Agences de Notation

Les banques russes craignent d’être exclues du système financier/ Selon Moscou L’économie russe supporte mieux les sanctions que l’Occident ne s’y attendait/ La guerre des sanctions continue : Standard & Poor’s dégrade la note de la Russie, « sur ordre direct de Washington »

Les banques russes craignent d’être exclues du système financier

 Les établissements pourraient être coupés de Swift, qui traite les transactions bancaires. Pour le patron de VTB, la mesure serait une «déclaration de guerre»

Les sphères médiatiques et bancaires russes sont agitées cette semaine par la menace d’une coupure imminente du système d’échange d’informations Swift par les Etats-Unis. Le quotidien russeKommersant a lancé la bombe lundi matin en citant une source anonyme «proche» du Département d’Etat américain.

«Les Etats-Unis vont tenter, comme par le passé, de trouver une solution diplomatique. Mais cela n’a donné aucun résultat sensible jusqu’ici. Du côté des sanctions, nos possibilités sont loin d’être épuisées.» Pour cette source, «exclure la Russie du système Swift sera très douloureux». Ce dernier traite les transactions bancaires internationales. Contacté, le Département d’Etat américain s’est refusé à tout commentaire.

Le président Barack Obama a prévenu de son intention de durcir les sanctions sans donner de précision à l’égard de la Russie.

Washington peut en principe couper les banques russes des banques américaines via une directive, ou bien en faisant pression sur le centre opérationnel du système Swift, qui se trouve physiquement aux Etats-Unis. En revanche, la Maison-Blanche ne peut bloquer les échanges d’informations entre les banques russes et d’autres pays, qui sont régulés par d’autres centres opérationnels Swift répartis à travers le monde.

L’Europe «débat activement» de la possibilité de cette mesure de rétorsion, selon le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Pavel Klimkin, repris par la presse de son pays. Le Parlement européen a averti dès septembre ses pays membres de se préparer à une telle éventualité, tout en jugeant à ce stade que la mesure irait trop loin dans les dommages infligés à l’économie russe.

La société Swift a signalé à plusieurs reprises qu’elle n’envisageait pas d’exclure la Russie de ses services, à moins qu’une directive en ce sens émane d’un organisme supranational habilité. La menace est prise très au sérieux par plusieurs figures du monde bancaire russe. Pour le patron de la seconde banque du pays, VTB, Andreï Kostia, l’exclusion du système Swift équivaut «à un retour à la Guerre froide» de l’Occident contre la Russie, a-t-il prévenu lors d’un débat au Forum économique mondial de Davos. Pour le banquier, «c’est bien plus qu’une affaire de banques».

L’expert russe Konstantin Simonov renvoie les Européens aux conséquences négatives qu’ils courent, car «on ignore de quelle manière seront réglés les achats d’hydrocarbures russes, dont l’Europe ne saurait pour l’instant se passer».

Philippe Delpal, expert bancaire basé à Moscou depuis plus d’une décennie, souligne l’aspect à double tranchant d’une telle mesure, car «les grands établissements d’Etat russes assurant les services aux sociétés internationales seront très touchés par la mesure, mais aussi les succursales de droit russe des banques étrangères. Débrancher la Russie de Swift créerait un grave précédent qui pourrait conduire les pays émergents à chercher des alternatives à ce système».

La menace d’isolation s’ajoute à une longue liste de problèmes auxquels le système bancaire russe devra faire face en 2015. La crise économique conduit à une dégradation de la performance des crédits à une augmentation des frais de gestion et du coût de refinancement. La forte dévalorisation du rouble a poussé les Russes à retirer massivement leur épargne, mettant plusieurs banques de taille moyenne en grande difficulté. La confiance est à son plus bas niveau depuis 1998.

Pour limiter la casse, les autorités ont décidé d’aider 27 banques, qui devront recevoir une injection correspondant à 25% de leur capital. BNP Paribas estime dans une note que les banques russes pourraient avoir besoin de pas moins de 2700 milliards de roubles (37 milliards de francs suisses) en injections de capitaux pour soutenir leur activité de crédit et résorber les pertes sur les prêts non remboursés. L’autre risque concerne une baisse supplémentaire des cours du pétrole, qui «pourrait conduire à une panique bancaire», selon l’expert financier Ovanes Oganisian, stratège chez Midlincoln.

