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Mister Market and Doctor Conjoncture du Dimanche 8 Mars 2015: Un peu de Bourse, pleins feux sur Vivendi Par Bruno Bertez

Mister Market and Doctor Conjoncture du Dimanche 8 Mars 2015: Un peu de Bourse, pleins feux sur Vivendi Par Bruno Bertez

VIVENDI est l’une des sociétés les plus intéressantes en bourse de Paris. Attention, ce jugement n’est que partiellement boursier, il vise ce que nous appellerons le cas « Vivendi », c’est à dire la situation Vivendi.

Vivendi, c’est l’histoire d’une prise de contrôle en douceur d’un groupe en difficulté, surendetté, sans stratégie et sans majorité de contrôle, par Bolloré. C’est un cas d’école d’ingénierie financière et d’entregent.

Notre attention a été attirée quand Jean René Fourtou a été appelé à présider à ses destinées. Fourtou est un fidèle de la famille Giscard et de ses alliés. C’est la mouvance très proche, affairiste au bon sens du terme. Il est en effet fini le temps où les Giscardiens pillaient les fonds publics par le biais de la reprise d’entreprises en difficulté ; cela, c’était l’héritage de la bande d’Edgar  Faure. Non, les Giscardiens des affaires sont de bons gestionnaires, sérieux et bien positionnés au centre-droit, mais aussi avec de nombreuses passerelles au centre-gauche. Ils sont dans l’air du temps, sur les axes porteurs de la société française.

Fourtou  a été nommé chez Vivendi pour nettoyer et préparer le terrain de sa prise de contrôle par Bolloré. Il est en quelque sorte à la charnière des affaires et de la politique. Tant en termes d’influence qu’en termes de financements. Tout en n’étant pas « propriétaire », il a fait son chemin. C’est un bon manager, bon stratège, il sait gérer et repositionner une entreprise.

Quand il est parti, les mauvaises langues ont dit que, mis à part « vendre », il avait été incapable de construire une stratégie. Ces gens se trompent, Fourtou a réussi sa mission qui était, objectivement, de nettoyer, désendetter, vendre et faire place nette chez Vivendi afin que Bolloré trouve une sorte de coquille, tirelire, pour réaliser ses grandes ambitions. 

Grâce à Fourtou, Bolloré a mis un pied actif chez Vivendi, il a acquis une participation à bon compte, dans les plus bas, et ensuite il a pu l’augmenter par des apports avantageux. La situation du Groupe Bolloré se caractérise par une structure capitalistique opaque digne des holdings belges, style Empain, c’est à dire que l’on contrôle beaucoup de choses avec peu de capitaux et grâce à des tiroirs et des participations croisées ou d’autocontrôle.

Il est évident que l’objectif de Bolloré ne peut être que de clarifier, affermir et construire un empire solide, transmissible. Les coups de Bourse qui ont été tentés et souvent réussis ont permis de constituer une masse de manœuvre, mais tout cela est de bric et de broc, peu montrable, et pour tout dire suspect. Trop suspect pour pouvoir prétendre jouer dans la cour des grands. Une partie de la nébuleuse Bolloré est marquée de la vieille image du Groupe Rivaud, dont il a réussi à récupérer les dépouilles.

 Une nouvelle phase se construit sous nos yeux. 

Il semble que le choix de Bolloré soit de se concentrer sur la communication, les médias, et ce qui fait vivre les médias, la publicité et l’influence politique. Ainsi, on comprend mieux toutes les incursions dans les médias, les créations et, bien sûr, la prise de contrôle d’Havas qui détient et canalise le nerf de la guerre. Havas est une machine de Communication avec ce que cela comporte: les budgets, l’influence, la gestion des images, les financements, etc. La Com, c’est du business et de la politique et de la propagande sociale et sociétale. Notre idée est que Bolloré veut se positionner comme un grand baron dans le secteur du Pouvoir. C’est ainsi que nous comprenons sa stratégie, une stratégie qui vise le Pouvoir. C’est original et différent de celle de ses rivaux comme Arnault ou Pinault. Eux visent la valeur ajoutée maximum et la rentabilité maximum du capital investi, lui vise ce qui conditionne tout, le Pouvoir.

 La stratégie financière paraît évidente, il s’agit de se servir de Vivendi, à la fois comme pivot, comme tirelire, et comme futur pôle de regroupement et, enfin, comme pôle de développement. Les opérations récentes sur Havas et les échanges de titres contre des titres Bolloré vont dans ce sens. Au fil du temps, Bolloré va faire reprendre toutes ses affaires médias ou reliées à ces secteurs par Vivendi. Il va se « décoller » personnellement, rendre liquide son patrimoine, et faire d’une pierre deux coups, augmenter sa participation et son contrôle sur Vivendi. Au passage, il va falloir procéder à des rectifications de frontières avec des groupes qui ont des participations dans les affaires médias du Groupe bien entendu. Est-ce que cela se fera à l’amiable ou pas, nul ne le sait, mais les rectifications de frontières doivent être faites car il y a trop d’argent immobilisé pour tout le monde. Notre idée est que l’opération Vivendi va déboucher sur un remodelage du paysage dans les médias français. 

Une incidente: nous ignorons la place des activités traditionnelles ou industrielles dans ce schéma. On remarquera cependant que l’incursion du côté de la voiture électrique est plus ou moins liée à la politique et au Pouvoir. On est dans le CME, capitalisme monopolistique d’Etat. 

Si notre hypothèse de travail est correcte, toute la stratégie financière de Bolloré doit être de valoriser au maximum ses affaires personnelles, son groupe, pour l’échanger dans des conditions favorables contre une augmentation de son contrôle sur Vivendi. Du moins, c’est ce que nous ferions à sa place. Nous entreprendrions une politique systématique de revalorisation des actifs que nous  possédons afin de les faire reprendre le plus cher possible par la tirelire/pivot, qu’est Vivendi. 

