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Affaire HSBC/ Falciani: La question de la falsification des fichiers n’est pas close- Nouvelle pièce au dossier

Affaire HSBC/ Falciani: La question de la falsification des fichiers n’est pas close-  Nouvelle pièce au dossier

Après le rapport de l’Office fédéral de la police à Berne (Fedpol) sur les falsifications des listes Falciani par les autorités françaises, L’Agefi a pris connaissance à Paris d’un autre rapport du même office. Ce document montre d’abord que Falciani a fait l’objet d’une étroite surveillance pendant plusieurs mois à Genève après son retour du Liban en 2008. Avec écoutes téléphoniques et relevés de mails.

Confronté à des déclarations sous serment de l’informaticien, passées complètement inaperçues jusqu’ici, ce rapport de la Fedpol permet ensuite de nouveaux recoupements sur le circuit tortueux des données bancaires piratées.

Avant d’être remises à la justice française, les fichiers ont été sortis d’un ordinateur portable de Falciani par des services secrets (non identifiés précisément) à Saint-Julien (frontière suisse), lors d’un rendez-vous. D’après l’informaticien, il s’agissait de les «sécuriser». Ces services, qui les ont eus en leur possession de manière apparemment exclusive, les ont ensuite réintroduits plusieurs semaines plus tard dans le Sud de la France (quelques jours avant une  perquisition chez Falciani). C’est seulement lors de cette perquisition qu’ils sont entrés dans le circuit judicaire et fiscal. Dans l’intervalle, de premières falsifications ont pu avoir lieu. Un ancien agent des Renseignements généraux, qui n’a jamais eu de compte en Suisse, ne protestait-il pas dans le Monde de mardi dernier qu’il avait été rajouté (!) sur un fichier, et qu’il avait déposé plainte pour faux et usage de faux?

Le circuit tortueux des fichiers piratés

Nouvelles falsifications possibles: les listes sont restées plusieurs semaines sous contrôle exclusif des services secrets avant d’être remis à la justice française

Après le rapport de 17 pages de l’Office fédéral de la police à Berne (Fedpol) sur les falsifications des listes Falciani par les autorités françaises (Agefi du 22 janvier dernier), L’Agefi a pu prendre connaissance à Paris d’un autre document du même office. Il permet de faire d’importants recoupements. Ce deuxième rapport (28 pages) montre d’abord que Hervé Falciani et sa compagne Georgina Mikhael ont été étroitement surveillés, pendant plusieurs mois, après leur retour du Liban.

Le 4 février 2008, Georgina Mikhael et Ruben Al-Chidiack sont reçus à la banque Audi (Suisse) SA à Beyrouth. Ils tentent de lui vendre des données confidentielles de clients bancaires. Le couple se montre fort peu professionnel. L’établissement financier alerte les autorités suisses. Le Ministère public ouvre une enquête le 28 mai 2008. La police judiciaire retrouve rapidement la trace de Georgina Mikhael, informaticienne chez HSBC Private Bank à Genève. En cinq mois, elle a échangé un demi millier de messages avec un autre informaticien de la banque, Hervé Falciani. C’est bien lui qui se dissimule derrière le prête-nom de Ruben Al-Chidiack. Si la jeune femme n’a pas accès à des données sensibles dans son activité chez HSBC, il n’en va pas de même de Falciani, qui utilise l’application CRM contenant des données personnelles relatives aux clients.

Grâce à une surveillance rétroactive des téléphones et des mails, la police découvre que Hervé Falciani a pris contact avec les autorités françaises dès le 2 avril 2008, toujours sous le pseudonyme de Ruben Al-Chidiack. Selon le document de la Fedpol, son interlocuteur serait P.G., commandant de police à la Direction centrale de la Police judiciaire française, avec une adresse mail se terminant par @interieur.gouv.fr. Hervé Falciani lui propose «la liste complète des clients d’une des cinq plus grandes banques privées du monde». L’informaticien de HSBC traite avec de nombreux interlocuteurs, notamment F. J-L. et J-P. M. Il utilise en particulier un code plutôt sophistiqué: rbJ0$RY3T62n_chxVBMzXRGka.

