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Maison Blanche, Etats-Unis et Chine : Bannon et Thucydide

Quel rapport entre la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte et la politique extérieure de Donald Trump ? A la Maison-Blanche, sous l’impulsion de son stratège Steve Bannon et du secrétaire à la Défense James Mattis, ainsi que du porte-parole du Conseil national de sécurité (NSC) Michael Anton, il est devenu évident. Selon Politico Magazine le Pr Graham Allison a rencontré le mois dernier des membres du NSC pour évoquer le « piège de Thucydide », expression par laquelle il désigne la manière dont la peur face à une puissance émergente peut déclencher un conflit avec une puissance établie. Il s’agissait donc de transposer aux Etats-Unis et à la Chine ce constat de l’historien de l’Antiquité : « Ce qui a rendu la guerre inévitable, c’était la puissance grandissante d’Athènes et la peur que cela a fait naître à Sparte. » Selon le Pr Allison, une même dynamique pourrait pousser la Chine et les États-Unis vers une guerre qu’aucun de ces deux pays ne désire. Les proches conseillers de Donald Trump connaissent parfaitement Thucydide et sa vision très réfléchie des guerres dont il a rapporté l’histoire. Bannon, alors qu’il était encore à la tête de BreitbartNews, voyait ainsi ce nouveau média comme une jeune « Sparte » disciplinée face à la décadence toute athénienne de Fox – en une perspective renversée, puisqu’historiquement Athènes était la jeune puissance menaçante.

Les relations des Etats-Unis avec la Chine à la lumière de Thucydide

On a souvent dénoncé, sur le ton de la moquerie méprisante, l’inculture qui prévaut dans les milieux de gouvernement américain. Avec Mattis et Bannon, on est confronté à une « configuration peu habituelle », souligne l’universitaire : ils connaissent les classiques. Trump n’a sûrement pas lu Thucydide, mais selon le Pr Allison, il peut y avoir une affinité naturelle entre ces deux esprits. « On peut tenir Thucydide pour le père de l’école “réaliste” des relations internationales, selon laquelle les nations agissent au nom de leurs intérêts pragmatiques sans guère de considération pour l’idéologie, les valeurs, ou la moralité », commente Politico. Allison explique : « Il est le fondateur de la realpolitik » – le bien et le mal ne sont rien en comparaison avec la force.

Steve Bannon, James Mattis, Michael Anton, fans de l’Antiquité

Les leçons de la guerre du Péloponnèse ont un intérêt pour un monde qui se fracture, selon historien militaire conservateur Victor Davis Hanson, qui pose un regard positif sur les conseillers du président à cet égard : « Je crois que leur connaissance de Thucydide peut leur rappeler que le monde fonctionne selon son intérêt, tel qu’il le perçoit, et non pas au nom d’un idéalisme tel que l’exprime l’assemblée générale de Nations unies. Cela ne signifie pas qu’ils sont cyniques, mais plutôt qu’ils ne sont pas naïfs. » Les vraies motivations des conflits seraient donc « la peur, l’honneur, l’intérêt », trois facteurs identifiés par Thucydide il y a 2.500 ans et récemment cités à la fois par Mattis et McMaster. Pour Mattis, il est clair qu’il va falloir « gérer la compétition avec la Chine » en ayant les leçons de Thucydide à l’esprit. « Les Etats-Unis vont devoir maintenir une force militaire très puissante de manière à ce que nous diplomates parlent toujours depuis une position de force en négociant avec une puissance émergente », a-t-il pu déclarer.

Session d’études d’histoire à la Maison Blanche

Allison, de son côté, juge la confrontation possible mais non inévitable. Dans un récent ouvrage, il détaille 16 conflits entre une puissance établie comme Sparte face à un rival émergent comme Athènes : ils ont abouti à une guerre dans les trois quarts des cas, mais, pour quatre d’entre eux, ont été résolus de manière pacifique. On se demande maintenant dans la presse américaine si Trump et ses conseillers vont vouloir écouter cette leçon de modération ou si au contraire les mises en garde de Thucydide seront comprises comme un encouragement à l’hostilité face à la mise en évidence de la menace chinoise. Ce qui manque peut-être dans l’analyse, c’est la prise en compte de la menace, moins immédiatement visible mais plus puissante, de l’« idéal » mondialiste qui peut compter les points lors de confrontations dialectiques de cette sorte et utiliser l’un ou l’autre partenaire – et parfois les deux – à son propre profit.

Anne Dolhein

http://reinformation.tv/maison-blanche-steve-bannon-relations-etats-unis-chine-thucydide-dolhein-71759-2/

Le site du forum économique mondial, expression du forum de Davos, institution mondialiste s’il en est, publie un éditorial qui déplore la place prépondérante du Nord dans les institutions internationales et préconise une diversification ethnique. Le Forum de Davos passe ainsi en revue les principales institutions internationales pour établir le poids qui pèsent les nations développées du Nord, d’Europe et d’Amérique. Par exemple, depuis 1946, le président de la banque mondiale est citoyen américain. Quant au FMI, tous ses directeurs généraux jusqu’à Christine Lagarde incluse ont été européens, cinq des six derniers étant français.

La place prépondérante du Nord héritée du XXème siècle

Les cinq directeurs exécutifs du programme alimentaire mondial ? Américains. Les chefs des opérations de maintien de l’ordre de l’ONU ? Français. Les coordinateurs de l’humanitaires ? Britanniques. Les chefs du haut comité des réfugiés ? Européens ou Japonais. L’article ne prend en compte ni l’importance de la contribution pécuniaire des Etats-Unis aux budgets internationaux, ni celle de la contribution de la France en soldats. Il ne veut considérer que l’affirmation suivante : la répartition des postes reflèterait selon lui un équilibre du monde tel qu’il existait au siècle dernier, au lendemain de la seconde guerre mondiale en particulier, « l’architecture politique du vingtième siècle et l’idéologie occidentale ». Aussi le forum de Davos appelle-t-il à dépasser cette « approche antique » et à tenir compte de la « diversité » du monde actuel au détriment d’un Nord dominateur.

Le forum de Davos : rééquilibrer les institutions internationales

Il note en particulier que la Chine est devenu le premier investisseur en Afrique, le premier partenaire commercial et le premier donateur bilatéral. Elle participe aussi au projet d’infrastructures massives connue sous le nom de One Belt One Road initiative (initiative une ceinture une route) qui est comparable au plan Marshall et touche quatre milliards de personnes appartenant à soixante-huit nations. Le forum de Davos en infère que cela devrait se traduire par une entrée importante des Chinois à la direction des institutions internationales. Il cite en exemple de récent discours de Theresa May. Le premier ministre britannique, qui cherche un rôle global pour le Royaum-Uni, après le Brexit, dans l’organisation mondialiste de la planète, y appelle à une méritocratie indépendante de l’origine des dirigeants. Les apparatchiks du mondialisme doivent venir aussi du Sud. La nomination d’un Ethiopien à la tête de l’OMS le premier juillet va dans ce sens et se trouve saluée par le forum économique de Davos.

Pauline Mille

http://reinformation.tv/forum-davos-place-nord-institutions-internationales-mille-71806-2/

 

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