Douce France

D’autres points de vues et images du Monde: L’émotion, cette illusion rassurante…

D’autres points de vues et images du Monde: L’émotion, cette illusion rassurante…

L’émotion, cette illusion rassurante…Par  Christian Vanneste 

  • Les politiciens ont récupéré sans vergogne l’indignation générale pour appeler à s’unir autour du chef de l’État.

L’émotion planétaire qui envahit nos écrans est une illusion rassurante. Des foules se réunissent, des défilés s’organisent, des hommages sont rendus : d’Obama allant signer le registre à l’ambassade de France jusqu’à l’anonyme qui dépose des fleurs sur les lieux de la tuerie, la communion parcourt le monde. Compassion, tristesse, révolte et résistance animent les rassemblements. L’affectivité qui domine notre vie collective scandée par les médias laisse-t-elle encore une place à la réflexion et au raisonnement ?

Ainsi, la mobilisation populaire très médiatisée contre les assassins de Charlie va, certes, montrer toute l’horreur qu’inspirent leurs crimes. Mais en même temps, ne va-t-elle pas les combler ? Qu’ils aient pu accomplir sans faille l’exécution de leur « mission », venger le prophète, « exécuter » les « blasphémateurs » récidivistes, abattre froidement des policiers et tenir en haleine des forces de sécurité considérables, voilà qui risque bien d’en faire des héros, promis au paradis d’Allah, non seulement à leurs yeux, mais aussi dans l’esprit des centaines de djihadistes, qui sont ou seront chez nous après leur passage au Moyen-Orient. On défile contre un gouvernement. On ne défile pas contre le terrorisme qui, par essence, se veut minoritaire et violent, et que les masses réunies contre lui n’impressionnent pas, même si des musulmans s’y trouvent. Le fanatique a besoin des traîtres et des hérétiques.

L’émotion doit laisser place à l’action. Mais celle-ci doit être claire dans ses motivations et ses objectifs. Si la liberté d’expression doit être défendue, ce n’est pas de manière sélective. On voudrait être sûr qu’une agression contre un média d’un bord opposé eût subi pareille condamnation unanime. La chape de la pensée unique n’a pas tardé à peser sur les commentaires et les discours. On a remarqué l’insistance des politiciens et des journalistes à préférer les mots d’extrémisme ou de fondamentalisme à celui d’islamisme. J’ai même entendu M. Askolovitch, journaliste militant, parler de fascisme en évoquant les terroristes musulmans, ce qui paraît un amalgame plus poussé que de dire qu’ils sont musulmans, même si, Dieu merci, ils sont très minoritaires.

Avec moins de délicatesse, les politiciens ont récupéré sans vergogne l’indignation générale pour appeler à s’unir autour du chef de l’État. On a noté que cette union sacrée était hiérarchisée et, comme d’habitude, sélective. La République est par définition l’affaire de tous, mais tous ne sont pas républicains. Qui décide de qui est républicain ? Mais les républicains, bien sûr ! Ah, bon…

Donc, union, mais pour quoi faire ? Pour soutenir une politique américaine qui a jeté l’ensemble du Moyen-Orient dans le plus grand désordre et multiplié les lieux d’entraînement des futurs terroristes, mais se refuse à engager des troupes au sol ou à appuyer l’armée syrienne pour écraser les djihadistes ? Pour tolérer encore la duplicité de nos riches amis du Golfe qui donnent aux doctrines extrémistes les moyens de se répandre ? Pour continuer à favoriser l’immigration et l’accession à la nationalité de populations qui représentent, à l’évidence, un risque statistique à terme ? Pour poursuivre une politique pénale absurde qui, par manque de moyens et de volonté, n’impose pas le travail aux détenus, les libère trop vite et leur offre, par laxisme ou bêtise, la possibilité de s’entretenir physiquement ou de se droguer, de créer des liens criminels ou de se convertir au djihadisme ? Il est vraiment trop facile d’appeler à l’union contre le terrorisme derrière une politique aussi inefficace. C’est cette politique qu’il faut absolument changer !

Christian Vanneste  -Homme politique Ancien député UMP, Président du Rassemblement pour la France  

http://www.bvoltaire.fr/christianvanneste/lemotion-cette-illusion-rassurante,150877

Vous n’êtes pas Charlie… vous êtes Charlot Par  Altana Otovic

Alors, comme ça, vous êtes Charlie ? Vous, la meute tirant à vue depuis des années sur tous ceux qui vous dérangent, vous vous émouvez maintenant que la mitraille retentit contre votre camp ?

Maintenant que les cadavres ont refroidi, passons aux choses sérieuses. Le choc et le recueillement s’estompant, il est déjà temps – avant qu’il ne soit trop tard – de sortir les plumes des fourreaux, de dégainer les idées brûlantes, enfin, de battre le fer tant qu’il est chaud.

