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Jean Marc Daniel : L’économiste qui veut la chute du mur de Paris

Jean Marc Daniel : L’économiste qui veut la chute du mur de Paris

L’économiste qui veut la chute du mur de Paris «L’état de connivence» (1) se distingue de la foison d’ouvrages parus en septembre sur l’économie française par l’audace de ses propositions et la qualité de son argumentation en faveur non pas du keynésianisme mais du «quesnaysianisme», par référence à François Quesnay (1694-1774)

Son auteur, Jean-Marc Daniel, professeur d’économie à ESCP-Europe-Paris, renonce au politiquement correct. Non, l’emploi n’est pas l’objectif de toute politique économique. C’est un moyen mais pas un but. Sinon, l’expérience des pays de l’Est se serait terminée plus glorieusement. Son vœu est de privilégier l’investissement et le potentiel de croissance et casser le capitalisme de connivence, son népotisme et son idéologie planificatrice. L’économiste prend ainsi le risque «de se heurter à de multiples murs, des murs qui, en France, sont des murs de Berlin par la justification idéologique qui les sous-tend».

Dans son éloge funèbre de François Quesnay, le comte d’Albion résumait ainsi les travaux de l’économiste pour assurer la croissance: «Restreindre autant qu’il est possible les frais des travaux, des transports, des fabrications de toute espèce. On ne peut y parvenir sans dégradation et sans injustice que par la liberté la plus grande de la concurrence […]. Il faut donc sur le travail ni prohibitions, ni taxes, ni privilèges exclusifs.»

L’erreur la plus redoutable qu’a commise le XXe siècle a été d’attendre de l’Etat ce qu’il ne peut ni ne doit donner, observe l’économiste. Il ne peut ni être l’employeur de dernier ressort, ni, dans sa version Coca Zéro, le consommateur de dernier ressort. Mais il doit assurer un cadre légal stable et durable pour que fonctionne la concurrence.

Le problème majeur de la France n’est pas l’excédent allemand mais le déficit français qui prend sa source dans un défaut d’épargne. «Le déficit passe davantage par une action sur les importations que par le développement par nature incertain des exportations», fait-il valoir. Il reprend ainsi Jacques Rueff, conseiller de De Gaulle, pour qui «les hymnes à l’exportation ne sont que stupidité et mensonge». Le déficit extérieur s’interprète comme un manque d’épargne et non comme une faiblesse à l’exportation.

Les experts montrent du doigt les écarts de coût du travail entre les pays. Mais ils oublient, selon Jean-Marc Daniel, que le coût du travail est un prix et que le «bon coût du travail sera atteint quand il y aura dans ce pays un vrai marché du travail». Le problème ne réside pas dans le niveau des salaires, mais la façon dont on y arrive, dans l’obsession à l’égard des charges sociales, ajoute-t-il. Les partenaires sociaux doivent comprendre que la solution est celle de la concurrence. Il s’agit «moins de baisser les charges que de baisser les impôts sur les investissements et sur les profits».

Sur le plan historique, Jean-Marc Daniel se réfère à l’éclatement de la bulle immobilière et au krach boursier du 9 mai 1873. Cette première grande crise intervint à Vienne, au moment où la croissance potentielle de l’Europe baissait en raison de l’essoufflement du progrès technique et de l’augmentation du coût de l’énergie (charbon, coton). C’est l’émergence de nouvelles technologies (téléphone, électricité, automobile), l’énergie bon marché et la concurrence qui permirent de restaurer la croissance à la fin de ce siècle. Il faut reproduire aujourd’hui ce tiercé gagnant. La concurrence est le vrai moteur de la croissance, car c’est elle qui pousse les entreprises à investir et à innover. C’est pourquoi le taux de croissance à long terme est étroitement corrélé avec le niveau d’innovation.

L’Etat joue un rôle clé dans ce capitalisme de connivence qui consiste à sauver certains et plonger d’autres dans la faillite. L’auteur critique le fonctionnaire qui refuse l’idée même d’une baisse des dépenses publiques en parlant avec emphase de service public; l’artiste qui accumule les subventions et le trader qui se lance dans des spéculations irraisonnées que la banque too big to fail aura toujours la possibilité de faire payer au contribuable. Comment se défaire de ces rentes autrement que par la concurrence? Provocateur, l’auteur plaide pour la suppression de cette inégalité, cette «rente d’imposture» ainsi qu’il la qualifie, qu’est le statut de fonctionnaire et de suivre ainsi l’exemple suédois.

Il est également favorable à la privatisation de l’assurance maladie, parce que le système actuel n’est fondé que sur un rapport de force, et celle de l’enseignement supérieur parce que l’ascenseur social est en panne. L’université pénalise les talents en délivrant des diplômes dévalorisés. Avec un système d’éducation très peu sélectif et un droit du travail très rigide, l’Etat français «punit les jeunes».

Ses réflexions fiscales portent aussi sur sa volonté de «faire payer les rentiers et exonérer les créateurs de richesse». La première réforme consiste à supprimer l’impôt sur le revenu progressif et à le remplacer par un impôt proportionnel (flat tax) à fusionner avec la CSG. Actuellement, la moitié des Français ne paie pas l’impôt sur le revenu et 2% en acquittent 50%. Pour reprendre Montesquieu, la «voie de la confiscation conduit à la dictature».

Plutôt que sur le capitalisme de connivence, la croissance doit reposer sur la concurrence. Dans le contexte politique français, son choix est courageux et révolutionnaire.

* L’Etat de connivence, Jean-Marc Daniel, Ed. Odile Jacob, 198 pages.

PAR EMMANUEL GARESSUS/ Le Temps 23/9/14

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/0e53d19e-4332-11e4-80ff-d339e46abe52%7C1

2 réponses »

  1. Bonjour,

    Contrairement à ce que dit M.Garessus, chroniqueur au Temps, journal suisse, M.JM Daniel ne prends aucun risque parce que ses cibles sont habituelles pour les cercles parisiens.

    Reduire le nombre des fonctionnaires est le mot d’ordre de la droite française soit disant libérale.Réduire les formalités administrative est à l’ordre du jour pour pouvoir toucher des subventions sans contrôle.Etc, Etc.

    Réduire les dépenses publiques et les impots sont des impératifs mais Est-ce que cela
    sera suffisant?.
    Comment faire revenir l’esprit d’entreprise et la prise de risque?.Le patron des patrons est le fils de son pére et plus de 50% des embauches se font par relations.

    Alors les incantations d’un économiste bien, enkisté dans le systéme et qui demande le libéralisme pour les autres ne seront d’aucun secours pour les français.

    NB: les dépenses publiques sont décidées par les politiques (de droite ou de gauche) et par le ministére des finances

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