1984

Trust et concurrence tronquée : Amazon, 50 % du commerce par internet aux Etats-Unis, optimisation fiscale mais juteux contrats publics

Amazon, 50 % du commerce par internet aux Etats-Unis, optimisation fiscale mais juteux contrats publics

Capitalisme des Copains et des Coquins !

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Les alignements de devantures fermées. Ce n’est pas seulement la faute des grandes surfaces situées à la périphérie des villes. Les géants du commerce par internet, Amazon en tête, vampirisent le commerce physique, mettent en péril des millions d’emploi et pratiquent une indécente optimisation fiscale tout en passant d’énormes contrats publics, en particulier en Grande-Bretagne.
 
Russell Grandinetti, premier vice-président d’Amazon pour le commerce international, affiche son mépris souverain face à l’impact catastrophique des activités du géant mondial sur le commerce de détail et ses emplois, renvoyant la responsabilité de la réponse sociale « aux gouvernements » : « Ce n’est pas à nous d’y répondre, notre rôle c’est de bien faire ce que nous faisons ». Mais pendant ce temps sa société paie une (grosse) partie de ses impôts ailleurs !
 

Amazon est en passe de contrôler 50 % du commerce par internet aux Etats-Unis

 
Selon eMarketer, Amazon est en passe de contrôler 50 % du marché du commerce sur internet aux Etats-Unis, approchant les mille milliards de dollars de chiffre d’affaire. Amazon se développe de façon très agressive dans d’autres secteurs, stockage de données sur le « cloud », équipements électroniques et même vidéo en ligne.
 
Le président américain Donald Trump est l’une des rares dirigeants à exprimer sa préoccupation face à la domination croissante d’Amazon sur le commerce. Il relève en particulier que le géant paie peu d’impôts tout en poussant quantité de détaillants à la faillite. « J’ai exprimé ma préoccupation concernant Amazon bien avant mon élection », a-t-il écrit en mars dernier. « Contrairement à d’autres, (le géant) paie peu voire pas d’impôts à l’Etat et aux autorités locales, se sert de notre service postal comme de son petit livreur (entraînant de considérables pertes pour l’Etat fédéral) et pousse au dépôt de bilan de nombreux détaillants », accusait-il.
 

Amazon, optimisation fiscale mais des dizaines de millions de livres de contrats publics

 
Défense de Russell Grandinetti : « Nous avons créé des quantités d’emplois, non seulement dans notre entreprise – 100.000 l’an dernier aux Etats-Unis, 5.000 en Grande-Bretagne – mais aussi chez nos sous-traitants. » Pas un mot sur ceux qu’Amazon a détruits ni sur les conditions de travail effroyables auxquelles sont soumis ses salariés. En Grande-Bretagne, l’Etat paie des dizaines de millions de livres à Amazon pour des contrats publics, alors que le géant mondial pratique l’optimisation fiscale à grande échelle.
 
Selon des documents officiels britanniques, Amazon a bénéficié de contrats publics à hauteur de 11,8 millions de livres (13,26 millions d’euros) pour le seul premier trimestre 2018. Le Daily Telegraph a révélé que la filiale logistique britannique Amazon UK Services avait diminué le montant de son impôt sur les sociétés à seulement 4,6 millions de livres pour 2017, malgré des bénéfices en hausse, à 79 millions de livres. Amazon se garde de publier le montant de ses impôts sur son commerce de détail, qui forme le plus gros de son revenu au Royaume-Uni, lequel se monte à 9 milliards de livres.
 
Cette année, les paiements du gouvernement britannique à Amazon ont encore notablement augmenté avec l’utilisation par l’administration de l’Amazon Web service, le « cloud » du géant américain. En 2017, Amazon a bénéficié pour 16,3 milliards de livres en contrats gouvernementaux.
 

Amazon ne révèle sa fiscalité outre-Manche que pour des secteurs minoritaires

 
Les fiscalistes dénoncent l’insuffisante exigence de transparence pour les entreprises passant des contrats publics au Royaume-Uni. Pour Richard Murphy, professeur à la City University de Londres, « l’une des principales conditions d’accès aux marchés publics devrait être l’indication du montant des impôts payés par l’entreprise contractante au pays concerné ». Or Amazon ne révèle sa situation fiscale outre-Manche que pour les seuls secteurs de sa logistique et des services internet. Etrangement, le plus gros de son activité, son commerce de détail, est principalement porté par sa branche européenne basée au Luxembourg.
 
