Mon Banquier est Central

Politique Friction du 1er Mai 2012 : Opinion, Vérité et élections par Bruno Bertez

Politique Friction du 1er Mai 2012 : Opinion, Vérité et élections par Bruno Bertez

  • A lire avant le grand débat

Petite variation sur ce qui est au cœur du malaise des démocraties, le règne de l’opinion et son corollaire, la dictature de la communication.

 

 La démocratie repose sur un mythe: une voix en égale une autre. Tout le monde le sait, mais s’en accommode. Pourquoi? Parce qu’il ne faut surtout pas que puisse être contestée la légitimité de ceux qui gagnent le concours de beauté des meilleurs maquilleurs. Le seul moyen de dire non est devenu le non-vote, vote blanc ou abstention. D’où la lutte des partis et des leaders, toutes tendances confondues, pour faire voter. Pour défendre le mythe. Le mythe est acceptable tant qu’il s’accompagne d’un objectif: faire progresser les citoyens, les éclairer, les élever à la conscience politique. Il cesse de l’être quand la tromperie, le mensonge, l’escamotage sont les moyens dominants de gagner les suffrages. Dans ce cas, force est de reconnaître qu’un consentement et un vote viciés ne sont guère différents d’une extorsion. La violence se dissimule derrière les processus dits démocratiques, dès lors que tout a été fait, comme c’est devenu pratique courante, pour travestir, donner une idée fausse des situations, des diagnostics, des remèdes, de leurs coûts et de leurs conséquences non-voulues.

   Un seul exemple, déterminant. Devant la crise, on vous a dit que le seul remède était l’austérité. A  ceux qui ont dit l’austérité n’est pas le remède, elle tue le patient, il a été répondu par un haussement d’épaules. Maintenant que le patient faiblit, menace de se révolter, maintenant que la colère gronde et que le vent tourne, il est décrété qu’il faut que l’austérité s’accompagne de mesures de croissance; autrement dit, il faut appuyer sur le frein et l’accélérateur en même temps. Comment? Par les dépenses publiques voyons, par l’accroissement des dettes voyons, par la création monétaire voyons. En clair, pour lutter contre les dettes, on provoque la récession; pour lutter contre la récession, on augmente les dettes, et les dettes, on les refinance par la création monétaire auprès de la Banque Centrale!

 Qui parle des conséquences escamotées, mais garanties, incontournables, à savoir l’augmentation du pouvoir des apparatchiks non-élus, prébendiers, la baisse du poids du secteur privé, la hausse des impôts, la baisse de la capacité du privé à consommer, à embaucher et l’avilissement garanti, voire recherché, de la monnaie.

Qui ne voit, simple bon sens, qu’appuyer sur le frein et l’accélérateur en même temps ne donne qu’un seul résultat, garanti à 100%: l’inflation. Si vous accélérez tout en freinant, vous n’avancez pas plus vite, mais une chose est sûre, cela chauffe.

PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT :  

Dans une authentique démocratie, les politiques auraient dit:

-Nous sommes en situation d’insolvabilité conjointe des Etats et du secteur bancaire qui nous a financés

-Nous ne voulons pas changer la société et nous voulons sauver les banques, les banquiers et leurs apporteurs de capitaux

-Nous allons vous imposer de nous resolvabiliser, ce qui nous permettra de sauver les banques, les banquiers, leurs apporteurs de capitaux.

En contrepartie, vous vivrez moins bien, vous paierez plus d’impôts, nous multiplierons les contrôles, nous limiterons les mouvements des hommes et des capitaux. Bref, nous accentuerons le socialisme de nos sociétés, c’est le prix à payer pour sauver, pour sauver… le capitalisme bancaire.

Nous allons détruire, laminer par l’impôt, les droits de succession, l’inflation, les patrimoines que vous, petits capitalistes de l’épargne, de la production, de l’effort et de l’emploi, avez constitué années après années, pour que le capital financier, dont les fonds tombent du ciel de la Banque Centrale, gratuitement, puisse continuer à jouer… et à financer nos largesses.  Car derrière le galimatias, derrière le metafoullis des propositions disparates, derrière le catalogue, derrière l’assemblage de vérités fragmentaires, c’est bien de cela qu’il s’agit: la destruction de votre capitalisme national, historique constitué génération après génération au profit du capital financier  international. La destruction de votre ordre social à vous, le votre, celui dont vous avez hérité de vos parents, la destruction de votre bourgeoisie, pour préserver l’ordre kleptocratique. Détruire le spécifique, voilà l’enjeu des deux politiques proposées. Derrière les soi-disant mesures, derrière le catalogue dont on vous cache la cohérence, c’est un enjeu de société. Un enjeu de la place de la France dans l’Europe, dans le monde. Un enjeu de votre place dans le pays. Mais c’est vrai, il y a quand même une différence entre les deux votes, une différence cynique car, sans vous le dire, on vous suggère: si tu es avec moi, nous prendrons le bien du voisin; si tu es contre moi, nous prendrons le tien.

