Guerre de Religions, guerre de Civilisation

A Raqa (Syrie), capitale des djihadistes, tout est noir

A Raqa(Syrie), capitale des djihadistes, tout est noir

PAR SERENE ASSIR, (AFP )

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Avions de chasse, dont le F-22, utilisé pour la première fois sur un terrain de guerre, bombardiers et missiles Tomahawk ont conflué vers la Syrie. Dans la nuit de lundi à mardi, une coalition menée par les Etats-Unis et composée de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de la Jordanie, du Qatar et de Bah­reïn a mené des frappes aériennes plusieurs heures durant contre des cibles de l’organisation Etat islamique (EI) et du groupe djihadiste Khorassan dans le nord de la Syrie. Raqqa, où l’EI a son quartier général, a été l’une des cibles principales des attaques.

Pas facile d’enquêter sur la vie à l’ombre du groupe Etat islamique. Entretiens par téléphone ou par chat sur internet laissent deviner une société totalement contrôlée par les djihadistes, bien plus libres de leurs mouvements et riches que les citoyens (avec vidéo)

Le fief du groupe Etat islamique (EI) en Syrie est monochrome: tout y est noir, depuis les turbans des hommes jusqu’aux voiles des femmes. Même les passeports.

«Les drapeaux noirs de l’EI sont partout. Les femmes sont couvertes de la tête aux pieds par des burqas noires et ne peuvent sortir de chez elles que si elles sont accompagnées de leur père, leur frère ou leur mari», déclare Abou Youssef, militant de la province de Raqa, bastion de l’EI dans le Nord syrien.

Et les passeports de l’EI? «Noirs».

A Raqa, l’EI régit tous les aspects de la vie. Les jihadistes — seuls autorisés à posséder des armes — paradent dans les rues, kalachnikov ou pistolets au poing, et deux forces de sécurité distinctes sont chargées de contrôler les femmes et les hommes, raconte Abou Youssef via internet.

«La brigade Khansaa est composée de femmes membres de l’EI. Elles sont armées et ont le droit d’arrêter et de fouiller n’importe quelle femme dans la rue», explique le militant. La brigade Hesbeh agit de même avec les hommes, se chargeant elle aussi d’imposer la vision de l’EI de la loi islamique.

L’EI a également «des ministères pour tout ce que vous pouvez imaginer: éducation, santé, eau, électricité, affaires religieuses et défense. Tous les ministères occupent d’anciens immeubles du gouvernement». «Il y a même une autorité de protection des consommateurs», ironise-t-il.

L’éducation est basée sur une stricte interprétation de la loi islamique, et des camps d’entraînement pour les jeunes garçons ont été mis en place, précise-t-il.

«Rien d’amusant»

Les jihadistes interdisent aux habitants de profiter des lieux publics auxquels eux-mêmes ont accès, rapportent régulièrement des militants à Raqa, qui ont diffusé sur internet des photos montrant des cafés remplis uniquement de jihadistes.

A Deir Ezzor, ville de l’Est syrien où les habitants ont vainement tenté de repousser l’EI, tous les cafés ont fermé. «Rien de bon ou d’amusant n’est autorisé», déclare le militant Rayan al-Fourati, via internet.

«C’est impossible d’imaginer quelqu’un fumer, ou vendre du tabac. C’est impossible de voir une femme sans voile intégral. Et chaque jour, quand le muezzin appelle à la prière, tout le monde ferme sa boutique et va à la mosquée, sous peine de prison».

La vie supérieure des djihadistes

Les jihadistes, eux, bénéficient de nombreux avantages. Le salaire de base de l’EI est de 300 dollars par mois, selon Fourat al-Wafaa, un militant de Raqa utilisant un pseudonyme. «Dans les circonstances actuelles, cela représente beaucoup d’argent», déclare-t-il via internet.

Mais cette générosité ne s’étend pas aux habitants. «L’EI n’est pas vraiment un Etat. Il donne à ses membres tous les avantages qu’ils veulent, mais les autres citoyens n’en bénéficient pas», explique Fourat.

«C’est une mafia qui gouverne par la terreur. Et les gens sont forcés par la faim à rejoindre leurs rangs, car c’est la seule manière d’avoir un salaire décent».

D’autant que l’EI prélève des impôts: des commerçants, déjà appauvris par la guerre, doivent ainsi payer 60 dollars par mois. «Même ceux qui sont trop pauvres pour payer doivent s’y plier. Alors les gens rejoignent (l’EI) car ils doivent choisir entre mourir de faim ou les rejoindre et se livrer eux aussi à l’extorsion», déclare le militant.