En début d’année, le gouvernement britannique a publié un plan destiné à instaurer des taxes sur le chiffre d’affaires des entreprises technologiques plutôt que sur leurs bénéfices. A gauche, le député travailliste Margaret Hodge prône une taxation « beaucoup plus agressive pour défendre les intérêts du peuple britannique », tout en déplorant que les autorités « restent pusillanimes ». Pour son collègue Darren Jones, « les entreprises globales réussissent à payer leurs impôts dans des pays à fiscalité favorable depuis des années, or l’augmentation du commerce et des achats en ligne en ont fait un très grave problème ». Un rapport du gouvernement publié en mars explique que « l’actuel décalage entre les lieux où le commerce numérique est taxé et ceux où il crée de la valeur menace la sincérité, la soutenabilité et l’acceptation par le peuple de la fiscalité des entreprises ».
 

Au citoyen d’arbitrer entre le commerce physique et les entrepôts cauchemardesques d’Amazon

 
Un porte-parole d’Amazon a répliqué que la fiscalité des entreprises est basée, au Royaume-Uni, sur les bénéfices et que ceux-ci sont restés modestes, alors qu’Amazon a investi 9,3 millions de livres au Royaume-Uni depuis 2010. L’administration fiscale britannique « refuse tout commentaire sur des contribuables identifiables » et se dit convaincue que « les grandes entreprises (…) paient tous les impôts prévus par la loi ».
 
Il reste au citoyen d’arbitrer entre le commerce vivant de son pays et de sa province et la lâche facilité de commander sur internet aux cauchemardesques entrepôts des géants mondiaux. Le commerce numérisé et globalisé enferme l’homme dans la solitude du consommateur anonyme. Les frontières, celles qui protègent les peuples, ne sont plus pour lui que d’insupportables obstacles à sa cupidité.
 

Matthieu Lenoir

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Le mois dernier, on a appris que Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, était à la tête d’une fortune désormais estimée à 150 milliards de dollars (environ 130 milliards d’euros). Cela fait de lui l’unique “hectomilliardaire” de cette planète et cela signifie qu’il est 2 millions de fois plus riche que la famille américaine moyenne. Mais la fortune du patron d’Amazon est aussi révélatrice de la montée des inégalités et d’un environnement de plus en plus favorable aux entreprises, au détriment des salariés. 
Bezos s’est hissé à cette position grâce à son ingéniosité et son sens des affaires. Amazon a changé la manière de vivre de beaucoup de personnes dans le monde.

La fortune de Bezos comme symptôme d’un échec politique

“Mais sa fortune est aussi un échec politique, la mise en accusation d’un système d’imposition et de transfert et d’un environnement commercial et réglementaire conçu pour permettre de maximiser les gains et encourager l’accumulation de richesse au sein d’une minorité. Bezos n’a pas uniquement gagné ses 150 milliards de dollars. À certains égards, nous les lui avons donnés, peut-être au détriment de nous tous”, écrit Annie Lowrey de The Atlantic.

1000 articles manipulés chaque jour, 24 km de marche et des salaires inférieurs au salaire minimum national

La moitié des salariés d’Amazon gagnent moins de 28 446 $ (23.346 €) par an. Le salaire de départ d’Amazon est d’environ 5 dollars de moins que le salaire minimum national, et le salaire à plein temps médian est, lui, inférieur d’un dollar. Le faible coût de sa main d’oeuvre explique largement pourquoi l’entreprise est aussi rentable et dispose d’argent pour investir dans son expansion. Mais c’est le contribuable américain qui en paye le prix, car il doit financer les programmes d’aides sociales mis en place pour atténuer les effets de ces salaires de misère. Dans l’État d’Arizona, un tiers des employés d’Amazon dépendent des bons alimentaires donnés par l’Etat américain aux citoyens les plus pauvres, rappelle Lowrey.

Certains des employés de la firme se plaignent de ne bénéficier que de 6 minutes de pause pour aller aux toilettes au cours de leur journée de travail. La cadence à laquelle ils travaillent dans les entrepôts est étroitement surveillée, il sont conduits à manipuler jusqu’à un millier d’articles par jour et à marcher près de 24 km. Beaucoup se plaignent des faibles salaires horaires, des violations du code du travail dans ce domaine et des représailles que la firme inflige à ceux qui osent en parler.

