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Elections US : Quoi qu’il arrive ce mardi 8 novembre, Trump a déjà gagné ! Par Alexis Toulet

Quoi qu’il arrive ce mardi 8 novembre, Trump a déjà gagné !

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Quoi qu’il arrive aujourd’hui, la principale surprise est bien que Donald Trump ait pu aller aussi loin. Qu’il remporte ou non l’élection, la politique américaine – et peut-être mondiale – ne sera plus jamais la même. En cela, Donald Trump a d’ores et déjà gagné.

Voici le message de clôture de la campagne de Donald Trump.

Notre mouvement existe pour remplacer un establishment politique raté et corrompu par un nouveau gouvernement contrôlé par vous le peuple américain. L’Establishment a des trillions de dollars en jeu dans cette élection. Pour ceux qui contrôlent les leviers du pouvoir à Washington et pour les intérêts privés mondiaux – ils sont en cheville avec ces gens qui ne veulent pas votre bien.

L’establishment politique qui essaie de nous arrêter est le même groupe responsable de nos accords commerciaux désastreux, de l’immigration illégale massive, et des politiques économiques et étrangères qui ont saigné notre pays à blanc. L’establishment politique a entraîné la destruction de nos usines et de nos emplois, qui fuient au Mexique, en Chine et dans d’autres pays du monde entier. C’est une structure de pouvoir mondiale qui est responsable des récessions économiques qui ont volé notre classe ouvrière, dépouillé notre pays de sa richesse, et mis cet argent dans les poches d’une poignée de grandes entreprises et entités politiques.

La seule chose qui puisse arrêter cette machine corrompue, c’est vous. La seule force suffisamment puissante pour sauver notre pays, c’est nous. Le seul peuple assez brave pour voter la fin de cet establishment corrompu c’est vous le peuple américain. Je fais cela pour le peuple, et pour le mouvement, et nous reprendrons ce pays pour vous, et nous rendrons à l’Amérique sa grandeur.

Une vidéo de 2 minutes, très efficace visuellement, publiée à deux jours de l’élection comme un résumé du message du candidat, comme l’image finale de qui est et de ce que veut Trump, avant que chaque Américain ne se prononce.

Message à la fois radical par la dénonciation globale des gouvernements américains quel que soit leur parti ainsi que de puissants intérêts privés qu’ils serviraient, et remarquablement positif, fondé sur l’espoir et non la peur, en plus de la colère.

Un puissant message populiste, dans le sens exact de ce mot – se présentant comme défenseur du peuple face à des élites faillies ou hostiles – qualificatif qui n’est pas considéré comme infâmant aux Etats-Unis, du moins pas au même degré qu’en France.

Bien sûr, quoique le fondement de ce message soit indubitablement vrai – le gouvernement américain est contrôlé et sert depuis belle lurette des intérêts privés qui n’ont pas le bien du peuple américain à coeur – la conséquence que Trump en tire comme quoi « (son) mouvement » arrivé au pouvoir formerait un gouvernement « contrôlé par le peuple américain » n’en découle pas obligatoirement. Nul n’est obligé de croire que le tribun ait véritablement les solutions.

Aujourd’hui, les chances des deux candidats sont équivalentes

Le graphique de l’évolution depuis un an des intentions de vote est révélateur et dit l’essentiel de ce qu’il faut savoir. Trump s’est toujours trouvé depuis un an soit à quelques points derrière Clinton, soit à un niveau équivalent. C’est-à-dire que toute chute dans les intentions de vote pour le milliardaire – faisant suite à quelque « sortie » verbale ou à quelque scandale – n’a pas manquée d’être compensée quelques semaines plus tard.

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Résiliance des sondages de Trump – absolument increvable depuis un an !

La chute des intentions de vote pour Trump constatée à la mi-octobre était ainsi la troisième en pas plus de cinq mois, et chacune des deux précédentes avait été suivie d’une remontée. Comme à chaque fois, Trump est remonté et il se situe aujourd’hui à un niveau quasi-équivalent dans les intentions de vote au niveau national – la différence dans la moyenne des sondages de l’ordre de 3% est dans la marge d’incertitude.

