…

▪ Mes détracteurs se font de plus en plus discrets et modestes sur la question de la manipulation des marchés. Ce sont maintenant ceux qui le nient qui passent pour des idiots.

Certains — de plus en plus rares — minimisent encore le rôle de la Fed car les actions, c’est fait pour grimper éternellement, avec ou sans la fausse mornifle d’une banque centrale… à plus forte raison s’il n’y aucun placement alternatif (regardez d’ailleurs ce qu’en dit Bill ici).

Le principe est compréhensible par le premier imbécile venu. S’il n’y a plus de champagne, on se rabat sur le mousseux… et si le prix du mousseux devient à son tour prohibitif, ce n’est qu’un minuscule inconvénient en regard de l’ivresse qu’il est censé procurer.

A aucun moment ces beaux esprits n’envisagent d’arrêter de se comporter comme des alcooliques mondains et de filer à grandes goulées vers la cirrhose ou le coma éthylique.

Peu leur importe la couleur du ciel, l’humeur des passants qui ne sont pas et ne seront jamais conviés à la fête organisée par la banque centrale ; peu importe aussi que l’argent soit réinjecté encore plus massivement qu’en 2007/2008 dans le grand casino des dérivés, avec des leviers spéculatifs encore plus vertigineux.

Peu importe que l’aboutissement ultime de l’économie de marché, c’est l’abolition du marché (libre et efficient) et l’instauration de prix administrés.

▪ Paris sous total control
Un formidable exemple nous a été offert la semaine dernière en Europe. La Bourse de Paris a expérimenté la quintessence du phénomène de total control.

Le CAC 40 a été “saucissonné” par une camisole algorithmique dont les liens ne se sont pas desserrés de plus d’1% durant cinq séances. 98% des échanges de la semaine se sont matérialisés au sein de la fourchette 4 170/4 202 points.

Les ultimes habillages de bilan trimestriels ont soutenu le CAC 40 jusqu’à la dernière seconde vendredi. Cela n’a cependant pas été suffisant pour éviter l’inscription d’un score hebdomadaire légèrement négatif de -0,4%, les valeurs françaises clôturant parfaitement flat à 4 186,8 points alors qu’elles s’effritaient de -0,15% vers 17h29.

Les permabulls espéraient que la semaine s’achèverait au-dessus des 4 200 points, qui servent de résistance également depuis lundi… Mais il reste encore cette séance de lundi pour clôturer le mois et le trimestre au plus haut.

Tout espoir n’est pas perdu dans le cas d’un accord de dernière minute — et à l’italienne — entre les ministres démissionnaires du camp Berlusconi et le gouvernement de coalition. Ce dernier semble désormais incapable de faire adopter de grandes orientations budgétaires et de poursuivre sa politique de réduction des déficits.

▪ Les Etats-Unis paralysés ?
Aux Etats-Unis, le repli des indices a été tout sauf une surprise alors que la date du 1er octobre se rapproche. Aucun compromis sur la question du budget ne semble pouvoir émerger des tractations — qui demeurent stériles — entre démocrates et républicains.

Le pays semble se diriger tout droit vers un nouveau train de coupes automatiques… et peut-être même une situation technique de défaut de paiement d’ici le 17 octobre.

Même si à Wall Street aussi, les gérants mettent la dernière main aux habillages de bilans, on n’observait pas de flux acheteur, pas de relais à la hausse. A partir de 20h, le marché a entamé une lente dérive à la baisse.

Cela a débouché sur l’inscription d’une sixième séance de repli sur une série de sept. C’est la première de l’année mais la perte cumulée demeure modeste, de l’ordre de -2,5%.

Assez curieusement, les chiffres du jour ne sont pas venus au secours des marchés américains. Selon le département du Commerce US, les dépenses des ménages américains ont légèrement accéléré au mois d’août (de 0,3% comme prévu) sous l’effet d’une progression plus soutenue de leurs revenus (+0,4%, c’était également le chiffre attendu par le consensus après de très décevant +0,2% de juillet).

La confiance des consommateurs du Michigan pour septembre est ressortie à 77,5 contre 76,8 en première estimation (et 78 attendu après 82,1 en août et 85,1 en juillet).

Wall Street n’a pas vraiment besoin que les consommateurs aient confiance : à partir du moment où les professionnels sont haussiers à 70%, nous pouvons aborder le mois d’octobre l’esprit serein…

Philippe Béchade Chronique Agora 30 sept 2013 |

http://la-chronique-agora.com/manipulations-fed-wall-street-serein/

Le shutdown du gouvernement US réjouit Wall Street

02 oct 2013 | Philippe Béchade |

Nous avons assisté mardi à une splendide entame de quatrième trimestre, avec une spectaculaire accélération à la hausse au cours des 90 dernières minutes de la séance. Il a suffi que les opérateurs aient pris connaissance de la trahison du n°2 du parti de S. Berlusconi, qui appelle à voter la confiance demandée par le chef du gouvernement Enrico Letta, la cible favorite du Cavaliere.

La bourse de Milan a explosé de +3,1% ; le CAC 40 a plus que doublé ses gains (en repassant de +0,65% à +1,28% à 4 196,6 points) ; l’EuroStoxx 50 (+1,3%) s’est retrouvé propulsé en quelques heures au contact de son zénith annuel des 2 933 points.

Une telle euphorie eut été inconcevable sans la trahison de la confiance des Américains dans la capacité de leurs représentants à oeuvrer pour l’intérêt supérieur du pays et non pour peaufiner leur positionnement politique en vue de la prochaine élection qui se profile à mi-mandat (en novembre 2014).