                        Et si les politiques au pouvoir cachent la Vérité, l’opposition aurait dû la dire; si, ni la majorité, ni l’opposition ne la disent, alors c’est aux corps intermédiaires de faire leur travail et de l’exposer.

                        Cet exposé préliminaire étant fait, il nous paraît honnête et utile de vous fournir le mode d’emploi pour nous lire. Nous avons quelques grands principes et convictions qui sous-tendent nos articles.

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                        Les erreurs théoriques sont responsables des catastrophes pratiques. C’est parce que l’on pense faux que l’on agit faux. Les théories sont des produits de rapports de forces, de situations, de l’évolution. Bref, les théories sont historiques et comme le disait Paul Valéry à propos des civilisations, elles sont mortelles. La Communication, c’est ce qui permet de faire passer des vessies pour des lanternes. La fonction de la communication n’est pas d’exposer la Vérité, les faits, les données, mais de convaincre, de prendre le contrôle des esprits. De faire en sorte que, comme il est exposé dans les cours de relations publiques, les cibles pensent ce que vous voulez qu’elles pensent.

                        Le lien entre Opinion et Communication est là: la fabrication de l’opinion. Le lien entre Vérité et Information est là: alimenter la réflexion. La Vérité unit, elle constitue un référent extérieur qui s’impose à toute personne raisonnable. Elle touche au symbolique, à ce qui constitue l’âme, la pensée humaine. La Vérité libère. Elle construit des individus. Elle libère de la barbarie, elle libère de la dépendance. L’opinion divise, elle clive et facilite le travail des Pouvoirs dans leur recherche de volonté de puissance. L’opinion, ils la travaillent au niveau de l’imaginaire et des affects. L’opinion asservit, construit des pseudo-sujets au sens féodal, qui sont en réalité de véritables objets. Sous l’angle politique, faux sujets et objets sont la même chose, une cible qu’il convient de séduire pour mieux circonvenir. Le politique est le domaine de la séduction, d’où le rôle irremplaçable des médias, de leur mise en scène, de leur formatage.

                        La Vérité n’est pas une donnée, c’est une recherche, une construction, un travail dans lesquels se nouent les solidarités réelles entre le passé et le présent, le présent et le futur. Les acquis de l’intelligence se cumulent. Ils se transmettent et s’enrichissent de générations en générations. Nous sommes redevables des acquis du passé, comme nos enfants le seront des nôtres.

                        C’est pour cela que nous disons qu’il y a un objectif de Vérité qui est constitutif de l’homme, de l’humain, mais que, en même temps, on ne s’approche de la Vérité qu’asymptotiquement. Ce n’est pas parce que la Vérité n’est pas une donnée immédiate, fixe, qu’elle n’est pas essentielle pour l’homme et le sociétés.

                        La relativisation, la chute des référents, la libération de la parole, son délestage du poids du réel, c’est ce qui libère les forces des Pouvoirs pour vous tyranniser et vous dominer. Ceux qui disent « il n’y a pas de Vérité», tout est relatif, tout se vaut, tout dépend du rapport de forces, ce sont ceux qui vous réduire au rôle de marche-pied sur lequel ils veulent grimper pour s’élever à vos dépens. C’est grâce à la relativisation généralisée qu’ils détruisent le bon sens, les oppositions, et favorisent les comportements moutonniers  qui les portent au Pouvoir et les y maintiennent. Les Pouvoirs jouent sur la déconnexion entre le Réel et les discours, entre le Vrai et l’Opinion, l’Absolu et le Relatif. Ils sont aidés par la complexité du monde moderne. Apprentis sorciers à vos dépens, ils n’ont aucun autre pouvoir que ceux que vous leur abandonnez. Le Vrai, le Savoir, l’esprit critique, le bon sens, ce sont leurs concurrents et leurs ennemis.

                        Le débat politique en général et français en particulier est une honte, il s’alimente du renoncement des citoyens à comprendre un monde complexe, dont la politique, de toutes orientation confondues, s’efforce en plus de donner une vision tronquée, réductrice, et, dans certains cas, carrément fausse.

