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Chine: une croissance aigre-douce Par Jean Pierre Beguelin

Chine: une croissance aigre-douce Par Jean Pierre Beguelin

La croissance chinoise va-t-elle rebondir vers un taux à deux chiffres? Probablement pas, mais qui sait?

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«Où va la Chine?» se demandent ministres, exportateurs ou banquiers au long nez. Depuis quelque temps en effet, son économie péclote, sa croissance annuelle chute vers les 7% et son boom immobilier se dégonfle, du moins en apparence, assez rapidement. Pékin essayant, plutôt couci que couça, de relancer la demande intérieure, surtout la consommation privée non luxueuse, les boursicoteurs espèrent bientôt revoir la croissance chinoise afficher les taux à deux chiffres auxquels ils ont été habitués. Ont-ils raison? Bien malin qui peut le dire car le rythme normal d’expansion – on dit potentiel en jargon – d’un pays émergent tend naturellement à décliner avec le temps, en tout cas tant que cette économie n’a pas atteint un degré de maturité proche de celui des régions les plus développées.

Un tel déclin s’explique d’abord par la simple arithmétique: plus une valeur grandit, plus son rythme d’accroissement diminue. S’il s’accroît de cinq, un avoir de dix gagne 50%, un de cinquante gagne 10% et un de cent gagne 5% seulement. C’est là une évidence que l’on oublie trop facilement en parlant de taux de croissance comme si ceux-ci étaient les valeurs qui les sous-tendent. Ensuite, toute économie est condamnée dans la durée à croître de moins en moins vite car elle subira tôt ou tard la loi des rendements décroissants, en particulier si sa population stagne ou diminue, comme une simple Robinsonnade suffit à le montrer.

Lorsque Robinson débarque sur son île, il se met à pêcher pour se nourrir. Au début, comme il est maladroit, il lui faut, mettons, toute la journée pour prendre les deux poissons nécessaires à sa survie. Plus habile après un temps d’apprentissage, une matinée lui suffira bientôt pour ce faire, si bien qu’il pourra passer ses après-midi à nouer un filet. Ce dernier prêt, seules quelques minutes lui seront alors nécessaires pour prendre ses deux poissons; il lui restera maintenant une journée entière pour d’autres activités. Ainsi sa production potentielle aura doublé et le taux de croissance de sa petite économie affichera 100%, une amélioration quantitative et, dans son cas qualitative, remarquable.

Si toutefois il continue de passer ses après-midi à fabriquer des filets, sa pêche gonflera certes de plus en plus, mais vu son incapacité à la manger toute, la productivité de ses nouveaux outils et la croissance de son PIB tomberont rapidement vers zéro. Au lieu de filets de moins en moins utiles, Robinson se mettra logiquement à faire des choses mieux adaptées à ses besoins et à son bien-être: construire une cabane solide, défricher un champ, etc. Mais même en adaptant constamment ses travaux, il améliorera de moins en moins son état d’autant qu’il lui faudra consacrer de plus en plus de temps à maintenir le capital physique qu’il a créé en réparant ses filets, en refaisant sa toiture ou en dépierrant son champ. Peu à peu, il se rendra compte de l’inanité de ses efforts et se contentera de vivre le mieux possible vu son isolement, bref sa petite économie vivra à la fin sous un régime sans croissance.

Toutes proportions gardées et sans aller jusqu’à ces extrémités, un pays émergent suit plus ou moins le même chemin. Dès que sa production initiale est capable de répondre grosso modo aux nécessités premières de sa population, que ce soit directement ou indirectement grâce à des produits étrangers payés par ses exportations, ses nouvelles possibilités d’investir dans l’infrastructure et, surtout, dans l’industrie donnent, si elles sont exploitées, des résultats spectaculaires – un simple pont peut multiplier les échanges entre les deux rives d’un fleuve favorisant des spécialisations hautement profitables. Le capital installé jusqu’alors étant rare, ces nouveaux équipements sont très productifs et alimentent une forte augmentation de la production. A la longue, toutefois, cette situation est de moins en moins tenable. Malgré l’adaptation technique des nouveaux équipements, la productivité du capital installé se met à reculer et, en outre, l’abondance des installations fixes grossit les besoins d’entretien et de remplacement, des dépenses qui ne gonflent pas, mais ne font que maintenir la capacité de production d’une économie. La croissance de celle-ci tend alors à diminuer sauf si ses investissements augmentent en proportion.

Or, c’est précisément quand l’expansion ralentit que l’épargne privée se met à stagner au travers d’un mécanisme bien connu et, somme toute, assez naturel. Quand un salarié est augmenté, il commence sans doute par mettre de côté une bonne partie de son meilleur salaire car il lui faut du temps pour adapter son mode de vie à son nouveau revenu. C’est pourquoi dans une économie, si la hausse tendancielle des rémunérations ralentit, celle de la consommation privée continue quelque temps sur sa lancée, si bien que les ménages épargnent alors relativement moins. Au Japon, par exemple, les ménages qui mettaient de côté 15% de leur revenu quand celui-ci montait de 5% annuellement n’en épargnent plus que 5% depuis que leur rémunération stagne. Ce manque relatif d’épargne empêche alors les investissements de croître suffisamment pour contrer la baisse de rentabilité du capital, ce qui tout naturellement abaisse le potentiel de croissance de cette économie.

Malheureusement, ce recul n’est le plus souvent pas continu car seule une crise le fait apparaître au grand jour. L’économie japonaise a ainsi vu son potentiel passer de 10 à 5% l’an avec le premier choc pétrolier des années 1970, de 5 à 0% avec son krach boursier du début des années 1990. Le cas de la Chine est moins clair, le taux de croissance de son économie ayant bondi ou rebondi trois fois depuis trente ans: suite à la «démaotisation» en 1988-1990, à l’entrée à l’OMC en 2003-2005 et à la Grande Récession en 2010-2011. Or, le quatrième rebond se fera peut-être attendre longtemps. D’abord et comme on l’a vu ci-dessus, les rendements d’hier seront difficiles à dégager demain vu les lustres de développement que le pays vient de connaître. Ensuite, et surtout, une crise immobilière comme celle qui semble aujourd’hui frapper la Chine tend à freiner longtemps l’économie en déprimant l’investissement. Contrairement au cas des machines, les immeubles construits en trop ne se démodent pas rapidement, si bien que leur simple existence gèle les nouvelles constructions et toutes les activités connexes, si importantes au niveau local, comme la stagnation japonaise de ces vingt-cinq dernières années l’illustre si bien.

Alors seulement 7% (!) de croissance en Chine demain et après-demain? Probablement, mais cette économie a surpris si souvent ses détracteurs qu’on ne l’affirmera pas, l’aigre-doux étant après tout un grand classique de la cuisine chinoise.

Source Le Temps 11/10/14

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/57c7c8cc-506f-11e4-a701-a0e5a8a72efd%7C0

Entre 2007 et 2014, les pays en développement ont connu une croissance 9 fois supérieure à celle des pays développés.

Ainsi

source : QUI PERD GAGNE

http://www.quiperdgagne.fr/discretementla-chine-devient-officiellement-la-plus-grande-economie-du-monde

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