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Eurofin collaborera aux enquêtes sur le naufrage d’Espirito Santo

Eurofin collaborera aux enquêtes sur le naufrage d’Espirito Santo

Des documents internes obtenus par le «Wall Street Journal» attisent de nouveau les soupçons. A Lausanne, la firme nie «catégoriquement» le moindre rôle de pompe à finance pour le groupe portugais. Elle dément avoir «joué un rôle important pour soutenir [ses] finances», ni d’avoir eu comme «mission principale de servir Espirito Santo»

Ricardo Espírito Santo Silva Salgado

Une bourrasque, les fenêtres de la petite salle de réunion claquent. Avis de gros temps sur le Léman, qui s’offre en cinémascope. Les traits tirés, Alexandre Cadosch garde le regard fixé sur trois articles duWall Street Journal – «plein d’erreurs», souffle-t-il – présentant depuis mardi sa société lausannoise comme la pompe à finance occulte d’Espirito Santo. «Notre analyse interne se poursuit, nous n’avons pas encore de conclusions à communiquer», se contente pourtant de répéter ce dernier depuis une semaine. Non, les enquêteurs de la banque centrale du Portugal n’ont pas pris contact avec lui. Oui, «nous sommes prêts à répondre à leurs questions», poursuit celui qui a déjà été forcé de licencier vingt personnes en raison de la déroute du conglomérat portugais. Il répète. La banque portugaise a bien été une cliente. Mais il nie «catégoriquement» avoir «contribué à empaqueter des montants importants de dettes des différentes entités d’Espirito Santo, par la suite revendus aux clients de la banque du groupe», comme l’écrit le quotidien américain.

Ce dernier appuie ses soupçons sur une série de pièces solides: des mémos, courriels ou listings de transactions ayant fuité de chez Eurofin. Il cite, par exemple, un courriel indiquant, fin 2010, que Eurofin «gérait 1,4 milliard de francs pour les différentes entités» du groupe portugais. La semaine dernière, Le Temps révélait l’existence d’un premier fonds de placement conçu par Eurofin et utilisé par la banque lausannoise d’Espirito Santo pour permettre à ses clients fortunés de souscrire aux emprunts du groupe, des prêts souvent irrécouvrables aujourd’hui. Le Wall Street Journal révèle l’existence de nouvelles structures – dont Eurofin était le «conseiller en investissement» – ayant souscrit, par dizaines de millions d’euros, aux emprunts du «bras financier interne de Banco Espirito Santo» entre 2009 et 2011. Enregistré aux îles Vierges britanniques, l’un d’entre eux, Zyrcan, avait ainsi été le seul souscripteur d’un emprunt de 1,8 milliard d’euros en 2009. Des titres revendus au double ou triple de ce qui avait été versé pour les obtenir et destinés aux clients de la banque portugaise, révèlent d’autres documents obtenus par le journal.

Interrogé, Eurofin ne peut répondre point par point à ces allégations. «Nous n’avons jamais ni placé, ni distribué de titres de dette des sociétés du groupe auprès de clients», martèle pourtant son fondateur. «En juin dernier, des banques d’affaires organisaient une levée de fonds de 1 milliard d’euros auprès du public pour la banque Espirito Santo, leur reproche-t-on aujourd’hui leur rôle?» s’insurge Alexandre Cadosch. La question reste donc entière: si ce n’est pas Eurofin, quelle société a rempaqueté en masse les emprunts d’Espirito Santo?

La Banque du Portugal s’intéresse à un autre rôle joué par la firme suisse – celui de courtier. Et se focalise sur «l’émission et le rachat de leurs propres obligations par Banco Espirito et le groupe Espirito Santo impliquant Eurofin Securities». Des opérations qui auraient causé des «pertes sur titres» de 1,3 milliard d’euros. Selon nos informations, Eurofin Securities – petite division créée en 2011 et comptant cinq spécialistes – avait bien un contrat d’intermédiation avec la banque portugaise. «Intermédiation oui, mais cette entité n’a jamais assuré le placement d’emprunts de la banque ou du groupe», rétorque Alexandre Cadosch.