Notre  intérêt serait que la parité d’évaluation entre nos affaires propres et Vivendi évolue dans un sens qui nous soit  favorable. Afin que l’augmentation de notre  contrôle sur Vivendi nous  coûte le moins cher possible et que notre détention finale soit la plus large possible. On comprend mieux sous cet angle la récente revalorisation du titre Bolloré, laquelle revalorisation fait suite à une étude financière opportune, qui met en avant la sous-évaluation du titre en regard de la cascade d’auto-détention. On comprend aussi qu’il ne faille surtout pas favoriser une spéculation haussière sur le titre Vivendi! Elle serait contre-productive dans la stratégie décrite. D’où, bien sûr, les déceptions infligées au marché boursier: un dividende maintenu à 1 euro malgré la trésorerie pléthorique. D’où un programme de rachat d’actions peu généreux, sinon quasi-spoliateur, puisque n’intervenant effectivement que sous le cours de 20 euros. 

Tout ce qui permet d’appuyer sur le cours de Vivendi va dans le bon sens; tout ce qui va permettre la revalorisation, réappréciation des affaires personnelles de Bolloré va dans le même sens, créer une parité avantageuse.

Extrait d’une dépêche de Boursier.com : 

Vivendi remonte de 3% à 21,40 euros ce mardi, après sa correction de près de 5% hier. Bolloré a en effet consacré 852 millions d’euros à un nouvel investissement dans le groupe Vivendi, pour pousser sa participation de 5,15 à 8,15%. La transaction a porté sur l’acquisition de 40,5 millions de titres à 21 euros. « L’investissement témoigne de la confiance que porte le Groupe Bolloré en la capacité de développement de Vivendi », écrit-il dans un communiqué. Vincent Bolloré détenait autour de 1% du capital de Vivendi fin 2011, son premier investissement dans la société. Il avait ensuite accru ses positions lors de la cession de Direct 8 et Direct Star au groupe de médias…

Hier, le titre Vivendi avait corrigé de 4,9%, les investisseurs ayant sanctionné une politique décevante de distribution des importantes ressources obtenues par la société du fait des cessions récentes… En marge de la publication de ses résultats annuels vendredi soir, le groupe a en effet donné quelques éléments sur la rémunération qu’il compte accorder à ses actionnaires. Les modalités retenues, notamment un programme de rachat d’actions dont le plafond semble modeste, ont de quoi décevoir…

Des analystes dégradent

Raymond James avait immédiatement réduit sa recommandation de « performance de marché » à « sousperformance », le courtier jugeant que la rémunération promise est inférieure aux attentes. Le broker a pris aussi acte de la cession du solde de la participation dans Numéricable SFR avec une décote de 27% sur les cours actuels… Ce mardi, Jefferies est passé de « conserver » à « sous-performance » sur le dossier en abaissant son cours cible à 18 euros, alors que Morgan Stanley ne vise plus qu’un objectif de 21,50 euros.

Les actionnaires méritent mieux!, a commenté pour sa part Nomura, qui a abaissé son avis de « achat » à « neutre », en ramenant son objectif de 23,10 à 22 euros. Le courtier est lui aussi ressorti déçu par le niveau de retour aux actionnaires prévu, et sans doute plus encore par le fait que la société a accepté une offre très décotée pour ses dernières actions Numéricable SFR, tout en renonçant au complément de prix futur qui avait été négocié. De son côté, Barclays ne cible plus qu’un cours de 20 euros, alors que Exane vise un prix de 21,50 euros.

Bruno Bertez Le Dimanche 8 Mars 2015

4 réponses »

  1. Lors de la revente du résidu du numericable ai rêvé de vivendi / bolloré alors que d’habitude je m en fiche. J y vois un lien avec votre article un peu inattendu.

    ai pensé cette nuit là qu’il allait racheter …Bouygues!

    beaucoup à dire: on arguera que tf1 est une daube mais au moins elle est plus à son prix qu’Havas (même métier: l’information d’Etat: pour moi dans un monde multipolaire et de Poutine et de chinois : aucun avenir,. et les problèmes de la France viennent de TF1 et de Havas)
    Il a flingué Bouygues telco : pourquoi ne pas racheter maintenant bouygues deux fois moins cher qu’il a vendu SFR alors que c’est la même chose. (l’autre Drahi avec ses financements us a surpayé ). Je précise que les français payent des taxes (armée , immigration …) pour ses business africains: d’ou son obsession du pouvoir en France

    Ensuite, un intervenant chevronné de bourso dont je n’ai pas le pseudo sous la main, mais qu’on peut reconnaître facilement, certifie que lors de la prise d’Havas Bolloré s’est bien fait dilué, il affirme en plus que Bolloré n’a pas compris lui même combien il était minoritaire dans les faits chez « lui » ! (boucle auto contrôle rivaux etc…)

    Sinon , la chute de L OIL est un gros contretemps pour lui concernant blue car d’ou je pense son empressement à signer des contrats avec l’Etat… Sachant qu’a chaque révolution techno les premiers pionniers tombent toujours en dépôt de bilan avant l’essor de la tech

    J’admire cet homme pour avoir redressé les affaires familiales puis pour les avoir fait prospérer, je suis enclin à penser que les telco n’ont plus d’avenir et que numericable est une daubasse, mais je ne mets pas un radis chez lui car je pense qu’il est trop gros pour pouvoir continuer à jouer au jacky Letertre et qu’il a fini de s’engraisser avec Rivaud

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