Art de la guerre monétaire et économique

Economisme : La BCE ne sait plus comment stopper le monstre qu’elle a créé

La BCE ne sait plus comment stopper le monstre qu’elle a créé

  Dominique Dewitte  8 mars 2019 Express be

L’euro a dévissé après que le président de la BCE, Mario Draghi, a annoncé jeudi qu’il fournirait à nouveau des prêts à long terme bon marché (TLTRO) aux banques européennes à partir de septembre. Cela devrait encourager les banques à octroyer davantage de prêts aux entreprises et aux ménages.

La BCE maintiendra ses taux d’intérêt actuellement bas au moins jusqu’à la fin de 2019. Les banques peuvent emprunter de l’argent à la BCE à un taux de 0 %. Lorsqu’elles déposent leurs liquidités en dépôt à la BCE la nuit, elles paient un taux de 0,4 % sur ces dépôts.

Selon la BCE, cette mesure est nécessaire en raison du ralentissement de la croissance économique et de la baisse de l’inflation.

La BCE a revu à la baisse les prévisions de croissance de l’économie de la zone euro de 1,7 % à 1,1 %. La prévision d’inflation est également ajustée à la baisse à 1,2 %, contre 1,6 % dans une prévision faite par la banque en décembre.

Draghi: « Les risques restent négatifs »

Selon Draghi, les risques restent principalement négatifs et l’économie de la zone euro souffre de risques géopolitiques et de restrictions commerciales.

Par rapport à mars 2018, l’euro est déjà devenu exactement 10 % moins cher par rapport au dollar américain. A cette époque, la monnaie unique valait 1,25 dollar par euro. Jeudi, sa valeur est tombée  1,12 dollar.

Les décideurs politiques sont dos au mur

Au terme de sa réunion du 7 mars 2019, la BCE vient de laisser ses taux directeurs inchangés à 0 % jusqu’à la fin de 2019, au lieu de l’été 2019, et même très probablement jusqu’à 2020. Elle s’engage également à réinvestir sur le marché obligataire l’intégralité des remboursements de titres arrivant à l’échéance déjà à l’actif de son bilan, « pendant une période prolongée après la date à laquelle elle commencera à rehausser ses taux » , ce qui, en langage clair, signifie : pas avant 2021 ! Il est même précisé : « aussi longtemps que nécessaire pour maintenir les liquidités favorables et un degré élevé de soutien monétaire », ce que l’on pourrait traduire par : « pour l’éternité ».

Et, cerise sur le gâteau, pressentant l’explosion à venir du côté des banques et de l’État italien, la BCE va encore beaucoup plus loin que la Fed américaine. Elle s’engage à perpétuer, de septembre 2019 jusqu’à mars 2021, une série d’opérations de refinancement exceptionnels TLTRO (Targeted longer-term refinancing operations) à taux zéro, voire négatifs, pour sauver les banques européennes, et plus particulièrement italiennes, menacées de faillite immédiate. La BCE nous assure qu’elle n’est pas à court d’instruments, mais ses digues semblent bien fragiles face à l’endettement public et privé qui continue d’augmenter tandis que la croissance économique ralentit de la zone euro jusqu’à la Chine et au Japon.

En décembre dernier, Steen Jakobsen, l’économiste en chef de la banque danoise Saxo Bank, avait déjà mis en garde contre ce scénario.

« La hausse du prix de l’argent et la diminution du montant d’argent disponible, le renversement de la mondialisation et la récente flambée des prix de l’énergie ont mis nos décideurs en échec« , écrit Jakobsen dans un e-mail adressé à notre équipe rédactionnelle.

« A quoi ressemblera cette panique ? Les politiciens, qui feront tout leur possible pour maintenir à flot une économie qui se contracte rapidement. Une économie qui souffre encore des conséquences des erreurs commises au cours des dix dernières années et tout cela six mois à peine après qu’on nous ait annoncé la fin de la criseQuel dommage! « , écrit le Danois.

Selon Jakobsen, après la crise financière de 2008, le cycle économique a été remplacé par un cycle de crédit, qui a fait grimper les cours des actions, a peu profité à l’économie elle-même et a entraîné la plus grande inégalité des revenus depuis des générations.