Alors, comme ça, vous êtes Charlie ? Vous, la meute tirant à vue depuis des années sur tous ceux qui vous dérangent, vous vous émouvez maintenant que la mitraille retentit contre votre camp ?

« Je suis Charlie », dites-vous d’une seule et même voix. « Je suis Charlie », annoncent les pancartes que vous brandissez dans les rédactions. « Je suis Charlie », scandent vos avatars et vos hashtags sur les réseaux sociaux. Et vous avez bien raison.

Seulement…

Vous êtes Charlie aujourd’hui, mais vous n’étiez pas Éric Zemmour hier, quand il s’est fait virer d’i>Télé pour raisons politiques. Pire encore : vous pétitionniez à tour de bras pour l’évincer du service public.

Vous êtes Charlie, mais vous n’étiez pas mon ami Robert Redeker en 2006, quand un papier critiquant l’islam dans Le Figaro lui valut une tornade de haine : graves menaces de mort qui le gardent encore aujourd’hui sous protection policière, désaveu et silence de la classe intellectuelle et journalistique, lynchage dans les règles de l’art sur le plateau d’« ONPC ».

Vous êtes Charlie, mais vous n’étiez pas Clément Weill-Raynal, pour certains votre confrère, mis à pied de France 3 pour avoir révélé l’affaire du « mur des cons » dont il fut le plus triste fusillé.

Vous êtes Charlie, mais vous n’étiez pas Robert Ménard à son licenciement, Michel Houellebecq, Renaud Camus ou Christine Tasin à leurs procès respectifs pour avoir critiqué l’islam.

Vous êtes Charlie, mais vous trouvez normal que le FN soit exclu de la manifestation hommage de ce dimanche à laquelle tous les partis seront conviés, et alors même que vous défendez l’union nationale, dont notre pays a, en effet, plus que jamais besoin.

Vous êtes Charlie, mais vous soutenez toutes les lois mémorielles qui empêchent les intellectuels de faire leur travail, pour le bien de l’Histoire et de la vérité.

Vous êtes Charlie, mais vous n’êtes pas Richard Millet face à la meute d’Annie Ernaux et d’une centaine d’écrivains délateurs et complices, vous n’êtes pas Alain Finkielkraut ni Dieudonné, ou encore Ivan Rioufol, brillant d’intransigeance mais déchiqueté comme un gigot jeté aux lions sur le plateau d’« On refait le monde » ce jeudi 8 janvier.

Vous êtes Charlie, mais vous n’êtes rien de ce qui sentirait trop le soufre, vous êtes les dénonciateurs de tous ceux qu’on abat sur l’autel du politiquement correct, vous êtes ceux qui tenez le fusil, les bourreaux objectifs de tous les indésirables de la liberté. Votre liberté à vous et à vous seuls.

Pourtant, la liberté n’a qu’un seul visage. C’est la liberté pour les sains, la liberté pour les fous, la liberté pour les noirs, la liberté pour les blancs, la liberté pour ceux qu’on désapprouve peut-être mais qui font la diversité et la santé intellectuelle de notre pays.

Vous n’étiez pas ces gens, et aujourd’hui vous êtes Charlie ? Vous vous mentez, vous nous mentez. Vous êtes ce qui vous arrange, quand cela vous arrange. Vous n’êtes pas Charlie, vous êtes Charlot. Et tant que vous ne défendrez pas les principes que vous dites avoir au cœur jusqu’au bout, vous le resterez.

Altana Otovic Etudiante

http://www.bvoltaire.fr/altanaotovic/non-vous-netes-pas-charlie-vous-etes-charlot,150885

À quoi joue-t-on ? Par  Dominique Jamet

Le FN, nous dit-on, est islamophobe. Ce n’est assurément pas faux, mais l’actualité la plus récente et la plus sanglante ne prédispose pas non plus à l’islamolâtrie.

L’union nationale, ce sera pour une autre fois…

Ce pouvait être, ce devait être l’une de ces rares, l’une de ces grandes occasions où toute une nation se rassemble, réunie par un même deuil, unie dans la même condamnation du terrorisme et de la barbarie. Chrétiens, juifs, musulmans, et pourquoi pas bouddhistes, tous ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, la gauche, cela va de soi, la droite, c’est évident, le centre qui y avait toute sa place, et tous les autres, bien entendu, de tous âges, de toutes catégories sociales, de toutes opinions, issus de tous les horizons, ne répondant pas forcément à des motivations identiques, ne faisant pas forcément les mêmes analyses, ne préconisant pas forcément le même traitement du mal, mais communiant dans les mêmes sentiments, d’horreur, de pitié, de révolte et dans le même désir, face au déchaînement d’une violence inhumaine, d’oublier tout ce qui sépare, tout ce qui oppose, pour ne retenir que ce qui accorde et qui réconcilie, de se serrer les coudes, de se rapprocher les uns des autres, de ne faire, au moins quelques heures, qu’un seul peuple.