PAR EMMANUEL GRYNSZPAN MOSCOU le Temps 28/1/2015

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/f0550f50-a650-11e4-9acf-c65b500212f4/Les_banques_russes_craignent_d%C3%AAtre_exclues_du_syst%C3%A8me_financier

 L’économie russe supporte mieux les sanctions que l’Occident ne s’y attendait

Le 21 janvier 2015 – Source: RT Deutschland

Par sa politique de sanctions, l’Occident croyait que la Russie changerait sa position dans la crise ukrainienne. Certes, les conséquences des récents développements sur l’économie russe ne sont pas passées inaperçues, cependant le pays semble mieux supporter les sanctions que l’Ouest ne l’avait espéré.

BANQUE DE RUSSIE

Pendant que l’Occident souffre sous le poids écrasant de sa dette extérieure et refuse de voir les signaux apocalyptiques sur la situation financière dans le sud de l’Europe, la Banque centrale russe s’est permis mardi d’annoncer que l’économie du pays, malgré les sanctions anti-russes et la crise du rouble, avait vu sa dette extérieure diminuer de 17,7% au cours de la dernière année [la dette exprimée en pourcentage du PIB tombant de ce fait sous les 10 % contre 12% auparavant].

Dans l’année écoulée, l’endettement à l’étranger de la Fédération de Russie a fondu d’environ 129 milliards USD. Des 728,86 milliards USD au 1er janvier 2014, il ne restait que 599,5 milliards USD au 1er janvier 2015. Cela se passe donc très différemment des autres pays de la zone euro (prévisions fin 2015) :

  • Grèce : 400 milliards €
  • Italie : 2 800 milliards €
  • France : 2 300 milliards €
  • Espagne : 2 600 milliards €
  • Le montant total de la dette en zone euro est de 11 000 milliards, soit dix-huit fois plus que la Russie.

Cela se passe aussi autrement que prévu en Russie, au vu des craintes exprimées lors du vote des sanctions financières massives du printemps 2014 [décrétées par l’Europe , les USA, le Canada et d’autres]. Aujourd’hui, la dette russe est ventilée comme suit :

  • 171,1 milliards USD du secteur bancaire
  • 376,5 milliards USD d’autres secteurs de l’économie
  • 10,4 milliards USD de la Banque Centrale Russe, basée à Moscou (rappelons que la BCE vient de passer au rachat de dettes type junk bonds [dettes pourries] auprès des banques européennes pour 1 100 milliards d’euros sur les les vingt-quatre mois à venir.
  • 41,5 milliards USD d’autres autorités russes.

Les problèmes économiques restent, depuis la crise ukrainienne de l’année dernière, une charge pour l’économie interne de la Fédération de Russie. Comme conséquence de la chute du prix du pétrole, la Russie, en tant que grand exportateur d’énergie, est obligée, dans le cadre de sa planification budgétaire, de lier le rouble russe au cours du pétrole et celui-ci est de ce fait en chute libre. De janvier à décembre 2014, la monnaie russe a perdu plus de 41% face au dollar et 34% face à l’euro.

Même si les importations ont par conséquent renchéri, la faiblesse du rouble comporte aussi des aspects positifs. Les biens manufacturés et les services produits en Russie sont moins chers sur les marchés internationaux, et du coup plus attrayants, ce qui pousse les productions industrielles locales et aide ainsi à encourager et à renforcer les Russes de la classe moyenne.

Le président Poutine a dit dans son allocution de décembre [à propos de la situation économique du pays] que la crise durerait au plus deux années. Après cela Moscou pourrait se réjouir du regain de compétitivité des acteurs économiques locaux. Les entreprises d’Europe et des États-Unis pourraient en revanche manquer d’atouts sur le marché russe, qui aura d’ici là trouvé de nouveaux partenaires économiques ailleurs.

Traduit par Toma relu par jj pour le Saker Francophone

Commentaires du traducteur

Il me semble intéressant de mettre en parallèle les modèles différents dans lesquels vivent l’Europe de l’Ouest et la Russie, chacun de leur côté. Si on sait que beaucoup de différences opposent les deux « blocs » sur les plans politique, culturel et historique, il apparaît bien que la crise ukrainienne a provoqué/confirmé un schisme économico-politique et aussi financier; et apparemment, ce ne serait pas au désavantage de la Russie, même si on nous raconte le contraire toute la journée dans les médias de masse.