                        La responsabilité des citoyens dans le mépris dont ils sont l’objet de la part de la classe politique et de ses bureaucrates est considérable. Les citoyens ont abdiqué la dignité, la recherche de la liberté pour le confort, la protection, sans se rendre compte que le prix en était la soumission.

                        La responsabilité des corps intermédiaires est tout aussi grande, voire plus. Ils sont tellement médiocres qu’ils donnent argument aux politiques pour les court-circuiter, les rabaisser, les humilier: voir par exemple le comportement de Mélenchon avec les médias, voir celui de Sarkozy. Les corps intermédiaires, par leur paresse, leur flagornerie, leur mode de promotion, ont cessé d’être des corps intermédiaires capables de décoder un monde complexe. Ils sont devenus passe-plats, auxiliaires d’injustice et de propagande. L’objectivité se réduisant pour eux à interviewer un syndicaliste après un patron ou un homme pseudo de droite après un homme soi-disant de gauche. Le tout couronné par une pirouette vacharde, in cauda venenum, pour se mettre en valeur et sauver son ego.

EN LIEN : Blog a Lupus / Code et mode d’emploi : Opinion, Vérité, Subjectivité

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BRUNO BERTEZ Le 1er Mai 2012

llustrations et mise en page by THE WOLF

EN BANDE SON :

EN COMPLEMENT : Veillée d’armes ? par Bruno Bertez

  Nous sommes à la veille d’un débat qui pourrait ètre crucial,mais qui ne le sera pas. Quand nous disons crucial, c’est pour les Francais, pas pour les candidats. Le débat sera tres suivi, c’est une Tribune fantastique pour, enfin, expliquer, faire comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons, les enjeux, les voies possibles d’amélioration, les obstacles à  vaincre, les couts associés aux solutions , le tout dans une perspective, sous contrainte à la fois européenne et globale.

 Rien qu’à l’énumération, vous avez compris qu’il n’y a aucune chance pour que tout cela soit eclairé. 

 D’abord parce que les candidats sont incapables de le faire 

 Ensuite parcequ’ils n’ont pas les ressources pédagogiques pour le faire comprendre.

 Enfin parce que ce n’est pas leur intéret ou leur objectif. 

 Ils en sont à la joute, au combat. L’un veut marquer des points et sauver la face, l’autre veut surtout ne pas perdre, conserver les avantages de sa position en tete. 

 Contrairement donc à ce que disait la bonne vieille Geneviève Tabouy en débutant ses chroniques, ne vous attendez pas à savoir, ce n’est pas le but de l’exercice. 

 Nous voulons attirer votre attention sur ceci : la France n’est pas maitresse de son destin. Beucoup de choses parmi celles qui seront dites avec emphase voire conviction sont des rodomontades.

  Le combat de Hollande contre Sarkozy et peut ètre contre une partie de la France n’est qu’un épisode, une étape sur un long chemin de futures désillusions. Ce chemin Sarkozy l’a déjà parcouru et cela lui a couté sa place: au lieu de se poser en intermédiaire, médiateur, il a voulu jouer au chef, il a affrmé un volontarisme téméraire qui s’est retourné contre lui. Le temps des volontarismes politiques est terminé, les gouvernements ont abandonné les outils tout au long de la période 1980/2012.

  Ils n’ont plus les outils, ils sont pris dans des systèmes qui les dépassent, pire faute de comprendre le fonctionnement de ces systèmes ils en sont doublement esclaves et dépendants. Témoin ce qui s’est passé en Europe avec l ‘accumulation des erreurs dans la gestion de la crise de la dette. On ne commande à la nature qu’en connaissant et respectant ses lois.

  La première étape sera bien sur les législatives françaises. Selon leurs résultats elles donneront ou non au futur President une future majorité pour faire ce qu’il a esquissé ou non . Peut ètre plus important, elles institutionnaliseront, introniseront la future opposition. il n’est pas impossible que la force et les contours de la future opposition soient aussi importants que la consistance de la majorité, nous verrons.

  Puis vont commencer, ce n’est pas chronologique, mais logique, les confrontations européennes.

  Hollande a affirché- est-ce le fond de ses convictions un keynesianisme bon teint, il pense et fait croire que l’on peut trouver une voie de sortie de la crise par la hausse des dépenses publiques, par la demande, par l’impot et le changement de politique monétaire de la BCE.

