Art de la guerre monétaire et économique

Mondialisme : L’adulation des banquiers centraux doit cesser (Pritchard)

L’adulation des banquiers centraux doit cesser (Pritchard)

L’adulation de Monsieur Draghi alors qu’il quitte la BCE est déplacée. Non seulement parce qu’il a commis des erreurs et qu’il abandonne la zone euro dans un piège déflationniste à la japonaise, mais aussi parce qu’il est devenu un animal politique qui s’est moqué trop longtemps de la démocratie. La BCE est un gouvernement de l’ombre. Ou comme Lord Skidelsky l’a dit, il s’agit d’une sorte de Vatican qui ne rend de comptes à personne.

Sir Paul Tucker, de la Banque d’Angleterre, est trop poli pour citer des noms dans son livre Pouvoir non élu : la quête de légitimité des banquiers centraux. Mais les comportements de Francfort sont probablement ceux auxquels il pensait.

Cela n’absout pas la FED. Elle a également des penchants dangereux. Bill Dudley, ancien patron de la puissante FED de New York, a suggéré au mois d’août que la FED devrait resserrer ses politiques monétaires afin d’empêcher la réélection de Trump. « Après tout, sa réélection présente une menace concrète à l’économie américaine et mondiale », avait-il déclaré. Le fait qu’il ose faire publiquement de telles déclarations montre à quel point cette clique est sans vergogne.

Des banquiers centraux rebelles, ce n’est pas nouveau. La FED avait provoqué la Grande dépression en réduisant la masse monétaire (Friedman & Schwartz). Le Congrès lui ordonna de la regonfler en 1932 avec des achats obligataires.

Je me souviens avoir lu dans les années 80 le livre de William Greider, qui expliquait comment la FED gouverne le pays. Selon l’auteur, elle pose un plus grand danger à la démocratie américaine qu’une CIA ou un FBI devenu incontrôlable.

De ce que je sais, Monsieur Draghi ne fut pas impliqué dans la décision de renverser le Premier ministre grec en 2010. Mais il a joué un rôle dans tous les autres épisodes sombres.

En tant que gouverneur de la Banque d’Italie et membre du directoire de la BCE, il a contribué à la rédaction de la « lettre Trichet » secrète à l’adresse de Berlusconi en 2011, qui exigeait des changements radicaux du Code du travail italien. Une autre lettre secrète à l’adresse du Premier ministre espagnol exigea des modifications de la constitution espagnole, rien de moins. La BCE s’est conduite de façon très autoritaire, sans aucun mandat légal pour le faire.

Il s’agissait des conditions de la BCE pour stabiliser le marché obligataire. Berlusconi a traîné des pieds et fut renversé par des voies monétaires à l’occasion d’un coup d’État de velours. Voici comment un gouverneur de la BCE m’a décrit ces méthodes : « Ils menacent les gouvernements qui ne collaborent pas de destruction financière. Ils coupent le robinet du refinancement et menacent de tuer le système bancaire. Ils créent une crise obligataire. C’est ce qui est arrivé à l’Italie en 2011. »

En ce qui concerne la Grèce, Monsieur Draghi a agi en tant que gendarme de l’Union européenne en mettant le gouvernement rebelle de Syriza à genoux. Il avait resserré les niveaux de garanties sur la dette grecque de façon préventive en février 2015, ce qui excluait la Grèce du programme de refinancement de la BCE. Il a ensuite réduit les liquidités fournies aux banques privées, probablement de façon illégale, jusqu’à ce que les DAB soient en pénurie de billets et que Syriza plie.

C’est ce que Paul Tucker suggérait lorsqu’il prévenait que les banques centrales agissantes en tant que « citoyen tout-puissant », de façon illégitime. Elles sont devenues le 3egrand pilier du pouvoir non élu, aux côtés du système judiciaire, mais sans sa tradition de retenue.

Selon Sir Paul, leur pouvoir est devenu presque fiscal. Ce qui correspond à une véritable révolution de nos systèmes de gouvernement. Elles choisissent les gagnants et les perdants. Depuis 2008, leurs actions ont engendré un vaste transfert de richesse entre les travailleurs ordinaires et ceux qui possèdent la richesse. C’est ce qui engendre les plans radicaux de confiscations d’Élisabeth Warren aux États-Unis, la contre-révolution à venir. Et lorsqu’on demande aux banques centrales d’être plus responsables de leurs actes, elles invoquent de façon vexée leur sacro-sainte indépendance.

Mais que dire de leur gestion de ces 30 dernières années, soit depuis l’émergence du culte de l’objectif d’inflation ? Cette politique a mené à la création de bulles. C’est le plus grand péché de la fraternité des banquiers centraux de ne pas avoir anticipé les conséquences de tout cela. Les banques centrales aident les actifs à grimper, mais empêchent toujours la purge durant les récessions.