Cette semaine, le marché a salué, par une nouvelle hausse des places boursières européennes, la décision du chef de la Banque Centrale européenne, Mario Draghi, qui vient de dévoiler son super QE [Quantitive Easing consistant à offrir des liquidités aux banques en rachetant leurs dettes pourries – celles toujours et encore là  – de la crise de 2008], étalé sur vingt-quatre mois. On oublie que ce plan de sauvetage (encore un) va gonfler la dette de la BCE de 1 100 milliards d’euros supplémentaires, supplément garanti par des instruments financiers pourris, prenant ainsi de facto le relais des États de la zone euro, tous à bout de souffle après la crise de 2008. Pour mettre les choses en perspective, la dette totale de la Grèce est de 400 milliards d’euros, donc le QE de Draghi de 2015 serait égal au triple de la dette totale de la Grèce ! Quand on lit dans l’article de RT Allemagne que laBanque centrale de Russie possède… 10,4 milliards de dette en dollars, c’est au total une petite semaine du QE de M. Draghi !

Tout cela nourrit le sentiment que, financièrement aussi, la zone euro vit dans un mensonge permanent, un narratif imposée, qui fait que nous naviguons en zone euro dans un monde parallèle au monde russe, entre autres. Endetté plus que tous les autres (hormis le Japon et les USA, sic !) sur la planète, ce bout péninsulaire du continent eurasiatique qu’on appelle Europe, continue de vivre au-dessus de ses moyens. Les critères de convergence de l’accès à la zone euro sont depuis longtemps oubliés, car la dette ne devait en théorie pas dépasser 60 % du PIB. A un moment où le PIB au mieux stagne, voire baisse le plus souvent, et oùl’assistance sociale de la BCE aux banques sera in finepayée par les citoyens de la zone euro, contribuables et/ou déposants, eh bien voyez-vous?, à ceux-ci  on ferme les hôpitaux, les maternités, les écoles, on réduit leur encadrement en personnel, on réduit tous les services de l’État, hormis ceux liés à notre sécurité contre lamenace islamiste.

Les pourcentages de dette exprimés en points de PIB explosent.  Fin 2014, ils s’établissaient comme suit: France (95%), Espagne (100%), Belgique (101,5%), Irlande (121%), Chypre (122%), Portugal (126%), Italie (135%) et Grèce (177%). La zone euro, dont la moyenne s’établit à 96% fin 2014, et qui dépassera probablement les 100 % en moyenne fin 2015, verra la moitié de sa population supporter un endettement supérieur à 100%.

Source: http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20140506trib000828599/sept-pays-de-la-zone-euro-depasseront-les-100-de-dette-publique-cette-annee.html

Tout cela mis en perspective, on a désormais d’autant plus de mal à comprendre la note octroyée généreusement à la Russie, BB– soit un cran au-dessus deJunk Bond, par les agences de notation occidentales. On comprend encore moins les double et triple A ou les A++ dont bénéficient encore ici et là certains pays de l’Union européenne et de la zone euro.

Il faut aussi rappeler que l’économie réelle de la zone euro s’établit de fait à 44 800 milliards d’euros, belle performance, cette zone intégrée est le premier marché d’économie réelle dans le monde. On peut se dire que 1 100 milliards de QE, ce serait énorme. Mais non, vu que la totalité de cet argent est destinée uniquement au secteur financier et à ses dettes pourries et que l’économie réelle n’en profitera pas. Le tout est totalement fictif, hors de la réalité ou dans la réalité d’un monde parallèle auxquels les citoyens européens, sauf pour les 1% (ou 0.1%?) du haut du panier. Le secteur financier représente 2 024 800 milliards d’euros soit quarante-cinq fois plus que l’économie réelle. La finance est donc totalement déconnectée de la réalité concrète.

Comme conclut le site http://www.les-crises.fr/comment-la-bce-se-moque-du-monde/, on peut résumer la chose de la manière suivante:

Ainsi, c’est un peu comme si, dix minutes avant que le Titanic ne se fracasse sur l’iceberg, la BCE arrivait en barque, lançait une corde à un milliardaire pour qu’il descende dans la barque et prene sa place sur le bateau – le tout en lui rachetant au passage son billet à plein tarif…

Merci Draghi ! Merci l’euro !

Reste à vous demander: dans quel monde financier préférez-vous vivre? Le russe ou l’européen?

