1984

George Soros et la société ouverte. Deuxième partie

Nous avons souvent évoqué à l’Observatoire l’activité multiforme de George Soros dans les médias et comme un des intervenants majeurs du monde libéral libertaire. Le premier livre en français consacré à Soros vient de paraître aux éditions Le Retour aux sources, sous la signature de Pierre-Antoine Plaquevent. Avec l’autorisation de l’éditeur, nous en publions les bonnes feuilles sur quatre articles. Le premier analysait l’origine des fonds de George Soros, la spéculation contre les monnaies. Le deuxième traite du soft power. Certains intertitres sont de notre rédaction.

Ingérence humanitaire et soft-impérialisme

Comme il l’expose lui-même au début de “La Société ouverte et ses ennemis”, Karl Popper se veut le promoteur d’une ingénierie sociale fragmentaire, c’est-à-dire une ingénierie sociale qui progresse et transforme la société par étapes et par « interventions limitées », de manière quasi furtive et par touches imperceptibles. Une forme de constructivisme sociopolitique qu’il oppose à l’ingénierie sociale utopique et révolutionnaire de type marxiste. (…) Le mode opératoire de George Soros et de l’Open Society s’avère être une reconfiguration permanente et extrêmement bien maitrisée des processus sociopolitiques contemporains. Dès lors, l’idée de société ouverte se présente comme un outil d’ingénierie sociale incroyablement efficace : un prétexte démocratique et une idée-force mobilisatrice dont l’horizon d’attente est l’intégration de toute l’humanité sous la forme d’un œkoumène mondial unifié. Afin de donner une forme concrète à ce concept opératif, il fallait à George Soros forger l’outil adéquat pour son ambition planétaire. C’est dans ce but que George Soros lancera sa fondation en 1979, lorsqu’il eut décidé qu’il avait accumulé assez d’argent pour commencer son action métapolitique. Appelé autrefois Open Society Institute (OSI), son réseau de fondations s’appelle aujourd’hui Open Society Foundations. (…)

Soft power et intérêts américains

George Soros est passé maître en matière de soft power et il aime se présenter comme un homme de paix, pourfendeur des fauteurs de guerre et des nationalismes. Une sorte de Robin des Bois milliardaire qui viendrait aider, partout dans le monde, les faibles et les démunis, écrasés par la tyrannie des “sociétés closes”. Pourtant, comme en ce qui concerne l’origine de sa fortune, l’indépendance de l’Open Society envers les appareils de renseignement militaire anglo-américain constitue un bel exemple de “story telling” à destination des médias et du grand public. Une narration angélique qui ne résiste pas à un examen plus approfondi : les liens qui existent entre son réseau mondial de fondations et le complexe militaro-industriel américain ou les réseaux néo-conservateurs bellicistes sont en fait bien réels. Sans ces liens, on ne peut pas comprendre l’implication et le laisser-faire dont dispose l’Open Society sur ses différents théâtres d’opérations dans le monde entier. Le soft power de l’Open Society peut être considéré comme la poursuite de l’impérialisme anglo-américain par d’autres moyens que ceux du hard power. Des liaisons que résumait le journaliste Neil Clark dans un article de 2003, au moment où George Soros s’investissait bruyamment dans les campagnes d’opinion anti George Bush, Jr. :

« Jetez un coup d’œil aux membres du conseil d’administration des ONG qu›il organise et finance. Chez Human Rights Watch, par exemple, il y a Morton Abramowitz, secrétaire d’État adjoint pour le renseignement et la recherche de 1985 à 1989, et maintenant membre du Council on Foreign Relation ; l’ex-ambassadeur Warren Zimmerman dont le passage en Yougoslavie a coïncidé avec l’éclatement de ce pays (il fut le dernier ambassadeur américain en Yougoslavie) ; et Paul Goble, directeur des communications à Radio Free Europe/ Radio Liberty, créée par la CIA (que Soros finance également). L’International Crisis Group de Soros se vante de personnalités “indépendantes” telles que les anciens conseillers pour la Sécurité nationale Zbigniew Brzezinski et Richard Allen, ainsi que le général Wesley Clark, ancien commandant allié suprême de l’OTAN pour l’Europe. Le vice-président du groupe est l’ancien député Stephen Solarz, décrit comme “le principal tacticien législatif du lobby israélien au Capitole” et un signataire, avec Richard Perle et Paul Wolfowitz, d’une lettre notoire au président Clinton en 1998 appelant à une “stratégie politique et militaire globale pour renverser Saddam et son régime”. Jetez aussi un coup d’œil aux partenaires commerciaux de Soros. Au Carlyle Group, où il a investi plus de 100 millions de dollars, on compte l’ancien secrétaire d’État James Baker et l’ancien secrétaire à la Défense Frank Carlucci, George Bush, Sr. et, jusqu’à récemment, les proches d’Oussama Ben Laden. » (1) (…)