« La pression pour dépenser de l’argent ne fera qu’augmenter après les élections législatives européennes »

Aujourd’hui encore, Jakobsen reste très sceptique quant à l’avenir. « Après que la Chine, la Banque d’Angleterre et la Fed aient déjà fait marche arrière, c’est maintenant au tour de la BCE – Comme c’est prévisible. »

Pourquoi le TLTRO commencera-t-il en septembre ? Parce qu’après les élections au Parlement européen, l’accent sera mis sur les dépenses sous la pression du camp populiste et du parti MMT. (MMT est l’anglais pour « théorie moderne de la monnaie » ou une théorie selon laquelle la peur des déficits publics est imaginaire.)

Le monstre ne peut plus être arrêté

Ces derniers remporteront leur bataille parce que la BCE est désormais incapable d’arrêter le monstre d’un marché qu’elle a créé elle-même.

Le fait que le prix de l’argent soit encore réduit fait ZERO différence, selon Jakobsen. Il s’agit simplement d’une forme déguisée d’aide d’État. En outre, après l’Italie, l’Allemagne va bientôt tomber en récession, et l’euro deviendra si bon marché que les actions deviendront plus attractives et le rideau tombera finalement sur cette politique en 2020.

Les problèmes économiques sont structurels et non cycliques

« 2020 sera l’année du vrai changement, où les politiciens et les banques centrales risquent de ne plus pouvoir s’en sortir si facilement. Bienvenue dans la grande finale de « extend-and-pretend » (« reporter et prétendre »), l’expérience monétaire la plus misérable de l’histoire. »

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre: Mario Draghi restera dans l’histoire en tant que tout premier président de la BCE qui n’aura jamais augmenté les taux d’intérêt avant de se retirer en octobre et qui restera donc comme le «cauchemar» de tout épargnant.

Quelqu’un qui, à l’instar de ses collègues présidents de banque centrale, ne semble pas comprendre que l’économie mondiale est confrontée à un problème structurel, plutôt que cyclique. L’inflation, les guerres commerciales et les tensions géopolitiques en sont les symptômes. Peu importe combien de milliers de milliards vous continuez à injecter dans l’économie. La cause est ailleurs. Quelque chose qui a déjà été mentionné dans un rapport du FMI en 2014.

Que s’est il passé en Europe ?

Il s’est passé une chose très simple à savoir que: les mesures précédentes ayant échoué il faut en prendre de nouvelles. Cela n’aurait jamais du arriver.

De nouvelles? Non pas tout à fait puisque ce sont les mêmes que celles qui ont précisément échoué!

On  attendait une poursuite de la normalisation monétaire, on attendait la fin des remèdes, des dopages; on attendait une tentative de retour à la normale avec hausse des taux et arrêt des distributions de liquidités gratuites et c’est le contraire, qui est en train d’être annoncé.

Les réactions des marchés n’ont pas été très positives puisque le secteur bancaire a fortement chuté tandis que le refuge par excellence le Bund  allemand a été recherché, son rendement  se rapprochant du niveau de crise, le niveau négatif!

On va payer à nouveau pour avoir le droit de prêter son argent pendant 10 ans à l’Allemagne.

Les marchés espéraient un paquet cadeau encore plus généreux que le T-LTRO qui a été annoncé! Toujours plus!

Cela c’est pour les médias, mais la réalité c’est que la prise de conscience du fait que le Roi est nu a fait mal.  En fait la fameuse boite à outils de Super Mario est vide, archi-vide. 

Le problème ce n’est pas l’annonce de nouvelles mesures, non c’est l’annonce implicite que les précédentes n’ont pas fonctionné et que l’on doit rapprocher ceci de la récente déclaration de l’ancien président de la Bundesbank, Weber,  « seuls les  Etats -Unis   ont encore une marge de manoeuvre », autrement dit comme nous le martelons: le roi est nu!

Ce que la BCE annonce , c’est un troisième T-LTRO, après celui de Mars 2016 qui fut de 700 milliards et celui de 2014; un troisième T-LTRO qui ne peut être un stimulus puisque les deux premiers n’en n’ont pas été.

