Etat Profond

Mouvement Liberté – Donald Trump, l’aubaine d’une révolution Par Ivan Rioufol

Donald Trump, l’aubaine d’une révolution

L’impensable devient possible : Donald Trump peut gagner, en novembre, la présidentielle américaine. Même si la carte électorale le défavorise au profit des démocrates, la victoire de l’insipide Hillary Clinton n’est plus acquise. Ses mensonges sur sa santé – elle souffre d’une pneumonie qu’elle a d’abord fait passer, ce week-end, pour une allergie – sont venus s’ajouter aux dissimulations de ses mails diplomatiques, maintenus illégalement sous son adresse personnelle. La morgue de la candidate du « rassemblement », qui a proposé de placer la moitié des partisans de Trump dans « le panier des pitoyables : les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes », a révélé le mépris de l’establishment pour l’électorat populaire, en rébellion contre la pensée cadenassée de la gauche américaine. Les excuses de Clinton n’ont pas effacé sa répulsion pour l’Amérique profonde. L’extravagant Trump est devenu un moindre mal.

Tout a été dit sur la vulgarité du candidat républicain, son racolage d’animateur forain, ce profil mussolinien qu’esquissent ses rengorgements d’estrade. Mais Trump est visiblement bien davantage que la caricature fasciste renvoyée par les politiques et les médias, y compris en Europe. Ceux qui le rallient approuvent sa proximité avec les gens. « Je fais la politique du XXIe siècle », a-t-il expliqué à André Bercoff(1). Trump est vu comme un homme libre, porteur d’une révolution. Aux opacités de Hillary et à ses propos hors-sol, « Le Donald » montre, au-delà de sa mégalomanie, une franchise qui convainc quand il se dit capable de redonner vie à une pensée patriotique aujourd’hui délictueuse. S’il devait gagner contre l’idéologie dominante, consacrée à la culpabilisation des États-Unis et de l’Occident, le séisme serait aussi européen.

Parce que Trump entend s’opposer à la tyrannie des minorités, qui fragilisent la cohésion du monde libre, sa victoire serait même une aubaine. 

(1) « Donald Trump. Les raisons de la colère », First Éditions.

Les peuples se rebiffent, et ce n’est qu’un début. Aux Etats-Unis comme en Europe, ils font déjà trembler le monde mercantile construit sur la mondialisation des échanges et la dilution des identités. Donald Trump est porté autant par son discours anti-immigration que par ses attaques contre l’ultra-libéralisme, cautionné par Wall-Street et le camp démocrate. Angela Merkel a trébuché une nouvelle fois, dimanche, lors des élections régionales à Berlin. La chancelière n’a pas fini de payer sa décision de faire venir, notamment sous la pression du patronat allemand, un million de « réfugiés » à l’intégration aléatoire. Face à la montée constante du parti patriote de l’afD, Merkel a admis, samedi, que son slogan « Nous y arriverons » (« Wir schaffen das ») n’était pas heureux. « Par moment, je pense que cette phrase a été un peu exagérée, à tel point que je préfère ne plus la répéter. Elle est devenue un simple slogan, presque une formule vide den sens ». Dimanche, à Fréjus, c’est en « candidate du peuple » que Marine Le Pen s’est également présentée, dans un discours inspiré d’où le Front national n’avait plus sa place exclusive. Face à cette montée générale du « populisme », qui n’est que la légitime volonté des oubliés de rependre leur destin en main, les procès en racisme et en pétainisme ont atteint leur limite. Ce qui s’observe est une classe dominante de plus en plus intolérante face à une expression démocratique contestataire. C’est cette dernière qui est en train d’écrire l’histoire.

Il est vain de croire ces classes populaires récupérables, sinon à la marge, par le système à bout de souffle. Il ne s’est jamais préoccupé jusqu’alors de les représenter. Il a même tout fait pour les reléguer au rang d’indéfendables, voire d’extrémistes. « Les classes populaires ont brisé leurs chaînes, celles des appartenances politiques traditionnelles, et refusent désormais le magistère de la classe politique et culturelle », estime le géographe Christophe Guilluy (1). Il distingue même « l’ébauche d’une contre-société en tout point contradictoire avec le modèle économique et sociétal des classes dominantes ». Cette analyse rejoint les constatations empiriques cent fois faites ici d’une faillite de la démocratie représentative, incapable de s’ouvrir à une partie de plus en plus importante de la société civile, laissée dans l’ombre. Une fracture culturelle s’est durablement installée entre les « élites » et le peuple abandonné. Il est devenu poussif de tenter de criminaliser ses critiques contre le modèle dominant, acquis à une mondialisation protégée par l’antiracisme officiel. Les insurrections populaires qui partout se mettent en place rappellent que les nations et les souverainetés sont vulnérables et qu’elles doivent être défendues. Trump et Marine Le Pen l’ont compris. Ceux qui fustigent encore le populisme, c’est-à-dire le peuple prié de se taire, passent à côté d’une démocratie en pleine effervescence.

(1) Le crépuscule de la France d’en haut, Flammarion

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2016/09/bloc-notes-donald-trump-laubai.html

 http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2016/09/les-classes-populaires-ont-bri.html

1 réponse »

  1. Je profite que Rioufol cite dans son billet l’essai de Christophe Guilluy, « Le crépuscule de la France d’en haut », pour vivement recommander la lecture de ce livre.

    Guilluy avait écrit « Fractures Françaises » en 2011, livre où il m’avait donné une impression d’optimisme quant à la faculté de notre pays de ne pas sombrer dans le communautarisme.
    Puis dans « La France Périphérique », il décrivait ces deux « France » : celle bénéficiant ou protégée de la mondialisation, et celle, frappée et « victime » de cette division internationale du travail où « l’ouvrier occidental est trop cher et trop protégé ». Le ton devenait plus préoccupant.

    5 ans plus tard, ou devrais-je écrire « à peine cinq ans plus tard », Guilluy semble agacé et blasé de la situation de notre pays. Rien que le chapitre intitulé « la France, une société « américaine » comme les autres » donne le ton.
    Dans ce livre, il confirme les analyses du Lupus et Bertez, notamment sur la disclocation du corps social français. Chiffres et cartes à l’appui, il démontre que la fracture entre élite mondialisée (ceux des métropoles) et classes populaires (ceux de la France invisible) est irrémédiable.

    Là où son essai se démarque de ses précédents, c’est que Guilluy affirme qu’il n’y aura plus de retour en arrière : comme l’a souligné Rioufol, « une contre-société » a émergé sans dépendance d’avec « la France d’en haut ».

    D’ailleurs, Guilluy l’a bien compris : du Brexit au succès du FN en passant par Trump, c’est tout l’occident populaire rendu invisible et raciste – xénophobe – rural – plouc – replié – peu éduqué…etc. rayé la mention inutile, qui se recompose contre ses élites mondialistes.

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