  Il affirme des oppositions fondamentales aux vues allemandes sur les points suivants :

  -L’Allemagne ne croit pas aux vertus du Keynesianisme

 -L’Allemagne croit à l’absolue necessité d’une monnaie saine

 -L’Allemagne croit à la rigueur fiscale comme condition de la croissance durable.-L’Allemagne refuse la mise en commun des dettes

 -L’Allemagne a promis à son peuple que l’euro serait géré comme le Mark.

 -l’Allemagne est ralliée au supply side economics, à l’investissement

 -L’Allemagne veut reperndre le controle de la BCE, changer  les droits de vote

  Selon toute vraisemblance, les relations entre la France et l’Allemagne vont connaire une periode de  réaménagement sinon de turbulences.

  L’axe Sarkozy Merkel qui dominait l’Europe va se deplacer voire se déliter. Monti vient de faire savoir dans la Reppublica qu’il était candidat à prendre la succession de Sarkozy comme chou chou de Merkel. Les Britanniques s’interrogent, ils pourraient tenter un rapprochement sur les bases d’un soutien aux positions allemandes sur le suply side, la rigueur fiscale, la monnaie saine en échange d’un assouplissement  de la position Allemande sur l’industrie financiere.

  Par ailleurs Schauble qui est la pierre angulaire des positions allemandes va se trouver en position forte à la tète de l’eurogroupe en remplacement de jJuncker. Il vient encore hier de réaffirmer ses positions: la condition première pour avoir de la croissance soutenable, c’est la consolidation fiscale.

  L’opinion publique Allemande n’est pas tendre avec la France et les Français comme en témoigne l’éditorial  de la FAZ qui afffirme que. » les Français veulent retourner à l’époque tranquille et confortable de Mitterrand. »

  Les milieux d’affaires Français n’ont guère participé à la campagne si ce n’est pour justifier leur non participation.

   Au fond ils croient que comme du temps de Mitterrand le réel, l’économie se chargera de mettre Hollande et ses troupes à la raison. Ils ont tort comme d’habitude, l’histoire ne se repète pas et nous sommes plus proches des années 20 et 30 que des années 81  en raison d’un élement essentiel , la crise et son enjeu, l’ordre social.

   Les mileux d’affaires n’ont pas compris que les limites aux aberrations de 81 n’existent plus, le franc ne peut plus ètre attaqué on ne risque plus les dévaluations infamantes. L’Euro protège la France et donc les dérives peuvent durer plus longtemps jusqu’à ce qu’elles soient plus graves.

   Par ailleurs les milieux patronaux nônt pas encore compris qu’ils avaient intéret à faire alliance aves la petite bourgeoisie, les petits patrons, plutot qu’avec le grand capital financier car ce sont ces couches sociales qui constituent en fait leur bouclier.

BRUNO BERTEZ Le 1er Mai 2012

7 replies »

  1. Qui d’autre qu’un gouvernement autoritaire (extrêmiste) aura le courage de sortir de cette fuite en avant ? La seule chose que les banquiers centraux ont retenu de 1929 c’est qu’il ne fallait surtout pas fermer les vannes du crédit… ils nous abreuvent de morphine sans proposer de régler le mal à la racine car ils sont au service du cartel bancaire. Il est quand même incroyable que le seul candidat à proposer un nouveau « Glass-Steagall Act » ait été Jacques Cheminade. C’est biensur insuffisant mais c’est le signe du début d’un diagnostic correct de la situation. Ce n’est donc pas un vrai choix qui nous est proposé dimanche.

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  2. Mercredi 2 mai

    Nous vous parlons souvent des politiciens constructivistes, dirigistes , socialistes de tous poils et de leur alliés de la classe bureaucratique . A partir d’un exemple tiré de la proche actualité Charles Gave , dans « Oints du seigneur » ,nous en decortique un bel exemple ; je ne vois aucune réplique.

    http://leblogalupus.com/2012/05/02/quand-les-oints-du-seigneur-utilisent-largument-dautorite-par-charles-gave/

    Nous vous engageons vivement a lire ce petit texte.

