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La réflexion du Jour: Don’t fight the FED ou le meilleur des deux mondes Par Bruno Bertez

La réflexion du Jour: Don’t fight the FED ou le meilleur des deux mondes Par Bruno Bertez 

 L’une des choses les plus mal comprises et les moins étudiées est le facteur temps. L’intelligence et la réflexion procèdent par actualisation , c’est à dire qu’elles ramènent à aujourd’hui des événements et conséquences qui ne se produiront que bien plus tard. C’est un des défauts de la pensée théorique; c’est aussi la faille de la cuirasse des marchés. 

Mais dans la réalité et quand on réintroduit le facteur temps; beaucoup de choses qui paraissent contradictoires ne le sont pas. Elles se réconcilient  dans le mouvement. Ainsi la Chine sait qu’elle est et sera spoliée, mais dans ses calculs elle l’intègre et essaie d’optimiser. Elle profite de la période intermédiaire pour investir dans les outils de production réels, la formation de son peuple, les travaux d’infrastructure, sa force militaire, maritime en particulier, la sécurisation de ses approvisionnements etc.

 La question que je me pose est : est ce que tout ce ci est bien conscient? Est ce qu’ils envisagent tout ce qui va se passer, avec les conséquences non voulues par exemple? 

Je ne le pense pas, je pense que les créanciers des Américains ne voient pas toutes les implications de la situation. Ils ne comprennent pas l’imbrication systémique, qui fait que tout sera bouleversé et qu’il n’y  aura « NO PLACE TO HIDE ». 

C’est le même problème avec les dirigeants allemands; ils dénoncent les dérives actuelles et croient s’en protéger en menant des politiques spécifiques; ils ne comprennent pas que l’existence la Deutsche Bank par exemple et son insertion dans le système global anglo -saxon rend vaine tout tentative de se tenir à l’écart et de suivre sa propre route. 

C’est pour cela que je finis par me demander si la politique la plus intelligente n’est pas d’accepter la situation, cesser de s’y opposer et d’en tirer le meilleur parti possible.

 C’est à partir de cette réflexion que j’ai développé ma théorie du double marché du dollar; dollar de consommation et dollar financier ; laquelle permet d’être acheteur sur les marchés d’actifs, malgré l’apparence de surévaluation sur les bases traditionnelles anciennes.

La Réserve fédérale américaine n’est pas moins engagée à mener une politique très accommodante depuis qu’elle a légèrement réduit le rythme de son programme d’achats d’obligations, a déclaré vendredi Ben Bernanke dans ce qui pourrait être son dernier discours en tant que président de la Fed.

Ben Bernanke, dont le mandat prend fin ce mois-ci, a donné une évaluation positive de l’économie américaine pour les trimestres à venir. Mais il a tempéré ses propos optimistes en répétant que la reprise globale « reste clairement inachevée » aux Etats-Unis.

Cette décision « n’indique pas une baisse de l’engagement (de la Fed) à maintenir une politique monétaire très accommodante aussi longtemps que nous en aurons besoin », a dit Ben Bernanke à un forum organisé par l’American Economic Association dans la ville de Philadelphie. Reuters

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BRUNO BERTEZ Le Samedi 4 Janvier 2014

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9 réponses »

  1. « C’est pour cela que je finis par me demander si la politique la plus intelligente n’est pas d’accepter la situation, cesser de s’y opposer et d’en tirer le meilleur parti possible. »

    Pour une fois vous faites du Keynes là avec son fameux  » à long terme nous serons tous morts ». Vous nous faites en quelque sorte du « après moi le déluge ».

    Mais c’est ce que font les américains depuis des décennies… la politique du « si nous tombons, vous tomberez avec nous ». Cette politique qui consiste à gagner du temps et à camoufler la réalité sous un trucage statistique est déjà adoptée par de plus en plus de pays et on peut donc parler de fuite en avant. Le système n’est plus sous contrôle…

    • Je me suis fait exactement la même réflexion en écrivant.

      Mais je ne me suis pas arrêté là. J’ai continué et analysé cette introduction du facteur temps qui résout les contradictions, du décalage entre les effets positifs voulus et l’apparition de ceux, négatifs qui ne sont pas voulus et je me suis dit:  » finalement, ce n’est pas parce que l’on est sûr de mourir que l’on ne doit pas vivre entre temps » !

