Allemagne

Politique Monétaire : Schäuble se dit réticent face aux projets d’achats de titres de la BCE

Politique Monétaire : Schäuble se dit réticent face aux projets d’achats de titres de la BCE

BERLIN (Reuters 25/9/14) – Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a exprimé publiquement jeudi ses réticences face à la perspective de voir la Banque centrale européenne (BCE) acheter des prêts titrisés et des obligations sécurisées, arguant de leurs implications pour les missions de supervision de l’institution.

La BCE doit assumer à partir de novembre la supervision d’environ 120 des principales banques de l’Union européenne, parmi lesquelles 21 établissements financiers allemands.

Pour Wolfgang Schäuble, la banque centrale doit séparer sa politique monétaire et ses missions de supervision bancaire « aussi strictement que possible (…) pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts ».

Pour cette raison, a-t-il déclaré au Bundestag, « je ne suis pas particulièrement satisfait du débat entamé par la BCE sur l’achat de produits de titrisation ».

Dans le cadre des mesures exceptionnelles annoncées depuis juin pour tenter de relancer le crédit et soutenir la reprise dans la zone euro, la BCE prévoit d’acheter des tranches senior d’ABS (asset-backed securities), des émissions de titres adossées à un portefeuille de créances. Elle pourrait aussi acheter des tranches plus risquées, dites « mezzanine », si les 18 pays de la zone euro acceptent d’apporter les garanties nécessaires.

Les gouvernements de la zone euro ont des opinions divergentes sur ce point, l’Allemagne ayant platement refusé sa garantie au projet. Pour Wolfgang Schäuble, ces rachats équivaudraient à un financement déguisé des Etats par la banque centrale, ce qu’interdisent les statuts de cette dernière.

Le ministre allemand a aussi réaffirmé jeudi son opposition à l’utilisation des fonds du Mécanisme européen de stabilité (MES) pour soutenir la croissance et l’emploi.

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, cherche à mobiliser des capitaux pour un tel soutien et un journal allemand a rapporté samedi que certains de ses conseillers prônaient l’utilisation des fonds du MES.

« Les 80 milliards d’euros du mécanisme de renflouement européen ne sont pas à la disposition de toutes les idées créatives », a dit Wolfgang Schäuble. « Ils constituent une provision pour assurer que la monnaie européenne reste stable et conserve la confiance des marchés financiers. »

3 réponses »

  1. Un peu d’euro, un peu d’Europe, beaucoup d’Allemagne

    Il faut s’habituer aux déclarations et surtout aux réticences allemandes et cesser de considérer qu’elles ont une importance! Elles sont à usage purement intérieur, voire à usage politicien. Schauble n’est pas content? Oui et après! Cela n’empêche pas Draghi de faire, pas à pas, subrepticement tout ce que les Allemands et les traités interdisent.

    La séparation des pouvoirs de supervision et des pouvoirs de fixer la politique monétaire est un mythe auquel personne n’a jamais cru. La BCE a les deux casquettes et elle fixe la politique et ses actions monétaires en fonction de ce qu’elle sait par la supervision, elle-même. Elle anticipe ce qu’elle va apprendre ces prochaines semaines… Dans la voie anglo-saxonne qui a été choisie par Draghi, c’est normal; la confusion est organique. La BCE mène une politique dont la seule ligne directrice est le soutien du secteur bancaire, point à la ligne et les soi-disant mesures destinées à l’économie réelle ne sont que de la poudre aux yeux.
    Tous les spécialistes savent que le système bancaire européen vient de déleverager pour un peu plus de 3 trillions et que ses projets de déleveraging à court et moyen terme portent sur 2,6 trillions de plus. Voilà tout ce qui est important et qui gouverne la politique de la BCE. Et notre Schauble le sait aussi, alors inutile de faire semblant d’avoir des réticences.

    L’Allemagne est violée, mais elle est consentante. Peu à peu les contraintes de restructuration budgétaires s’estompent et en fait l’Allemagne, à ce stade ne tient encore bon que sur la question des réformes. Ce qui est le deal européen qui prévaut: « laissez-nous tranquilles avec les budgets et en échange nous vous donnons les clefs de nos pays, nous leur imposons les réformes que vous voulez et que les marchés exigent et que les anglo-saxons adorent ». En clair laissez-nous jouir du pouvoir dans le court terme et en échange nous vous donnons le long terme.

    Weidmann vient de donner une interview au Spiegel, elle s’analyse de la même façon, mais elle est plus riche.

    Voici ce qu’il dit:
    -La crise n’est pas derrière nous, on a traité les symptômes, le mal est intact

    -Le calme qui règne sur les marchés est trompeur, les investisseurs peuvent rapidement changer d’avis et leur appréciation du risque

    -La BCE injecte des liquidités a intervalles de plus en plus rapprochés, et comme le font les drogués, les marchés attendent la prochaine intervention, le prochain « fix ».

    -La BCE transgresse toutes les lignes et explore sans cesse de nouveaux terrains

    -Ce qui est nouveau maintenant c’est qu’elle ne se contente plus de stimuler les marchés de crédit, mais qu’elle veut « pomper » directement de l’argent dans les économies. C’est un tournant critique.

    -On peut se poser la question de savoir s’il y a assez de titres non risqués pour appliquer la politique récemment définie par Draghi, je ne le pense pas.

    A noter que Weidman, tout en renouvelant sa position de refus des achats de bonds souverains est moins clair et un peu gêné dans l’interview. Il semble dire que spéculer là-dessus est prématuré.

    Weidmann est sceptique sur les dangers de déflation, mais il comprend que ceci puisse être pris en considération car les salaires étant visqueux, la gestion avec une inflation zéro est délicate. Pour lui le risque de déflation est exagéré et la modération actuelle des prix est due à des facteurs exogènes sur lesquels on ne peut rien.

    Weidmann s’insurge contre les propos de Noyer qui a déclaré que les nouvelles mesures avaient aussi pour objectif de faire baisser l’euro. Comme il est poli, il ne dit pas que Noyer est un idiot mais qu’il a été mal compris.

    La question de savoir si la BCE va devenir une banque-poubelle, une bad – bank se pose mais cela dépendra de ce qu’elle achètera et à quel prix. Sur cette question la transparence est nécessaire. Selon la façon dont cela va se passer, ce pourra être ou non une manière de collectiviser les dettes et de les reporter sur les citoyens.

    La Banque Centrale n’a pas à se substituer aux carences des pouvoirs politiques, les banquiers centraux, non élus, n’ont pas mandat pour cela, ce n’est pas démocratique.

    Et pour terminer, la recette pour retrouver la croissance:
    -La croissance est produite par le secteur privé.

    -C’est là que les investissements doivent se faire.

    -Le sphère publique doit créer un cadre favorable.

    -La réforme des administrations est plus importante que la construction de routes et de ponts.

    -Il faut promouvoir la volonté d’entreprendre.

    -Les marchés du travail doivent être rendus plus flexibles.

    -Les banques doivent être stabilisées comme promis afin qu’elles puissent prêter.

    -Plus la France et l’Italie retarderont leurs réformes et plus la faiblesse de l’Eurozone durera.

    Conclusion:

    -La BCE doit garder la monnaie stable. Les Etats membres doivent adapter leurs économies à cette stabilité de la monnaie commune, c’est la règle du jeu sur laquelle nous nous sommes mis d’accord.

Laisser un commentaire