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  3. De fait, si nous n’avions pas la ligne Maginot, je serais VRAIMENT inquiet. Pfiouuu !
    Quant à l’analyse de Charles Gave, effectivement, elle décortique la réalité, la problématique et … le noeud gordien.
    Reste que nous n’avons pas d’Alexandre, mais enfin avec Maginot n’est-ce pas ! lol

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  4. Jeudi 3 Mai 2012

    De-lire le débat ou le débat des délires

    Si vous n’aimez pas nos délires, passez tout de suite à autre chose de plus conventionnel. Le présent texte constitue une quintessence de tout ce qui peut nous être reproché.
    Nous soutenons très souvent que la finance est une névrose, un discours faux, pas totalement bien sûr, plaqué sur une réalité qui se dérobe.
    Comment en est-on arrivé là? En remplaçant le réel de l’économie par des signes, des constructions théoriques, des discours plus ou moins vrais, plus ou moins faux, plus ou moins efficaces. Efficaces, non parce qu’ils sont vrais, mais parce qu’ils sont crus: les choses humaines sont ainsi faites que, par leur prise dans le langage, elles peuvent être vraies ou fausses et, en même temps, inefficaces ou efficaces. Vrai, faux, efficaces, inefficaces ne se recouvrent pas. Entre deux, il y a tout l’épaisseur des perceptions, des interprétations, des déformations.
    Notons en passant dès maintenant que des choses fausses peuvent être efficaces au niveau social, au niveau des relations entre les hommes mais, en même temps, avoir des conséquences réelles négatives, voire dramatiques.
    Ce que nous voulons pointer, c’est le fait que l’efficacité du discours névrotique au niveau social, au niveau des interrelations ne garantit pas l’adaptation au monde réel, au contraire. Plus une société est prise dans sa névrose, ou ses névroses, et plus elle est inadaptée. La névrose de la solidarité, celle de l’égalité, ne garantit pas l’adaptation du groupe aux conditions extérieures, son progrès ; elle garantit en revanche des relations confortables, harmonieuses, au sein de ce groupe.
    La fonction de la névrose est de permettre une fuite hors de la réalité. Elle est un moyen d’éviter de s’adapter à une nécessité réelle, pénible, désagréable, angoissante.
    La névrose est une tentative de replacer la réalité insoutenable, indésirable, par une réalité fantasmatique plus conforme au désir. La névrose met de l’infini sur du fini, de l’éternel sur le mortel, elle rompt le lien entre le signe et ce qu’il est censé exprimer. Elle rend tout falsifiable au nom du principe de plaisir ou au nom de l’évitement du déplaisir. A la différence de la psychose, disons que la névrose conserve un lien avec la réalité. Ne soyons pas pessimistes.
    La névrose fonctionne par négation, déplacement, remplacement, répétition. Voire bouc émissaire.
    Le remplacement du réel par le discours névrotique, fantasmatique, est une opération banale qui constitue pour ainsi dire la trame de la vie quotidienne. La société excelle à produire des névroses, à les entretenir, nous ne sommes pas loin de penser que c’est son mode de fonctionnement privilégié. La névrose touche tout, la vie quotidienne, la mémoire, qui est, comme dit Kandel, reconstruction de reconstruction qui change en permanence.
    Dans le présent qui nous intéresse, la finance, la politique, nous pointons la névrose comme le moyen privilégié de nier les limites, la finitude, la rareté. Le moyen de prolonger un mode infantile, de débouter la réalité, de ne rien se laisser interdire.
    Vous voyez bien sûr le lien avec la création monétaire infinie, le crédit, l’accumulation des dettes, les free lunchs, les « demain on rase gratis » de toutes sortes. Et autres, tout est possible, tout est permis.
    L’enfant, comme le participant des marchés, comme l’électeur, veut à tout prix prolonger son état infantile, il veut continuer à refuser d’obéir, il s’organise psychiquement pour faire face, pour supporter ce qui le brime, ce qui l’angoisse, ce qui le prive.

    Les marchés, la finance, la politique, fonctionnent ainsi et nous dirons que ce qui est plébiscité par les peuples, c’est ce qui va dans le sens de sa névrose. Ne franchissez pas le pas et ne nous faites pas dire ce que nous ne disons pas: celui qui réussit le mieux en politique, c’est le plus névrosé.
    D’où le comportement des bourses malgré la crise d’appauvrissement en cours.
    D’où le vote plébiscitaire des électeurs pour ceux qui partagent, entretiennent la même névrose qu’eux.
    La névrose se moque des catégories que sont la fausseté, le mensonge, le travestissement ; elle ne s’alimente que du refus des limites, refus de la privation ; elle s’alimente de la volonté de continuer à jouir, à éviter l’angoisse.
    Le problème de la névrose, c’est la réconciliation avec la réalité. La névrose ne garantit pas la meilleure adaptation, ni même la survie…

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