Le 2 décembre 2008, trois semaines avant sa fuite en France, Hervé Falciani reçoit le mail suivant: «Bonjour Ruben. Nous souhaitons vous rencontrer le samedi 6 décembre à 10 heures à Saint-Julien. Je vous remercie de bien vouloir me contacter afin que nous puissions fixer un lieu de rendez-vous. Cordialement à vous». Saint-Julien-en-Genevois est une sous-préfecture de Haute-Savoie à proximité de la frontière. C’est vraisemblablement à l’occasion de ce rendez-vous que les données volées chez HSBC sont sorties de l’ordinateur de l’informaticien et remises par Falciani aux services secrets.

Le rapport de la Fedpol est prudent quant aux fonctions exactes des interlocuteurs de Falciani. Un agent secret se présente rarement comme tel. Le document précise néanmoins que l’informaticien s’est bien adressé au Bundesnachrichtendienst (BND), le service de renseignements extérieurs allemand, et à des administrations en France «actives dans les renseignements ou dans le domaine fiscal». Le quotidien Le Monde de mardi dernier, apparemment bien renseigné, écrit que des équipes de la Direction nationale d’enquêtes fiscales (DNEF) ont rencontré Hervé Falciani. «Avec eux, un expert en évaluation comportementale de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), et quelques officiers du Service action.»

Hervé Falciani lui-même, longuement reçu au Sénat en juillet dernier, à son retour d’Espagne, par la Commission d’enquête «sur le rôle des banques et des acteurs financiers dans l’évasion des capitaux», confirme dans des déclarations passées complètement inaperçues jusqu’ici le rôle majeur des services de renseignements dans le vol des listes.

Le sénateur Eric Bocquet lui pose la question suivante: «Vous disiez avoir quitté la Suisse sans les documents. Qui vous a aidé au transfert de ces données? Les services secrets ont-ils eu un rôle concret dans cette opération? «. Hervé Falciani, qui a juré de dire toute la vérité, répond: «J’ai effectivement quitté la Suisse sans emporter d’informations avec moi. Les services de renseignements ont travaillé à la sécurisation des données afin qu’elles soient disponibles depuis n’importe quel pays. Nous évitions ainsi le risque qu’elles disparaissent avec moi. Les services de renseignements ont également organisé la perquisition suisse en France. Une fois les données perquisitionnées, donc à la disposition de la justice française, j’ai simplement apporté mes éclaircissements quant à la nature des informations «. L’informaticien précise: «Lorsque la commission rogatoire s’exécute, les éléments sont saisis à mon domicile. Les scellés sont effectués par la gendarmerie nationale et directement transmis au parquet».

En fait de sécurisation, les services secrets français vont disposer d’environ un mois et demi pour éplucher les comptes de 127 311 personnes contenues dans les listings dérobés (107 181 personnes physiques et 20 130 personnes morales). Il est donc possible de penser qu’il y a peut-être eu de premières falsifications entre le 6 décembre et le milieu du mois de janvier 2009, indépendantes des suivantes (vraisemblablement attribuables au fisc). Un ancien responsable de la sécurité de Canal+, également ancien de la sous-direction financière des Renseignements généraux qselon nos informations, cité par le Monde de mardi, proteste d’ailleurs qu’il n’a jamais eu le moindre compte en Suisse, que son nom a été rajouté et qu’il a déposé plainte pour faux et usage de faux. La suite des opérations (voir plus bas) atteste en tout état de cause qu’il y a bien eu ensuite une tentative réussie de camouflage de cette première saisie des listes.

