Etat Profond

CONTROLE ET SURVEILLANCE : LE PANOPTIQUE NUMÉRIQUE EST DÉJÀ LÀ

« Le Panoptique est une machine à dissocier le couple voir-être vu : dans l’anneau périphérique, on est totalement vu, sans jamais voir ; dans la tour centrale, on voit tout, sans jamais être vu. » Michel Foucault

Pendant des décennies, on nous a expliqué que la surveillance totale appartenait à la science-fiction.

Puis sont arrivés les smartphones.
Puis les réseaux sociaux.
Puis l’intelligence artificielle.
Puis les caméras intelligentes.

Aujourd’hui, une société privée américaine, Flock Safety, déploie des dizaines de milliers de caméras capables de suivre véhicules, déplacements, habitudes et comportements sur l’ensemble du territoire.

Officiellement, il s’agit de sécurité.

Officieusement, c’est l’émergence du rêve ultime de tous les pouvoirs :
observer sans être vu,
cartographier sans mandat,
prédire avant même que vous n’agissiez.

Michel Foucault avait compris avant tout le monde que le pouvoir moderne ne s’impose plus principalement par la force.

Il s’impose par la visibilité permanente.

Le citoyen n’est plus enfermé dans une prison.

Il transporte sa prison dans sa poche.

Le smartphone devient bracelet électronique volontaire.
Les réseaux sociaux deviennent fichiers comportementaux.
L’IA devient machine prédictive.
Les caméras deviennent mémoire permanente.

Pendant des années, nous avons imaginé la surveillance comme un monde de caméras, de micros et d’agents en imperméable.

Nous avions tort.

Le véritable État de surveillance du XXIe siècle ne ressemble pas à Orwell.

Il ressemble à une application.

Une caméra intelligente.

Un algorithme.

Un service cloud.

Un abonnement mensuel.

Une promesse de sécurité.

L’affaire Flock révèle quelque chose de beaucoup plus profond que le simple suivi des véhicules.

Nous assistons à la naissance d’une infrastructure de surveillance permanente.

Chaque voiture.

Chaque déplacement.

Chaque trajet.

Chaque présence.

Chaque comportement.

Tout devient potentiellement une donnée.

La nouveauté n’est pas la caméra.

Les caméras existent depuis longtemps.

La nouveauté est l’intelligence artificielle.

L’IA ne regarde pas.

Elle analyse.

Elle compare.

Elle corrèle.

Elle prédit.

Autrefois, il fallait des milliers de policiers pour surveiller une ville.

Aujourd’hui, quelques serveurs suffisent.

Le coût marginal de la surveillance tend vers zéro.

Et lorsque le coût d’une activité tend vers zéro, cette activité devient omniprésente.

C’est une loi économique.

Hier la surveillance était exceptionnelle.

Demain elle deviendra permanente.

Et après-demain elle sera prédictive.

Nous entrons dans l’ère du pré-crime.

Non pas parce qu’une dictature l’impose.

Mais parce que la technologie le rend possible.

Le plus remarquable est que cette transformation ne vient pas principalement des États.

Elle vient d’entreprises privées.

Google.

Meta.

Palantir.

Flock.

Des milliers d’entreprises accumulent déjà davantage de données comportementales que n’en possédaient autrefois les services de renseignement.

Le citoyen moderne transporte volontairement dans sa poche un dispositif de traçage plus puissant que tout ce dont rêvaient les polices secrètes du XXe siècle.

Le grand débat du siècle ne sera peut-être pas l’intelligence artificielle.

Il sera la propriété des données.

Qui observe ?

Qui stocke ?

Qui analyse ?

Qui décide ?

La question n’est plus de savoir si nous sommes surveillés.

La question est de savoir qui contrôle les systèmes qui nous surveillent.

Car lorsque l’observation devient permanente, la liberté cesse progressivement d’être un droit.

Elle devient une permission.

Et c’est précisément ainsi que naissent les sociétés de contrôle.

Foucault avait compris avant tout le monde ce qui se préparait. Le Panoptique n’était pas seulement une prison. C’était un modèle de société. Une société où chacun finit par s’autodiscipliner parce qu’il sait qu’il peut être observé à tout moment.

Aujourd’hui, la tour centrale n’est plus en pierre.

Elle est faite de caméras, d’algorithmes, de bases de données et d’intelligence artificielle.

Comme l’écrivait Michel Foucault :

« La visibilité est un piège. »

Le Panoptique n’est plus un projet.

Il est devenu une infrastructure.

Musk construit un système de saturation cognitive, Palantir construit un système d’analyse, Flock construit un système d’observation. Les trois participent à la même mutation : le passage d’une société industrielle à une société informationnelle intégrale, où le pouvoir repose moins sur la propriété des usines que sur la maîtrise des flux de données, d’attention et de comportement.

3D digital network visualization showing data flows, monitoring nodes, and surveillance activity
A futuristic digital visualization of network traffic and surveillance activity.

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