Le 4 août, au lendemain du sauvetage de Banco Espirito Santo, le Diário de Noticías offrait un début d’explication à ces étranges pertes découvertes fin juillet. Certains des responsables de la banque à Lisbonne se seraient engagés – au mépris des procédures internes – à ­garantir 800 millions d’euros d’emprunts pour les placer auprès de la compagnie pétrolière d’Etat vénézuélien. Une promesse de reprise devenue intenable. Et qui expliquerait la présence d’une provision de 800 millions dans les comptes de la banque en déroute.

PAR PIERRE-ALEXANDRE SALLIER/ Le Temps 15/8/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/1367bf08-23dc-11e4-9a79-d749102b8541/Eurofin_collaborera_aux_enqu%C3%AAtes_sur_le_naufrage_dEspirito_Santo

La chute d’Espirito Santo rattrape la société lausannoise Eurofin

Un ancien administrateur de la firme vaudoise est impliqué dans la débâcle de Banco Espirito Santo. Eurofin affirme n’avoir pas été contactée par les autorités portugaises

Une nouvelle secousse provoquée par la débâcle de la banque portugaise Banco Espirito Santo (BES) se fait ressentir jusqu’en Suisse. Alors que les régulateurs portugais essaient encore de mettre de l’ordre dans les comptes de la première banque du pays – sauvée dimanche soir in extremis par Lisbonne –, différentes pistes pourraient les conduire dans le canton de Vaud. Selon des informations révélées mardi par le Wall Street Journal (WSJ), les intérêts financiers de la «petite société lausannoise Eurofin» se mélangeraient à ceux du «puissant conglomérat portugais».

Le quotidien financier affirme qu’un «employé» d’Eurofin Holding SA était le seul auditeur des comptes de la banque portugaise. Ces derniers apparaissent aujourd’hui comme entachés de nombreuses anomalies et ont vraisemblablement joué un rôle dans la dégringolade financière de la BES.

Vérification faite, la personne citée par le WSJ n’était pas un employé de la société mais simplement un «administrateur non-executif» auditant les comptes de BES en tant que personne physique. Eurofin a confirmé ces informations via un communiqué de presse publié mardi en fin de journée. «Il était simplement membre du Conseil d’administration d’Eurofin Holding SA sans aucun rôle exécutif, jusqu’au mois de mars 2014, et n’a jamais eu aucun mandat du Groupe Eurofin auprès de la BES», affirme la société lausannoise.

L’administrateur en question était auditeur des comptes de la galaxie familiale Espirito Santo depuis juin 2011. Dans ce cadre, il a validé certains relevés financiers qu’un nouvel audit réalisé cette année par KPMG a jugé «truffés d’irrégularités», toujours selon le WSJ. Ce citoyen portugais de 55 ans était également au conseil d’administration de deux filiales de BES: Rioforte Investments SA et l’antenne angolaise de la banque. Il est actuellement président de l’Espírito Santo Plaza, un gratte-ciel de 36 étages au centre-ville de Miami détenu par le groupe Espírito Santo.

Les relevés comptables qui sont au cœur de l’affaire ont contribué à plonger la banque dans une tourmente financière, entraînant notamment la dégringolade du titre du groupe jusqu’à sa suspension, vendredi. Il avait perdu plus de 40% en une journée. Dans la nuit de dimanche à lundi, un plan de sauvetage de 4,4 milliards d’euros a été annoncé par le gouvernement portugais pour éviter une débâcle qui aurait pu contaminer d’autres établissements portugais, voire européens.

Les autorités portugaises seraient en train d’essayer de comprendre la relation qu’entretient Eurofin avec la BES. «A ce jour, le groupe Eurofin n’a reçu aucune requête et n’a pas été contacté par les autorités portugaises, ni par les autorités suisses», dément pourtant le communiqué.