Selon la BRI, ce système nous enferme dans un piège de la dette. Plus le processus est avancé, plus il est difficile à enrayer. En empêchant la destruction créatrice de Schumpeter, ils maintiennent en vie une armée de sociétés zombies, font chuter la productivité moyenne. Cette stagnation fait baisser les taux d’intérêt. « Les taux bas engendrent des taux encore plus bas », affirme la BRI.

Mais ce n’est pas la faute de Mario Draghi. N’a-t-il pas sauvé l’euro ? Non, ce n’est pas grâce à lui. Il n’est pas non plus un magicien. Monsieur Draghi n’a fait que suivre la voie ouverte par d’autres banques centrales. Il n’a d’ailleurs pas toujours pris les bonnes décisions. Daniela Gabor, experte du Shadow banking de l’université de Bristol, affirme qu’il a sous-estimé le pouvoir des marchés de repo en 2011-2012, et que de ce fait il a permis le resserrement violent des conditions. Ce fut la raison principale de la métastase de la crise de la dette des pays du Sud.

C’est en fait Angela Merkel qui a sauvé l’euro durant l’été 2012. Elle l’a fait parce que les marchés obligataires espagnols et italiens étaient en train d’imploser. C’est alors qu’elle a permis à la BCE d’agir comme prêteur de la dernière chance en tant que moindre mal d’un point de vue politique. Une opération de renflouement approuvée par le Bundestag aurait été plus difficile à organiser.

En aurait-il été autrement avec Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE ? Bien sûr que non. Il est temps de détruire ce mythe dangereux des banques centrales qui s’érigent en sauveurs. Elles sont là pour servir les citoyens. Nos démocraties devraient les remettre à leur place.

Source

https://or-argent.eu/ladulation-des-banquiers-centraux-doit-cesser-pritchard/

Le climat provoquera-t-il un premier choc au sein de la BCE de Lagarde ?

Express Live Le 31 Octobre 2019

Le 1er novembre, la française Christine Lagarde devient la nouvelle présidente de la Banque centrale européenne. Elle succède à l’Italien Mario Draghi, qui a eu deux mandats de 4 ans.

Les derniers mois de Draghi ont été caractérisés par des désaccords au sein du conseil des gouverneurs. Certains lui reprochent d’avoir écrit sa politique en fonction des besoins de l’Italie. La française tentera dans un premier temps de ramener le conseil sur la même longueur d’onde. Lagarde est connue pour sa volonté de toujours trouver le consensus. La question est de savoir si cela fera une différence.

Un discours prononcé cette semaine par Jens Weidmann, le président de la Bundesbank allemande, est remarquable à cet égard. Weidmann est l’un des membres du Conseil des gouverneurs de la BCE qui a exprimé à plusieurs reprises son mécontentement à l’égard de la politique de Draghi

Obligations vertes

L’Allemand a ouvert une conférence organisée par la Bundesbank dans laquelle le rôle des banques centrales et le changement climatique jouaient un rôle central. Weidmann a déclaré qu’il considèrerait « avec un œil très critique » toute tentative de la BCE de placer le changement climatique au centre de sa stratégie. Dans ce contexte, il a évoqué les « obligations vertes » qui pourraient faire partie de la politique d’assouplissement (QE) de la BCE. Les banques centrales ne peuvent pas prendre de telles mesures, estime Weidmann. Selon lui, elles n’ont aucune légitimité démocratique.

Il est possible que Lagarde et Weidmann soient déjà sur une trajectoire de collision à ce sujet. La Française, qui a succédé à Dominique Strauss-Kahn il y a 8 ans au FMI, a toujours suivi les changements climatiques avec un grand intérêt, contrairement à Draghi. Lors de sa première intervention devant le Parlement européen, elle a confirmé que le changement climatique serait l’une de ses priorités à la BCE. Par exemple, elle avait suggéré que la Banque centrale européenne concentre ses achats sur les « obligations vertes » une fois que les régulateurs concernés auraient élaboré un cadre durable à cet effet.

« Nein zu allem »

D’autres banquiers centraux demandent également que des mesures soient prises pour lutter contre les changements climatiques. Notamment le Canadien Mark Carney, qui est à la tête de la Banque d’Angleterre, et qui quittera son poste à la fin du mois de janvier. Pourtant, peu ont été en mesure d’ajuster la politique monétaire en ce sens. Weidmann a exprimé à plusieurs reprises son scepticisme à l’égard des 2 600 milliards d’euros d’obligations que la BCE a achetées sous le mandat de Draghi. Cela lui a valu le surnom de « nein zu allem », « non sur tout », qui lui a été attribué par l’Italien.

EN BANDE SON :

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