Quant à la carte prévisionnelle du collège électoral tel que la prévoient l’ensemble des sondages – rappelons que l’élection présidentielle américaine est indirecte, les citoyens élisant de « grands électeurs » qui élisent le président – elle est remarquablement équilibrée. Il suffirait d’un cheveu pour que la victoire bascule dans un camp ou dans l’autre.

On ne mesure pas suffisamment à quel point cet équilibre des chances est extraordinaire.

Le parallèle avec la France est éclairant. Marine Le Pen a multiplié le score du FN par 2 ½– de 10-12% à 27-28% – ceci en cinq ans et en se basant sur un parti existant, performance déjà impressionnante. Or c’est en un an et demi que Donald Trump s’est transformé de candidat « pour rire » suscitant les moqueries à un candidat rassemblant peu ou prou une moitié des votants, et disputant dans la dernière ligne droite l’élection à la présidence du pays le plus puissant au monde. Ceci en ne disposant de rien d’autre que de sa notoriété comme promoteur immobilier et personnage médiatique, et surtout pas d’aucun parti politique avant de prendre d’assaut le parti républicain. Contre non seulement le parti démocrate, mais encore une bonne partie du parti républicain, et encore le plus clair des grands médias. Et avec un contrôle de son expression publique bien plus lâche que celui de la présidente du Front National, ressemblant en réalité bien davantage à celui de Jean-Marie Le Pen.

Donald Trump soulignait cette performance lors du deuxième débat avec Hillary Clinton, dont on peut trouver ici un verbatim complet :

Donald Trump: –– (…) elle a dépensé des centaines de millions de dollars pour des pubs contre moi, dont beaucoup étaient complètement fausses. (…) Ce sont des centaines de millons, et la seule chose qui me réjouit c’est que j’ai vu les sondages aujourd’hui, et avec tout cet argent (…) plus de 200 millions de dollars dépensés (…) et soit je gagne soit je suis à égalité (…) et je n’ai pratiquement rien dépensé.

Bien sûr, le « pratiquement rien » est une exagération, en réalité il s’agit d’environ un tiers de ce que Clinton a dépensé. La différence d’efficacité reste frappante. Quoi qu’il arrive aujourd’hui, que Trump perde d’un cheveu ou qu’il soit élu du même cheveu, la surprise principale de cette année c’est bien qu’un mouvement aussi clairement populiste puisse arriver aussi loin.

Comment une telle chose est-elle possible ? Le mystère résiste à l’analyse

Nous ne sommes évidemment pas dans une élection ordinaire et les analyses basées sur « les choses telles qu’elle se passent d’habitude » se sont avérées fragiles, alors qu’à plusieurs reprises les experts politiques les plus réputés ont cru pouvoir annoncer que Trump était « fini », qu’il avait perdu toute chance de victoire, pour être bientôt démentis… avant de se convaincre à nouveau un peu plus tard de sa chute définitive et d’être encore démentis.

Une partie des présupposés et de ce qu’apprend l’expérience des élections passées est désormais faux. Il faut constater que des raisonnements étayés et appuyés sur une forte connaissance de l’histoire et du fonctionnement du système électoral et des préférences de la population américaine se sont révélés à plusieurs reprises dénués de pouvoir prédictif. Personne n’a de véritable explication étayée de cette force qui a fait remonter à chaque fois le tribun milliardaire, alors que tant de raisons auraient pu provoquer son explosion en plein vol.

Certes on peut parler de vague de révolte, mais ce n’est même pas une hypothèse explicative, ça ne va guère au-delà de la description.

On peut parler du mépris toujours plus évident d’une certaine classe politique pour la majorité des Américains, mépris d’autant plus stupide qu’il ne se même cache plus. Donald Trump s’était ainsi fait un nouveau thème de campagne de la sortie méprisante de Clinton envers les électeurs de son adversaire, avec un discours adressé à « Les Deplorables » – en français dans le texte – avec détournement de l’affiche du spectacle des Misérables.

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Donald Trump et « Les Déplorables »

Sortie de Clinton parallèle à celle de Mitt Romney en 2012 contre les « 47% » d’Américains qui seraient des assistés, qui ne contribua pas peu à lui faire perdre l’élection contre Obama. Ce mépris social contribue sans doute aussi à l’explication, mais ne peut rendre compte à lui seul d’un phénomène aussi puissant.