Combien  de fois faudra-t-il répéter aux banques centrales qu’elles ne stimulent pas, que la monnaie qu’elles essaient d’injecter est de la monnaie morte et que la vraie monnaie vivante, elle vient non pas d’en haut , mais d’en bas c’est à dire des besoins l’économie!

Les zozos banquiers centraux marchent sur la tête; ils inversent les causalités, ils pratiquent le cargo cult, ils font dans la magie, ils agitent des nuages de fumée en espérant que la croissance et l’inflation vont parvenir à percer le mur des illusions. Hélas, le réel a la peau dure, il ne se plie pas aux incantations. Et puis même si cela pouvait marcher, il y a un obstacle énorme: la confiance, la confiance dans l’avenir, la confiance dans les élites n’y est pas.

Si les remèdes de la BCE étaient autre chose que des incantations, les courbes de GDP, les courbes d’inflation monteraient, tandis que la courbe du rendement du Bund allemand deviendrait enfin haussière. Il y  aurait reprise, demande de crédit, demande de monnaie , hausse des prix, hausse des salaires. Ici rien,  rien à montrer comme résultat.

Tout ce que Draghi sait faire c’est le mariole, affirmer que « dans le noir il faut aller à petits pas », comme si cela équivalait à une vraie et solide théorie monétaire. Tout ce qu’il sait dire c’est  « ce n’est pas ma faute, c’est la faute des gouvernements qui ne font pas les réformes« .

Mais au fait quelles réformes ?

Elle se sont jamais explicitées . Jamais leur logique, leur cohérence n’est exposée, elles sont toujours parcellaires, pointillistes comme si on voulait en dissimuler la logique.

Mises bout à bout pourtant toutes ces réformes sont des dévaluations internes des pays qui sont en déficit c’est à dire ces pays qui en même temps ne sont pas assez compétitifs et vivent au dessus de leurs moyens.

Ces pays, les pays du sud et la France qui est du milieu, ne sont pas assez productifs d’une part et ils distribuent trop de pouvoir d’achat à leur population.

Quelles réformes donc?

Des réformes qui favorisent un transfert de ressources des ménages vers les entreprises ; des réformes qui incitent les entreprises  à investir, à s’équiper et à innover.   Des réformes  qui baissent les salaires réels et réduisent les frais généraux  du pays, c’est dire les salaires indirects et les dépenses  publiques.

Bref pour que les mesures de Draghi soient efficaces il faudrait … que les politiques soient orientées vers une forte remontée du taux de profitabilité du système économique et surtout de la profitabilité des nouveaux investissements  des pays du sud et du centre.

Ce qui bute sur trois  choses :

-1  le populisme qui n’est rien d ‘autre que la résistance des salariés à la régression

-2 le financialisme qui fait que les entreprises  au lieu d ‘investir, jouent en Bourse, optimisent la fortune des actionnaires et propriétaires

-3 l’absence d’occasions d’investissements rentables car l’Europe est absente de tout ce qui marche, elle est absente de tout ce qui est chaud, rentable, porteur. Elle est larguée . Elle est vassale et compradore à l’ancienne.

Qui dit ré-orienter les ressources vers les entreprises  et baisser le poids des charges de salaires directs et indirects dit en fait: hausser la profitabilité du capital.

Et nous sommes au coeur du problème , lequel se donne à voir par le début introduit par les gilets Jaunes  sur la fameux CICE français; on a transféré plus de 40 milliards aux entreprises par le biais d’une usine à gaz et résultat? Rien !

Et c’est la même chose au niveau mondial, les entreprises engrangent, bénéficient de conditions exceptionnelles, de baisse d’impôts, de marges bénéficiaires colossales et  elles n’investissent pas.

Elles jouent à faire de la finance, des rachats d’actions, elles font de  l’ingénierie, .. mais financière.

Alors ?

Alors il doit y avoir une  faille dans le raisonnement quelque part.

Au lieu de répéter les erreurs et de recommencer tout ce qui échoue, il est temps de réflêchir.

En attendant, les ultra riches, les détenteurs de capital ancien vont peut être bénéficier à nouveau d’un nouveau round de financialisation c’est à dire d’enrichissement sans cause.

En route pour une nouvelle vague de populisme!

BRUNO BERTEZ

EN BANDE SON :

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