Le 23 décembre 2008, Hervé Falciani s’enfuit de Genève avec sa famille, laissant la clé dans la serrure de son appartement. Le 5 janvier 2009, le Ministère public de la Confédération lance un mandat d’arrêt contre l’informaticien, avec commission rogatoire internationale urgente au Tribunal de Grande instance de Nice (9 janvier). Les données volées sont alors réintroduites précipitamment par les services secrets français dans les deux ordinateurs personnels d’Hervé Falciani, «de marque QBIC, et un ordinateur portable de marque Apple» selon la Fedpol. D’après une autre de nos sources, cette manipulation a eu lieu dans un hôtel de Nice. A en croire Falciani lui-même au Sénat, elle intervient quelques jours avant la perquisition prévue le 20 janvier 2009, et effectuée au domicile des parents de Falciani à Castellar (à 35 kilomètres de Nice) par la brigade de recherches de la gendarmerie de Menton (en présence de représentants du Ministère public de la Confédération et de la Police judiciaire fédérale). Toutefois, les autorités suisses ne pourront vraiment récupérer les données volées que le 21 janvier 2010. Pour constater qu’elles avaient été falsifiées.

Ian Hamel  AGEFI SUISSE  31/1/2014

http://agefi.com/une/detail/artikel/affaire-falciani-la-question-de-la-falsification-des-fichiers-nest-pas-close-.html

En complement: Listes Falciani: de nouveaux noms sortent

C’est comme le supplice chinois du goutte-à-goutte. A son tour, Mediapart publie des noms de personnalités qui figureraient sur les listings de l’ex-informaticien de HSBC. Derniers sortis du chapeau: Jacques Dessange, Michel Piccoli, Christophe Dugarry

L’hebdomadaire «Challenge» avait déjà rendu publics les noms de l’héritière de Nina Ricci ou du créateur de «Du Pareil au Même». «Le Monde» sur deux pleines pages mardi a raconté comment le fisc et la justice pistaient les titulaires de ces comptes et dressaient une typologie des clients de HSBC en Suisse. Parmi eux, des sportifs, des comédiens, des avocats, des chefs d’entreprise, des commerçants, des chirurgiens. Certains sont en règle; d’autres se sont régularisés; pour une troisième catégorie, la situation reste trouble. Mediapart prend la suite ce vendredi et publie, sur son site, réservé aux abonnés, le nom de plusieurs personnalités publiques françaises qui ont reconnu, «lors d’entretiens avec Mediapart», avoir détenu par le passé des comptes non déclarés dans la filiale genevoise de HSBC.

Des noms saillants dans cette liste, comme ceux du patron des salons de coiffure Jacques Dessange, ou des comédiens Michel Piccoli et Jeanne Moreau. Les enquêteurs ont également recueilli de nombreux éléments sur les avoirs off shore du footballeur Christophe Dugarry et l’ancien préfet Jean-Charles Marchiani, écrit le site.

Parmi les personnalités contactées par Mediapart pour recouper ses informations, certaines reconnaissent facilement avoir eu un compte non déclaré en Suisse, mais d’autres démentent et vont jusqu’à menacer de porter plainte en justice, selon le site.

Mediapart explique que ces «éléments proviennent des données brutes fournies par l’ex-informaticien de la HSBC Private Bank de Genève, Hervé Falciani, qui fut à l’origine, fin 2008, de l’une des plus grandes fuites de documents bancaires».

Le fisc français travaille toujours sur la liste de noms de clients français de HSBC Genève, volée par Hervé Falciani en 2007 et remise aux autorités françaises en 2009.

L’Agefi ce vendredi matin explique que «de nouveaux éléments (la) poussent à suggérer que les listes de l’ex-employé de la banque HSBC Hervé Falciani ont subi des modifications avant même que la justice ne s’en saisisse». «Avant d’être remises à la justice française, les fichiers ont été sortis d’un ordinateur portable de Falciani par des services secrets (non identifiés précisément) à Saint-Julien (frontière suisse), lors d’un rendez-vous. D’après l’informaticien, il s’agissait de les «sécuriser». Ces services, qui les ont eus en leur possession de manière apparemment exclusive, les ont ensuite réintroduits plusieurs semaines plus tard dans le sud de la France (quelques jours avant une perquisition chez Falciani). C’est seulement lors de cette perquisition qu’ils sont entrés dans le circuit judiciaire et fiscal. Dans l’intervalle, de premières falsifications ont pu avoir lieu», écrit L’Agefi.

Source:  Le Temps 31/1/2014

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