On peut encore remarquer que Trump s’est mis dans la position d’un homme seul contre un groupe – non seulement adversaire direct Hillary Clinton, mais encore principaux médias – position non pas strictement réelle, mais position qu’il semble avoir, du fait justement de l’opposition décidée et très visible des principaux médias. Or un homme contre un groupe – et encore, on serait parfois tenté de dire : contre une meute – c’est un tableau qui attire naturellement une certaine sympathie. Sans oublier qu’au moment le plus crucial, celui de la décision, le chef est toujours seul, et dans la mesure où Hillary Clinton est apparue comme simplement la première d’un groupe – le groupe de ceux qui attaquent Trump à l’écran – elle ressemblait alors moins à un véritable dirigeant que son adversaire. Mais là encore, difficile de prétendre y voir plus qu’un facteur contribuant au succès du tribun républicain.

La réalité c’est que comme Judy Garland découvrant le monde enchanté du Magicien d’Oz, nous ne pouvons que constater : « We’re not in Kansas anymore ». (« Nous ne sommes plus au Kansas »)

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« Toto, j’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas »

Ce n’est plus le système classique, les mécanismes bien huilés et le petit train-train du quotidien dans le meilleur des Washington possibles. Les choses sont en mouvement, peut-être profond, en tout cas de grande ampleur. Faire la distinction entre ce qui est possible – et qui surprend voire stupéfie, et qu’on aurait cru exclu – et ce qui reste impossible est extrêmement difficile. Les clés d’analyse utilisées jusqu’ici ont une valeur au minimum sujette à caution, et celles que l’on construira en tenant compte de l’analyse a posteriori de ces événements… eh bien il va falloir attendre un peu pour les avoir.

On comprendra certainement mieux les choses avec du recul, mais pour l’instant tout le monde est dans le brouillard, et mieux vaut l’avouer ouvertement.

L’Establishment joue à la roulette russe avec trois balles dans le barillet

Les enjeux de l’élection sont multiples.

A l’évidence, le mouvement de libéralisation du commerce, et sa conséquence la délocalisation des emplois des nations développées. Et encore l’ouverture aux mouvements migratoires de grande ampleur des Etats-Unis. Et la politique militaire américaine interventionniste des quinze ou vingt dernières années. Et aussi l’influence démesurée des grandes entreprises et des grandes banques dans la politique américaine, mécanismes de lobbying que Trump propose de sévèrement encadrer.

Vu les chances équivalentes des deux candidats, c’est en réalité le système politique démocrate-républicain – ou républicain-démocrate si l’on préfère – qui joue à la roulette russe… avec trois balles dans le barillet.

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« Tu penses que c’est ton jour de chance, punk ? Eh, t’en es bien sûr ? »

(Clint Eastwood est bien un partisan du milliardaire à la houppe orange)

Ce qui se joue, c’est aussi peut-être la vie d’un homme, Julian Assange. Rappelons que les révélations de Wikileaks ont montré que Hillary Clinton avait milité pour son assassinat. Le fait même qu’il soit encore vivant démontre que Barack Obama a dit Non au projet meurtrier de sa secrétaire d’Etat.

Mais si ladite secrétaire d’Etat prend la place du patron dans le Bureau Ovale… c’est elle qui aura la haute main sur la décision de faire tuer ou non le lanceur d’alerte et fondateur de Wikileaks.

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Il y a fort à parier que Julian Assange attend le résultat de l’élection avec une certaine angoisse.

Trump a en réalité déjà gagné

Si Clinton l’emporte, il est vrai que la libéralisation du commerce pourra – probablement – continuer encore quelque peu, que le partenariat étroit entre grands intérêts privés et forces politiques tiendra aux Etats-Unis, que l’ouverture à l’immigration y compris illégale et en masse continuera.

Il est vrai encore que celle qui serait la nouvelle présidente a toujours soutenu les projets d’intervention militaire dans les vingt dernières années, que non seulement elle dénonce avec des mots très forts la politique étrangère russe – Poutine étant comparé à Hitler – mais qu’elle laisse dans son entourage des gens qui disent ouvertement que le risque d’un affrontement militaire localisé avec la Russie en Syrie ne doit pas arrêter Washington. Et qu’elle a répété dans le deuxième débat contre Donald Trump son projet d’action militaire contre les forces syriennes, ceci alors qu’elle ne peut ignorer – les hauts responsables militaires américains l’ont dit publiquement devant le Sénat – que c’est impossible sans faire en même temps la guerre à la Russie. Le risque de dérapage vers une guerre américano-russe en Syrie sera donc ouvert.

