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Marché: Le Baltic Dry Index se défend de jouer un rôle macroéconomique

Marché: Le Baltic Dry Index se défend de jouer un rôle macroéconomique

Le BDI est l’agrégation de quatre autres indices plus précis: les Baltic Supamax, Baltic Handysize, Baltic Panamax et Baltic Capesize Indexes.

Le BDI a beaucoup de vertus: informer, supporter la couverture des risques et permettre de fixer les prix du transport en vrac. Les prévisions macroéconomiques n’en font pas partie.

Certains indices semblent soumis à des phénomènes d’éclipses. Le Baltic Dry Index (BDI) en est un exemple. «Lancé en 1995 sous le nom de Baltic Freight Index, il a pour vocation de fournir quotidiennement les tarifs pratiqués sur 24 routes maritimes les plus fréquentées pour le transport en vrac de matières sèches», explique Bill Lines porte-parole du Baltic Exchange (qui produit notamment l’indice). Le BDI est l’agrégation de quatre autres indices plus précis: les Baltic Supamax, Baltic Handysize, Baltic Panamax et Baltic Capesize Indexes.

Ces formules ont connu un certain succès. En moyenne, 600 offreurs et demandeurs de transport par voie maritime sont sondés quotidiennement selon le principe sous-jacent au LIBOR (les risques de manipulation en moins): les estimations de prix de transport sont agrégées pour produire les données de marché et les indices.

«Selon les stratégies retenues, les entreprises de shipping vont suivre un indice particulier», explique Dimitri Axis, Associé chez Martime Capital Partners (MCP) basé à Zurich, qui investit dans des navires de transport maritime via des sociétés ad hoc (SPV) en collaboration (notamment) avec Oxygen Maritime Management (à Athènes). Le BDI indique également sur une base hebdomadaire quels sont les prix d’achat et de vente des navires de seconde main, ce qui est particulièrement important pour les acteurs comme MCP. En effet, en comparant l’évolution des indices et des prix des actifs réels (navires), il est possible d’ajuster les stratégies d’investissement.

Les utilisateurs de l’indice sont non seulement les propriétaires de navires et les affréteurs (chaterers), mais aussi des opérateurs financiers dédiés à l’utilisation de l’indice. Le BDI a permis l’élaboration d’options (les forward freight agreements, ou FFAs) pour couvrir les risques liés à la volatilité des prix. «Les time charterers, qui garantissent le prix de transport pour une certaine période et réduisent ainsi la volatilité des revenus pour les propriétaires» en sont un autre exemple explique Dimitri Axis.

Le BDI est donc un indice particulièrement observé. Certains analystes, à la recherche d’indicateurs macro-économiques d’activité réelle peu sensibles aux aléas monétaires ou d’étalon, ont cru y voir un indicateur avancé de la santé de l’économie mondiale (L’Agefi du 31 janvier 2014). Ses fluctuations de 8270 points en 2006, puis 11793 points en mai 2008, pour retomber à 2036 points en janvier dernier (graphique) ont pourtant mis en lumière la difficulté de son interprétation.

Comme l’explique Bill Lines, «les mouvements de 2008 sur le segment Capesize ont été liés à une évolution des coûts; à de gros investissements pour faire face à la demande, notamment chinoise; et la crise économique, qui a fortement fait chuter les prix du transport de marchandise». Ainsi, le marché du transport maritime ressent «la force brute de l’activité économique chinoise, quand l’année lunaire chinoise change, les indices vont chuter car la demande s’affaiblit temporairement» explique-t-on chez MCP. A l’inverse, l’indice à tendance à monter en fin d’année avec l’accélération de l’activité économique en Chine.

D’une certaine manière, les indications macro-économiques sont donc justifiées, mais elles doivent être méticuleusement séparées des aléas spécifiques au transport maritime: «la production de matières premières n’est pas liée au coût du transport. Si l’évolution de ce dernier est une indication de la productivité actuelle (il est corrélé positivement à la demande), cette indication ne peut être extrapolée pour prédire l’avenir. Un coût de transport élevé montre une certaine tendance macro-économique à long terme, mais cela peut évoluer rapidement, comme l’histoire récente l’a démontré», indique Dimitri Axis.

Ainsi, «les navires commandés avant la crise de 2008 ont été livrés et créent une capacité significative», explique Bill Lines. Cela explique que les prix du vrac ne se soient pas ressaisis avec la reprise économique mondiale: il y a une «inélasticité fondamentale dans la fourniture de navires», confirme Dimitri Axis. Or, «plusieurs facteurs influent sur les prix du transport maritime de marchandises: la disponibilité des marchandises et des navires eux-mêmes, les délais en ports, les grèves, les récoltes, la météorologie… sont autant d’aléas», analyse Bill Lines. Ceci explique la volatilité du BDI, et son utilité.

Le BDI est-il trop sensible aux aléas pour être un indicateur macro-économique pertinent? Sa sensibilité n’est pas en cause, selon Bill Lines. Par exemple, «la piraterie a affecté le transport maritime mais pas l’indice lui-même». De la même manière, le percement du nouveau canal de Panama devrait permettre un transport plus efficace mais pas changer le BDI. Comme l’indique Bill Lines, «l’indice reflète les routes et leurs activités. Il est donc ajusté régulièrement pour cela». Les routes polaires pourraient ainsi faire leur apparition dans l’indice si le traffic se développe.

C’est d’ailleurs un des avantages du BDI pour Dimitri Axis: il «donne une bonne indication du marché car il est basé sur les prix réels du transport sur certaines routes».

Cependant «c’est uniquement une photographie à un moment donné», souligne-t-il. «Sauf à être un spécialiste de l’analyse des tendances historiques, le BDI ne donne aucune indication sur le futur du marché». Seuls les FFAs fournissent cette d’information. «Les investisseurs spécialisés vont donc analyser les indices en connection avec les FFA pour identifier les tendances». Le BDI n’est donc pas un indicateur macro-économique, ni un indice de santé des transporteurs maritimes.

Cyril demaria/ Agefi Suisse vendredi, 28.02.2014

http://agefi.com/marches-produits/detail/artikel/le-bdi-est-lagregation-de-quatre-autres-indices-plus-precis-les-baltic-supamax-baltic-handysize-baltic-panamax-et-baltic-capesize-indexes.html?issueUID=533&pageUID=15944&cHash=518929bcbc58cd96c1758cef2c8d4f2a

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