Encore une trahison de M. et Mme Tout-le-Monde qui réjouit ouvertement Wall Street. Le Congrès US se contrefiche de la panade dans laquelle se débat la classe moyenne américaine… et plus encore du fait que des dizaines de millions de citoyens n’aient aucun accès aux soins, faute de liquidités sur leur compte en banque. Comble de bonheur, rien ne bouge — pas l’ombre d’un reproche dans la presse nationale, pas la moindre manifestation de ras-le-bol des victimes du système.

▪ Allégresse sur les marchés C’est comme si le blocage des administrations débloquait le compteur de la hausse à Wall Street. Avec un peu de chance, la SEC (équivalent américain de notre AMF) va se retrouver réduite à l’impuissance faute de troupes, et le marché va vivre d’inestimables heures de liberté sans entrave… Une sorte de carnaval boursier où tout serait permis.

Moins de trois heures après leur ouverture, les indices américains engrangeaient entre 0,5% (Dow Jones) et 1,25% (pour le Nasdaq qui inscrivait un nouveau plus haut quasi historique à 3 816 points).

A noter également le nouveau record absolu du Russell 2000 à 1 086 contre 1 802 mi-septembre, soit un gain de 1,15%. Quant au Dow Transport, il est en lévitation : +1,5% à 6 685 points, à moins de 1% de son zénith des 6 750 points du 18 septembre.

Tout se passe comme si l’impasse politique — se rajoutant à l’impasse économique — renforçait le sentiment d’invulnérabilité des brasseurs d’argent. Quoi qu’il se produise, les turpitudes du monde réel ne les concernent pas.

Ils s’en sont créé un à leur convenance où même le sacro-saint marché (qu’ils disent vénérer) est en réalité aboli par un système de fixation des prix digne d’un système communiste autoritaire.

Ce système qui éblouit Wall Street est aussi simple qu’efficace. Il ne nécessite que trois acteurs : un acheteur et un vendeur parfaitement interchangeables, plus un banquier peu regardant. On peut se passer intégralement du reste de la population.

▪ La finance appliquée aux antiquaires Nous illustrerons notre propos avec deux antiquaires qui se font face dans une rue chic de Soho, fréquentée par la crème de Wall Street. Le premier tente depuis des mois de vendre un Warhol archi vu et revu à 152 000 $ ; celui d’en face, un Liechtenstein en mal d’inspiration à 168 500 $ (ces prix représentent, vous l’aviez deviné, un Dow Jones multiplié par 10 et un S&P 500 multiplié par 100).

Ne trouvant ni l’un ni l’autre preneur pour leurs croûtes au tarif affiché, les deux antiquaires — qui ne veulent pas passer pour des losers — conviennent de se les revendre officiellement au prix indiqué sur l’étiquette ; l’un des deux doit emprunter la différence mais la banque y pourvoit volontiers. Ensuite, ils les installent chacun dans leur vitrine respective… avec un prix augmenté de 10%.

Ne trouvant toujours pas preneur, ils se les ré-échangent — au prix qu’ils ont fixé — trois mois plus tard… puis les gonflent cette fois de 15%.

Ce petit jeu de transactions réciproques se poursuit pendant des mois, chacun des antiquaires augmentant sa dette auprès de sa banque qui se frotte les mains : après tout, c’est du business sans souci, il y a du sous-jacent et les emprunteurs affichent tous les codes d’appartenance à la jet-set.

A la fin de l’année, de hausse fictive en hausse fictive, le Warhol se retrouve propulsé à 250 000 $ et le Liechtenstein à 270 000 $ (et la dette cumulée par les deux idiots atteint des sommets).

Pendant ce temps-là, leurs amis qui relatent l’évolution du marché de l’art dans les médias ne cessent de s’extasier sur l’incroyable flambée de la cote des artistes contemporains dans les galeries de Soho. Ils pronostiquent déjà 25% de hausse en 2014, en espérant que des non-initiés vont s’y laisser prendre.

C’est peine perdue car les “gogos” (c’est comme cela que Goldman Sachs considèrent ceux qui sont extérieurs à une de leurs combines) ont les poches vides. Ils ont été ratissés par les deux krachs de 2002 et 2008, les derniers naïfs ayant compris le 6 mai 2010 (flash krach à Wall Street) qu’ils pouvaient perdre le reste de leurs économies en un quart d’heure.

Quant aux connaisseurs, ils savent que les toiles en question sont sans intérêt… Cependant, ils ont intérêt à n’en rien dire : en effet, eux aussi s’enrichissent (virtuellement tant qu’il n’y a pas d’acheteur final) en faisant croire lors de rendez-vous avec leurs banquiers que leurs propres croûtes valent des fortunes.

Alors pour ne pas faire mentir leurs complices critiques d’art et dans l’intérêt de leurs amis collectionneurs, les deux antiquaires continuent d’emprunter à la banque. Cela dans le but d’entretenir l’illusion haussière dans une fuite en avant totalement vaine mais impérative… car le premier qui cesse de jouer le jeu ruine immédiatement les deux autres acteurs de cette carambouille, anéantissant des milliards de richesse virtuelle et se ruinant d’abord lui-même.

Et le vrai “prix marché” des Warhol et des Liechtenstein qu’ils n’ont pas réussi à vendre aux “gogos” ?

Eh bien, je suis prêt personnellement à payer jusqu’à 2 000 $ pièce (mais il y a peu de chances que les enchères montent aussi haut) si la justice organise une vente après liquidation.

Je viens de reconfigurer mon salon et les teintes du Warhol vont bien avec la nouvelle nuance gris-bleu du mur au-dessus de la cheminée. Quant au Liechtenstein, il se marierait parfaitement avec la teinte ivoire du nouveau canapé d’angle — qui vaut 3 000 $… mais lui au moins, “il les vaut bien”.

http://la-chronique-agora.com/shutdown-us-wall-street/

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