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« Maman, j’ai peur. Je ne veux pas aller à la guerre »

« Chéri, arrête d’être égoïste. Je veux une femme président »

Cependant, même si Trump perd d’un cheveu, le mouvement qu’il a suscité ne disparaîtra pas du paysage. Que ce mouvement soit à l’avenir dirigé par Trump ou par un autre, les Américains qui ont soutenu par conviction sa candidature – sans doute la majorité des quelque 45% à 50% d’électeurs qui prévoient de voter pour lui – ne suivront pas de sitôt un responsable politique qui soutiendrait traités de libre-échange, politique militaire interventionniste et immigration élevée, comme à la fois les Démocrates et les Républicains les ont soutenus, si pas en paroles du moins dans les faits, depuis une bonne vingtaine d’années au bas mot.

En ce sens, il a déjà gagné. La politique américaine ne sera plus jamais la même. Le parti républicain en particulier n’aura pas d’autre choix s’il veut avoir la moindre chance de l’emporter à l’avenir de se placer dans les traces du tribun.

Et en cas d’élection, l’influence politique à l’international du mouvement populiste américain derrière le président Donald Trump en serait évidemment multipliée.

Il faut se représenter dans ce cas le troisième débat de la primaire Les Républicains jeudi 17 novembre… il se pourrait bien alors que plus d’un candidat se présente désormais avec une perruque orange à la mode Trump !

http://www.noeud-gordien.fr/index.php?post/2016/11/07/Quoi-qu-il-arrive-ce-mardi-8-novembre-Trump-a-d%C3%A9j%C3%A0-gagn%C3%A9

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EN BANDE SON : 

5 réponses »

  1. « un puissant mouvement populiste »,non vous faites erreur,un puissant mouvement populaire,vous tombez dans la même phraséologie de dénigrement du peuple que vos adversaires me semble t’il,populiste est un adjectif méprisant inventé pour la circonstance

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    • Je ne pense pas faire erreur. Populisme est un gros mot et un terme d’alerte et de mépris en France, mais pas nécessairement aux Etats-Unis.
      Le populisme américain est un courant politique qui a ses racines au XIXème siècle et qui a connu pendant longtemps une éclipse prolongée… avant de reparaître cette année avec une force assez phénoménale. Mais sans aller jusqu’à dire qu’il serait bien vu, il n’est pas considéré automatiquement et par réflexe comme synonyme de mensonge, démagogie, danger voire fascisme.
      Trump à ma connaissance ne se présente pas comme un populiste, mais si on définit le populisme comme la volonté – ou la posture, si la personne n’est pas sincère – de défendre le peuple face à des élites gouvernementales faillies ou hostiles, alors il me semble indubitable qu’il en est un, et la vidéo en tête de l’article le montre bien.
      La question du populisme revient à mon avis à savoir :
      1) si un fonctionnement en vase clos des élites gouvernementales les a menés à la cécité vis-à-vis des véritables intérêts du peuple, auquel cas un populisme est nécessaire
      2) dans le cas où le populisme est nécessaire – c’est-à-dire si la réponse à la première question est positive – alors dans ce cas : lequel ?
      Les Américains ont déjà choisi en ce qui les concerne, c’est Trump qui aura l’honneur et l’immense responsabilité de tenter de faire revenir les élites de son pays dans le service des intérêts de l’ensemble des citoyens plutôt que dans celui d’intérêts privés ou de théories détachées de la réalité.
      Quant aux autres pays, par exemple la France, la question du populisme se pose également : est-il nécessaire, et si oui lequel ?
      Cependant je suis d’accord qu’il est difficile d’utiliser maintenant le mot « populisme », qui a probablement trop longtemps été utilisé en France comme une insulte pour être récupérable, sauf à s’en expliquer longuement, ce qui est possible sur un site Internet comme je viens de tenter de le faire… mais allez essayer la même chose en trente secondes à la TV 😦 !
      Mais enfin pour donner des noms, oui à mon sens des gens comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon sont bel et bien des populistes. Et ce n’est pas une insulte, bien au contraire !

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