      Au-delà de la boutade , je crois que l’on touche là quelque chose d’important , mais qui reste à creuser.

      J’ai déjà commencé lorsque je dis: « il n’y a pas de bulles sur les actions, tant que les deux dollars, le dollar de consommation et le dollar financier des ultra riches ne se réunifient pas ».

      Cette réflexion implique en effet l’introduction du facteur temps, du décalage. Une chose est vraie maintenant, il n’y a pas de bulle, mais en même temps elle sera fausse quand les deux dollars seront réunifiés c’est à dire soit quand l’expérience monétaire sera arrêtée soit quand il sera clair qu’elle a échoué.

      Autrement formulé, il n’y a pas de bulle tant que les taux restent voisins de zéro et les marges bénéficiaires moyennes 30 % à 50% au-dessus des marges historiques normalisées. Ou encore tant que les créanciers des Américains se couchent et tant que les travailleurs acceptent de voir la part des salaires baisser dans le revenu national et tolèrent d’être laminés.

      • Merci pour ce complément. J’avais bien compris qu’il n’y avait pas de résignation derrière votre papier mais au contraire une ouverture vers un nouveau biais d’analyse.

  2. Attention, nous changeons de cap en acceptant ce que nous avions jusqu’à présent refusé, la priorité au court terme…. Mais en toute conscience cette-fois? Mais même en conscience, comment accepter de monter dans un bateau en perdition, sachant que l’on ne nous donnera pas de préavis de naufrage….? Je ne suis pas chaud mais intellectuellement toujours ouvert à tout avec des idées bien étayées….

    • Lisez le commentaire fait à SEB

      Non il n’y a pas de changement de cap, mais essai de formulation différente, paradoxale. Et ce afin de donner à réfléchir.

      La science n’a pas à dire ce qui devrait être, mais à expliquer ce qui est.

      L’introduction du facteur temps permet de résoudre les contradictions et d’expliquer pourquoi la terre tourne c’est à dire pourquoi les assets financiers lévitent et représentent une proportion anormale des GDP.

      En fait je veux attirer l’attention sur l’opération d’anticipation trompeuse que constitue l’actualisation, elle ramène les choses à l’instant zéro, à l’immédiat immédiat alors qu’entre temps il y a un long chemin à parcourir…

      Nous ignorons le calendrier, le cheminement.

      Les Cassandre disent  » la crise est devant nous, elle n’est pas encore commencée ».

      Je dis exactement la même chose et vous le savez, mais j’ajoute: « N’oubliez jamais que le seul pouvoir de ceux qui dirigent est de retarder l’inéluctable ».

  3. Oui, monsieur Bertez, ce que vous dites est certes vrai, bien étayé, encore merci pour vos éclairages. Vous analysez correctement cette distorsion actuelle des « lois de la physique » par les banques centrales. Toutefois, il me semble que nous, pauvres mortels, devons prendre conscience d’une chose : lorsque la lumière reviendra dans la salle de spectacle, nous aurons beau avoir compris l’illusion, analysé chaque tour, seul l’illusionniste et ses assistants s’échapperont à temps lorsque la machination leur « échappera » des mains. Parce que, justement, ce sont eux, malgré tout, qui la contrôlent. Quant à nous, « simples » spectateurs éclairés, nous devons, pour survivre, avoir couvert nos arrières. Dès lors, l’illusion sera appréciée à sa juste valeur. Voire même applaudie au besoin (mais oui, ce sont des artistes, ces banquiers centraux). Mais de loin, en sécurité, car on ne joue pas dans la même catégorie qu’eux.

    Lisez aussi « Le prestige » de Christopher Priest. Un chef-d’oeuvre, pour comprendre les maîtres de l’illusion.

    • Oui, il faut faire partie du gang des « initiés klépto » pour jouer à ce jeu là, où tous les honnêtes gens perdront leur culotte. Cela a été dit à maintes reprises sur ce blog…. Bien-sûr « ils » veulent retarder l’inéluctable,et depuis longtemps déjà, comme leurs amis politiciens, et ils y arrivent il faut bien l’avouer; mais le trou se rapproche et il est à mon avis trop tard pour participer à ce jeu pervers où les plus gros joueurs ont des dés pipés. Cela dit je suis ouvert à tout du moment qu’on tient un discours cohérent, comme c’est l’habitude sur ce blog.

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