Un lien plus indirect relie les deux sociétés. Le hedge funds londonien Nau Capital, financé à hauteur de 200 millions d’euros par BES, a été racheté en 2011 par Eurofin qui en a fait son «bras d’investissement». Le nouveau directeur financier de BES João Moreira Rato – un ancien trader de Lehman Brothers qui a rejoint la banque le mois dernier – avait travaillé pour Nau Capital jusqu’en 2010 avec un certain João Poppe. Une proximité depuis longtemps révolue, assure Eurofin. João Poppe «dirige» aujourd’hui Eurofin Capital à Londres et «est un membre de la famille Espirito Santo mais n’a aucun lien avec BES», précise Eurofin.

PAR VALÈRE GOGNIAT/Le Temps 5/8/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ec7f78e8-1c62-11e4-8b39-5bee34cf2558%7C0

A Lausanne, deux entités nient tout rôle opaque dans le naufrage d‘Espirito Santo

A Lausanne, Eurofin et Banque Privée Espirito Santo nient tout rôle opaque dans le naufrage du conglomérat portugais Espirito Santo. Lisbonne s’intéresse de près au groupe Eurofin et à Banque Privée Espirito Santo. Ces deux entités suisses réfutent fermement avoir servi de canal de financement parallèle à l’empire portugais

Une association récemment créée par les clients de la banque portugaise en détresse Espirito Santo vient d’interpeller jeudi le Ministère des finances à Lisbonne. Pour qu’il les «éclaire de manière claire, détaillée et objective» sur «des placements vendus par l’établissement ou des entités qui lui sont liées». Et notamment par «Banque Privée Espirito Santo» installée à Pully (VD) depuis plus de trois décennies.

Cinq jours auparavant, au terme d’un week-end de tractations ayant conduit au renflouement à hauteur de 5 milliards d’euros du groupe bancaire portugais, une autre société lausannoise était pointée du doigt par les autorités monétaires portugaises. Intervenant dimanche soir pour expliquer cette nationalisation, le gouverneur de la banque centrale, Carlos da Silva Costa, a chiffré le rôle joué dans ce désastre par des «placements de titres» impliquant une filiale de la société Eurofin et «ayant donné lieu à 1,2 milliard d’euros de pertes dans les comptes» de ce qui fut la plus grande banque du pays.

Ces interpellations publiques visant le rôle de ces deux entités suisses dans la débâcle d’un empire familial surendetté ont été amplifiées, lundi, par un article du Wall Street Journal focalisé sur Eurofin. Selon le quotidien, cette société lausannoise d’une centaine d’employés était chargée de «structurer» – en clair d’agglomérer et d’emballer – les emprunts des entités les plus en difficulté du conglomérat dans des «produits» destinés au «grand public».

Des allégations disparates qui, réunies, semblent dessiner une boucle de financement occulte montée par Espirito Santo afin de se maintenir à flot. Une image que balaient les responsables d’Eurofin. «Le groupe ni aucune de ses filiales n’a eu pour fonction de structurer des dettes du groupe Espirito Santo ou du groupe Banco Espirito Santo», répondent ces derniers. Non, ils ne sont pas des empaqueteurs de dettes aux ordres du patriarche du groupe, Ricardo Espirito Santo Salgado, qui a évité la case prison en versant 3 millions d’euros de caution fin juillet. Quid de la principale filiale Eurofin Services, qui occupe les deux tiers de sa centaine d’employés? Elle fournit «des services fiduciaires et de planification patrimoniale à une clientèle privée internationale», élude un porte-parole de la société lausannoise.

Surtout, Eurofin proclame depuis le début de la semaine son «indépendance» par communiqué de presse. Non, la société lausannoise ne fait pas partie du conglomérat, elle appartient à ses trois dirigeants. Et si le nom Espirito Santo n’apparaît pas une fois sur ses multiples sites internet c’est parce que le groupe n’est qu’un client. Et «qu’en général nous ne mentionnons pas le nom de nos clients». Un client pas tout à fait comme les autres, pourtant. Car, lorsqu’il fonde Eurofin en 1999, son patron actuel a passé dix ans au sein du groupe Espirito Santo à Lausanne. Et lorsqu’il souhaite développer son affaire en 2004, le groupe Espirito Santo répond présent, y détenant une part minoritaire durant cinq ans. En 2011 c’est Gestar, société fiduciaire «historiquement rattachée à Banque Privée Espirito Santo», qui est rachetée à une «personne physique».