Non seulement le personnel mais l’agenda même des interventions humanitaires de l’Open Society correspond à l’extension des intérêts américains dans le monde depuis les années 70 : que ce soit en Afrique, au Proche-Orient ou en Europe de l’Est, l’OSF est présent régulièrement en amont ou en aval de l’interventionnisme américain armé. À la manière d’un Zbigniew Brzezinski ou d’un Kissinger, George Soros est en fait favorable à une vassalisation et à une dilution progressive des souverainetés étatiques dans un système de gouvernance mondial inclusif, l’impérialisme direct lui apparaît comme trop visible et même risqué à moyen terme :

« La stratégie de Soros pour étendre Pax Americana diffère du modèle de Bush, en particulier dans sa subtilité. Mais c’est tout aussi ambitieux et tout aussi mortel. Les libéraux de gauche, qui admirent son soutien pour certaines de leurs questions favorites telles que les droits des homosexuels et la légalisation des drogues douces, le laissent s’en tirer à bon compte. » (2)

Ainsi, après avoir sauvé de la faillite George Bush dans les années 90, George Soros investira 15 millions de dollars dans la campagne électorale de 2004 afin de contrer sa réélection. George Soros s’opposera aux néo-conservateurs et au clan Bush, précisément au sujet de cette question tactique, au moment de la seconde guerre américaine contre l’Irak, en 2003. (…)

L’Open Society, un outil d’ingérence universel

On voit dès lors que l’impérialisme contemporain possède deux stratégies principales à sa portée : la voie dure, qui passe par la domination et la sujétion militaire et armée directe (« Shock and Awe »« Desert Storm », etc.) et la voie douce qui utilise quant à elle l’humanitaire et le soft power. (…) L’hégémon impérial contemporain peut ainsi avoir recours à un ensemble de technologies politiques très élaborées en dehors du pur hard power militaire ; mais parmi celles-ci, peu sont comparables dans l’envergure de leurs moyens et de leur champ d’action à l’Open Society de George Soros. La spécificité de l’Open Society Foundations étant d’opérer sur des thématiques sociales, sociétales ou métapolitiques sur tous les continents. Un outil d’autant plus efficace qu’il se présente comme indépendant des États ou des institutions internationales. De plus, si la plupart des ONG concentrent leur action et leurs moyens sur un thème précis, l’Open Society peut quant à elle, avec son idéal de société ouverte, embrasser tout le champ du possible des actions non gouvernementales. Comme l’expose la présentation officielle de l’OSF :

« Les fondations Open Society soutiennent aux quatre coins du globe des personnes et des organisations qui se battent pour promouvoir la liberté d’expression, des gouvernements transparents qui rendent des comptes, et des sociétés plus justes et plus égalitaires. Cela se traduit souvent par une attention particulière envers ceux qui souffrent de discriminations pour le simple fait d’être eux-mêmes, tels que les Roms en Europe, et d’autres forcés de vivre en marge de la société. » (3)

On peut difficilement trouver plus globaliste que l’Open Society comme réseau d’organisations non gouvernementales, dans la mesure où son influence s’affirme comme réellement planétaire. Au vu des sommes investies depuis sa création, on peut considérer que l’Open Society Foundations est l’un des outils les plus puissants au monde en matière d’influence et d’ingérence :

« À ce jour, les fondations Open Society comptent vingt-trois fondations nationales et régionales, chacune d’entre-elles étant dotée de son propre conseil consultatif. Les membres de ces conseils supervisent les activités et décident des priorités en termes de financement afin de répondre au mieux aux besoins locaux. La première fondation fut créée en Hongrie en 1984 ; la plus récente fut ouverte en Myanmar en 2016. » (4)

Migration, dépénalisation des drogues, nouvelles normes sociétales (théories du genre, propagande LGBT), déstabilisations de régimes politiques, liberté de la presse, écologie : l’activité de l’OSF touche tous les sujets de société sensibles sur la plupart des continents. (…)

Un budget d’un milliard de dollars en 2018

Le budget officiel de l’OSF pour l’année 2017 était évalué à 940,7 millions de dollars. Pour 2018, ce budget a rejoint les 1, 005 milliard de dollars, ce qui représente une augmentation de plus de 60 millions de dollars en un an. Les dépenses totales de l’OSF depuis sa création sont estimées quant à elles à 14 milliards de dollars pour ses 33 années d’activité. Cela donne une idée de l’ampleur démesurée des moyens dont dispose le réseau Open Society Foundations. Comme l’indique le site de l’Open Society, George Soros a fait don à l’OSF depuis 1984 de 32 milliards de dollars sur sa fortune personnelle si on inclut les derniers 18 milliards de dollars qu’il a légués en 2017. Le budget que l’Open Society consacrait à la seule question migratoire en 2018 était de 63,3 millions de dollars. Aussi, en septembre 2016, George Soros promettait d’investir 500 millions de dollars de placements en actions dans des investissements qui bénéficient aux migrants. (5)

Avec une telle force d’influence, George Soros peut véritablement être appelé « un homme d’État sans État » comme il se définit lui-même.

Notes

Pierre-Antoine Plaquevent, Soros et la société ouverte, Le Retour aux sources éd. octobre 2018, 366p, 25 €. Site de l’éditeur : leretourauxsources.com

https://www.ojim.fr/george-soros-et-la-societe-ouverte-deuxieme-partie/

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