Des clauses de non-concurrence pernicieuses

Désormais, les contrats de travail d’Amazon, comme ceux d’autres grandes entreprises, contiennent des clauses de non-concurrence valables pendant une durée de 18 mois après le départ du salarié. Mais compte tenu de la vaste étendue des activités d’Amazon, cela signifie que les salariés qui sont tenus de les respecter sont contraints de renoncer à de multiples opportunités.

Cela implique également qu’ils ne peuvent pas accepter la proposition d’un chasseur de tête ou d’une entreprise concurrente pendant leur emploi chez Amazon. De ce fait, la concurrence qu’Amazon subit de la part des autres entreprises pour recruter les meilleurs talents est limitée, ce qui tend à bloquer les augmentations de salaires. Ce phénomène est maintenant considéré comme l’un des facteurs qui expliquent pourquoi les salaires stagnent actuellement aux États-Unis, alors que le pays est pratiquement en situation de plein emploi.

Amazon contribue à faire baisser les salaires

Dans une étude datant du début de cette année, The Economist a montréque l’ouverture d’un centre de distribution Amazon dans une région contribuait à faire baisser les salaires du secteur de la logistique de cette région. Le salaire moyen des personnels d’entrepôt se monte à 45 000 $ par an aux Etats-Unis, mais ce montant est ramené à 41 000 $ dans les comtés où l’on trouve des centres de distribution Amazon. La même étude révèle que l’installation d’un entrepôt Amazon dans une région donnée fait chuter les salaires du secteur de 3 % après 2 ans et demi.

Enfin, Amazon veut empêcher à tout prix ses employés de se syndicaliser. Il aurait été jusqu’à fermer les unités où les travailleurs tentaient de s’organiser, aurait licencié les employés en faveur d’une syndicalisation et demandé à des cabinets juridiques de trouver un moyen d’empêcher les actions dans ses entrepôts aux États-Unis.

Une domination qui pervertit le marché

La taille énorme d’Amazon, sa domination, et sa situation de monopole lui permettent d’imposer ses prix d’achat à ses fournisseurs et de les fragiliser en conséquence, de négocier avec les villes et les Etats pour recevoir des subventions et payer moins d’impôts, ou encore d’imposer des salaires plus faibles à ses salariés.

“Toutes ces tendances ont eu pour effet d’augmenter les revenus [des plus riches], de supprimer le pouvoir des travailleurs et d’aider les individus les plus hauts placés dans l’échelle des revenus à transformer de simples revenus en fortune à développement perpétuel et automatique”, écrit Lowrey.

“La période depuis 1973 a été déterminée par une chute du pouvoir d’achat du salaire minimum. Elle se caractérise par un déclin rapide de la densité syndicale et par la chute du taux d’imposition maximum, mais aussi par la présence de clauses de non-concurrence dans les contrats de travail des salariés des services à faibles salaires”, affirme Mark Price, un économiste du travail du Keystone Research Center. Il assure donc que ces facteurs sont à l’origine des inégalités de revenus.

Trump aboie mais ne mord pas

Le président américain Donald Trump ne perd jamais une occasion de fustiger Amazon, ou le Washington Post, que possède Jeff Bezos. Mais son administration a réduit le taux de l’impôt aux sociétés, maintenu les niches fiscales et applique désormais une politique qui favorise les Américains les plus aisés, plutôt que les travailleurs de la classe moyenne.

“Le résultat de ces décennies de tendances et de choix politiques, c’est que Jeff Bezos a accumulé une fortune de 150 milliards de dollars, tandis que la famille américaine moyenne est plus pauvre qu’elle ne l’était du temps de la grande récession”, résume Lowrey.

Le problème, ce n’est pas que Jeff Bezos a fait quelque chose de mal en accumulant une telle richesse, ou en créant des entreprises aussi rentables et aussi révolutionnaires pour le monde. Mais la concentration de richesses entre les mains d’une minorité est mauvaise pour l’économie et le pays [le monde], et le gouvernement n’est pas parvenu à y mettre fin. L’augmentation des inégalités alimente la polarisation politique et ralentit la croissance économique.

“La fortune extraordinaire de Bezos montre que le jeu est truqué. Il est simplement parvenu à y jouer mieux que les autres”, conclut Lowrey.

OK++++++++++++++++++++++++++++++++++++

EN BANDE SON :

 

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