De son côté, la banque de Pully insiste elle aussi sur l’absence de liens juridique avec ce «fournisseur de services financiers» que représente Eurofin. Employant 130 collaborateurs il y a quelques mois encore, cette Banque Privée Espirito Santo est en cours de liquidation. Le transfert de la plus grande partie des comptes de sa clientèle vers un autre établissement lémanique – la Compagnie Bancaire Helvétique, ex-SCS Alliance – est en cours.

La banque lausannoise admet cependant qu’elle a bien été «dépositaire» et «conseillère» d’un fonds de placement «mis en place avec le concours d’Eurofin» en 2007 et immatriculé aux îles Caïmans sous le nom ExS Fund (SPC) Ltd. «Les investissements de ce fonds ont été choisis sur la base des recommandations de la banque», rétorque Eurofin, lorsque lui est rappelée l’existence de ce fonds dont elle reste gestionnaire. Les 60 millions de francs dont est chargé ce véhicule sont en effet déposés «majoritairement mais pas exclusivement» dans des emprunts à courte échéance contractés par «des entités du groupe Espirito Santo telles Rioforte, Espirito Santo Financial Luxembourg, Espirito Santo International», relate de son côté la banque. Croulant sous les dettes, cette dernière société de portage luxembourgeoise – via laquelle la famille Espirito Santo contrôle le conglomérat – a été acculée au dépôt de bilan il y a quinze jours. Elle est en outre accusée d’avoir manipulé ses comptes, qui se sont avérés avoir été validés par un ex-administrateur d’Eurofin. «Son unique fonction: assister aux réunions trimestrielles du conseil», réplique Eurofin.

Hormis ce fonds ExS – qui représente «une part très limitée, environ 1%» des actifs confiés par ses clients – la banque suisse répète n’avoir «pas eu recours à d’autres fonds qui auraient structuré de la dette du groupe». Non qu’elle s’en défende. «Beaucoup de clients ouvraient un compte afin d’investir conjointement avec la famille Espirito Santo dans les sociétés du groupe», explique un responsable. Des placements qui se faisaient souvent par tranches importantes; le recours au fonds ExS permettant des mises plus petites dans des titres de dette de la galaxie Espirito Santo. «De telles souscriptions [dans les dettes du groupe] se sont faites de tout temps», poursuit ce dirigeant. Qui souligne avec force – tout comme Eurofin – qu’elle n’a jamais conçu ou placé de produits destinés au grand public.

Reste une question, centrale. Pourquoi, dans ce cas, l’enquête des autorités portugaises associe-t-elle l’entité Eurofin Securities au 1,2 milliard de «pertes sur titres» plombant la banque portugaise qu’elles ont renflouée? Les équipes de la société lausannoise ne peuvent y répondre. Et répètent qu’elles ne «structurent pas les dettes» du groupe Espirito Santo. En clair, elles n’agglomèrent pas ses emprunts obligataires, activité nécessitant un art financier consommé. En revanche, Eurofin «structure des véhicules d’investissement sur la base des mandats de notre clientèle institutionnelle». Des véhicules dont au moins un, ExS, s’avère lardé de dettes de l’empire Espirito Santo. Différence sémantique subtile. Mais cruciale en termes de responsabilité. Eurofin s’empresse d’ajouter que, une fois ses véhicules établis, elle «n’a aucune maîtrise sur le processus de placement de ces produits». Cette société dirigée par deux diplômés de l’Ecole hôtelière de Lausanne estime donc n’avoir pas à se poser de questions sur la façon dont un client comme Espirito Santo utilise ses «véhicules» immatriculés aux Caïmans.

PAR PIERRE-ALEXANDRE SALLIER/Le Temps 09/8/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/5f8c3818-1f28-11e4-8b39-5bee34cf2558/A_Lausanne_deux_entit%c3%a9s_nient_tout_r%c3%b4le_opaque_dans_le_naufrage_dEspirito_Santo

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