Républicaine, la grande manifestation organisée demain dimanche à Paris et dans toutes les grandes villes de l’Hexagone ? Assurément, et démocratique, et humaniste, et fondée sur l’adhésion aux principes, aux valeurs, aux droits qui ont fait et font encore de notre France un pays dont nous pouvons être fiers, auquel nous sommes attachés, que nous sommes décidés à défendre contre les assauts d’un obscurantisme sans visage, je veux dire sans visage humain.

D’autres en ont décidé autrement. D’autres se sont proclamés organisateurs d’une manifestation sur invitation, où certains seraient admis à participer et d’autres récusés, voire refoulés par des videurs, comme à l’entrée d’un cercle privé, d’une boîte de nuit ou d’un club échangiste, où chacun marcherait sous ses couleurs, derrière ses bannières, de façon que soient bien distingués les torchons des serviettes, ceux qui peuvent se montrer au grand jour et ceux qui se voient dénier le droit à la parole et même à l’existence. Parti socialiste, UMP, EELV, UDI, MoDem, Front de gauche, Debout la France, allez-y. Front national ? On ne passe pas. Pourquoi ? Parce que.

Ainsi prétend-on perpétuer en 2015, à l’encontre d’un parti légal, d’un parti qui à ce jour n’a jamais tenté de conquérir le pouvoir par la violence, mais s’est toujours soumis et plié au verdict des urnes, d’un parti dont le discours et les comportements ne sont pas moins « républicains » que ceux de n’importe quelle formation politique, d’un parti qui est aujourd’hui représentatif d’un quart de l’électorat français, un ostracisme qui a amplement fait la preuve depuis quarante ans de sa totale inefficacité.

L’odeur de la poudre ne s’était pas encore dissipée rue Nicolas-Appert, le sang des journalistes de Charlie Hebdo n’avait pas encore séché, les locaux n’avaient pas encore été nettoyés, les autopsies pratiquées que toute une machine de propagande se mettait en marche pour incriminer…Daech ? Al-Qaïda ? Les prédicateurs de haine, les imams recruteurs du djihadisme ? Vous n’y êtes pas.Mediapart susurrait avant toute enquête que la piste de l’extrême droite ne pouvait être écartée. Éric Zemmour et Michel Houellebecq étaient désignés, ici et là, comme les fauteurs de la radicalisation de l’islamisme. Et Le Monde, hier, dans une formulation savamment équivoque, titrait : « L’union nationale se brise sur Marine Le Pen », sans prendre la peine de préciser que la faute n’en revenait pas à la présidente du Front national.

A-t-on vu en 1914 Poincaré ou Barrès, le président conservateur et le député nationaliste, faire la fine bouche devant le ralliement du Parti socialiste, alors révolutionnaire, antimilitariste, internationaliste et pacifiste, à l’Union sacrée ? Ce n’est pas Marine Le Pen qui a engagé les hostilités. Elle a, d’ailleurs, aussitôt compris que ce n’était pas non plus elle qui en pâtirait, et qu’elle avait au contraire, une fois de plus, tout à gagner à pouvoir se présenter comme la victime d’une injuste discrimination.

Ne pouvait-on, alors que le président de la République appelait solennellement à l’unité nationale, et illustrait son propos en recevant les leaders de tous les partis politiques, sans exception, se dispenser d’exhumer des querelles partisanes qui n’ont pas leur place dans les circonstances que nous vivons ? Le FN, nous dit-on, est islamophobe. Ce n’est assurément pas faux, mais l’actualité la plus récente et la plus sanglante ne prédispose pas non plus à l’islamolâtrie. Au demeurant, la question du jour n’est pas là. Remettons à des jours plus fastes la dénonciation de l’incurie, de l’inaction et de la démagogie largement partagées par la gauche et la droite en matière de sécurité, d’immigration, de contrôle des frontières, d’intégration. Oublions pendant vingt-quatre heures l’écrasante responsabilité, la culpabilité devant l’Histoire dont devront bien répondre un jour les présidents et les gouvernements dont les ingérences grossières et violentes dans les affaires intérieures de l’Irak et de la Libye ont nourri la propagande, grossi les rangs et fait le lit de l’islamisme. Saisissons, s’il est encore temps, l’occasion, si rare, qui nous est donnée demain de « faire France ».

Dominique Jamet  Journaliste et écrivain / Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d’une vingtaine de romans et d’essais. Co-fondateur de Boulevard Voltaire, il en est le Directeur de la Publication

http://www.bvoltaire.fr/dominiquejamet/quoi-joue-t,150887

5 réponses »

  1. Merci
    Nous allons savoir assez vite a qui profite le crime
    je » pressens « une grande opération militaires « des forces » démocratiques »pour aller punir l’homme
    l’homme a abattre …dans un pays du moyen -orient …après la L’Egypte,la Tunisie la Lybie la Syrie
    Peut-être….?

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