Toma relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.net/leconomie-russe-supporte-mieux-les-sanctions-que-loccident-ne-sy-attendait/ 

La guerre des sanctions continue : Standard & Poor’s dégrade la note de la Russie, « sur ordre direct de Washington » selon Moscou

Standard and Poor's dégrade la note de la Russie sur ordre direct de Washington_« L’agence de notation a abaissé d’un cran la note du pays, désormais fixée à « BB+ », mettant en avant la dégradation de ses perspectives de croissance. Une décision qui, selon un diplomate russe, entrerait « dans la logique » des « actions coordonnées entreprises pour saper l’économie » de la Russie.

Mi-janvier, le ministre russe de l’Economie, Alexeï Oulioukaïev, avait jugé « assez forte » la probabilité de voir Standard & Poor’s (S&P) dégrader la note de la Russie. Ses craintes se sont confirmées, lundi 26 janvier. L’agence de notation a abaissé d’un cran cette note, désormais fixée à « BB+ », ce qui la fait passer en catégorie spéculative.

Pour justifier sa décision, S&P, qui n’exclut pas un abaissement ultérieur, a mis en avant la détérioration de la flexibilité monétaire du pays, ainsi que la dégradation de ses perspectives de croissance. Standard & Poor’s avait déjà adressé en décembre un avertissement, après une chute historique du rouble qui a plongé le pays dans sa pire crise monétaire en quinze ans de pouvoir de Vladimir Poutine.

Risque de fuite des capitaux accrue

Standard & Poor’s est la première agence internationale à classer le pays dans la catégorie des dettes souveraines « spéculatives », ou « pourries » en jargon financier. Cette décision va automatiquement écarter la dette russe du portefeuille de certains investisseurs et risque d’accélérer les fuites de capitaux massives causées par la crise ukrainienne, aggravant ses difficultés économiques alors qu’une profonde récession se profile déjà pour cette année.

Fin décembre, le ministre russe de l’Economie avait estimé que si la menace d’abaissement de la note était mise à exécution, cela aurait des « conséquences matérielles » pour Moscou, qui pourrait se trouver contraint de rembourser de manière anticipée jusqu’à 30 milliards de dollars de dette.

Un « pessismisme excessif » selon le ministre russe des Finances

Cependant, Anton Silouanov, le ministre russe des Finances, a estimé que l’agence d’évaluation financière faisait preuve d’un « pessimisme excessif », appelant à ne « pas dramatiser » les conséquences de cette décision.

« La décision qui a été prise démontre un pessimisme excessif et ne prend pas en compte toute une série de facteurs qui font la force de l’économie russe », a-t-il notamment déclaré.

Il a cité notamment le niveau élevé des réserves de devises étrangères dont dispose la Russie, actuellement à 379 milliards de dollars, et le faible niveau de la dette extérieure de la Russie.

« Une nouvelle vague d’hystérie antirusse »

Un haut diplomate russe a même estimé que la décision de l’agence américaine correspond à une sanction déguisée décidée « sur ordre direct de Washington ». Vassili Nebenzia,  vice-ministre des Affaires étrangères, a déclaré à l’agence Ria-Novosti:

« Le fait que cette décision ait été prise maintenant n’est pas étonnant: par une coïncidence étrange, elle correspond avec une nouvelle vague d’hystérie antirusse ».

« Je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle a été prise non pas sur suggestion, mais sur ordre direct de Washington », a-t-il ajouté.

L’annonce de Standard & Poor’s entre selon lui « dans la logique » des « actions coordonnées entreprises pour saper l’économie » russe qui correspondent à « la partie cachée de la guerre de sanctions ».

« Les entreprises sérieuses ne vont probablement pas se baser sur de telles notations »

Le Kremlin a dénoncé pour sa part une décision qui « a un lien minimal avec l’économie mais qui est orientée ». Le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, a estimé :

« Les entreprises sérieuses ne vont probablement pas se baser sur de telles notations qui ne reflètent pas la situation réelle ».

La dégradation de l’agence de notation tombe au moment où Washington et Bruxelles ont menacé Moscou de nouvelles sanctions économiques pour son soutien, y compris selon eux militaire, aux séparatistes prorusses de l’Est de l’Ukraine, où de sanglants combats ont eu lieu ce week-end. »

Source : AFP/ La Tribune, le 27 janvier 2015

 https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2015/01/27/la-guerre-des-sanctions-continue-standard-poors-degrade-la-note-de-la-russie-sur-ordre-direct-de-washington-selon-moscou/

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