Mouvement de colonisation

Pour Rayan al-Fourati, qui a récemment fui Deir Ezzor, l’EI s’apparente à un mouvement de colonisation.

«De même qu’Israël a occupé la Palestine avec les colons, la même chose s’est passée ici», déclare-t-il. «Il y a des jihadistes étrangers, même des Américains, qui vivent avec leurs familles là où nous vivions avant», déclare-t-il, utilisant un pseudonyme.

Les jihadistes ont pris possession de champs pétroliers et gaziers, de centrales électriques et de barrages, qu’ils maintiennent en activité, versant un salaire supplémentaire aux employés de ces infrastructures, qui continuent également à recevoir de l’argent du gouvernement syrien.

Selon Rayan, les employés appartenant à la minorité alaouite du président Bachar al-Assad ont fui quand l’EI est arrivé dans la province. Mais les autres sont restés, après avoir «reçu des garanties qu’on ne leur ferait pas de mal».

Selon Nael Moustafa, un autre militant vivant toujours à Raqa et contacté via internet, les jihadistes n’hésitent pas à fouiller les maisons, les téléphones et les ordinateurs à la recherche de preuves de ce qu’ils considèrent comme des pratiques «immorales».

«Ils pensent que tout appartient à Dieu et se trouve donc sous leur contrôle», souligne-t-il.

Irak/Mossoul, une militante des droits de l’Homme torturée et exécutée en public par l’EI

AFP 26/9/14

L’avocate Samira Saleh al-Nouaïmi a été exécutée le 22 septembre en Irak par les jihadistes.

Samira Saleh al-Nouaïmi avait critiqué les jihadistes sur Facebook.

Avocate et militante des droits de l’Homme, Samira Saleh al-Nouaïmi ne cadrait pas avec la ligne que le groupe Etat islamique (EI) veut imposer à Mossoul, ville du nord de l’Irak que les jihadistes contrôlent depuis juin dernier. Alors, ils l’ont liquidée.

Le groupe EI a exécuté l’activiste après qu’elle eut critiqué les jihadistes sur les réseaux sociaux, ont indiqué jeudi des militants et des proches. Selon des habitants et des organisations de défense de droits de l’Homme, Samira Saleh al-Nouaïmi a été exécutée lundi après avoir été torturée. Une source à la morgue de Mossoul a confirmé que son corps avait été apporté ce jour-là.

« J’ai été en contact avec la morgue et malheureusement je peux confirmer qu’elle est morte », a affirmé l’AFP Hana Edward, une célèbre militante irakienne des droits de l’Homme, qui connaissait la victime. Ses parents ont été informés mardi que le corps de leur fille se trouvait à la morgue, a rapporté un voisin du couple s’exprimant sous couvert d’anonymat.

« Elle a été kidnappée il y a une semaine et son corps a été rapporté » lundi, a précisé par téléphone ce voisin. « Lorsque sa famille a demandé ce qu’elle avait fait pour mériter ça, on lui a répondu que (leur fille) aurait dû exprimer des regrets pour avoir publié sur Facebook des commentaires dénonçant les destructions de sanctuaires » par l’EI, a-t-il poursuivi.

L’EI, qui a proclamé un califat sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, prône un retour aux origines de l’islam et a déjà détruit plusieurs sanctuaires musulmans en Irak car il réprouve le fait de vénérer des lieux de sépultures. Selon le Gulf Centre for Human Rights, l’avocate avait notamment qualifié de « barbare » la destruction du patrimoine irakien.

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, le Jordanien Zeid Ra’ad al-Hussein, a dénoncé jeudi « le meurtre brutal ». Selon cette instance, la jeune femme, reconnue coupable d’apostasie par un « soit disant tribunal » islamique, a été « torturée pendant plusieurs jours avant d’être assassinée de sang froid ». « Un groupe d’hommes armés appartenant à l’EI l’a fusillée en public, sur une place, en plein centre-ville de Mossoul », a précisé le Haut-commissariat dans un communiqué. « Cette exécution publique horrible -d’une femme courageuse dont les seules armes étaient les mots qu’elle a utilisés pour la défense des droits de l’Homme- met à nu l’idéologie en faillite de l’EI », a estimé le Haut-Commissaire.

« En s’en prenant à des figures aussi symboliques, aussi pertinentes, aussi courageuses que cette jeune femme, c’est l’envoi d’un signal à tous ceux qui voudraient prendre la parole publiquement, localement pour dénoncer les exactions de l’Etat islamique », a déclaré à France info Jean-Marie Fardeau, directeur du bureau français de Human Rights Watch.

L’EI a interdit au mari et à la famille de Samira d’organiser des funérailles.

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