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Thatcher , Reagan , Crises Financière et Crises des Monnaies Par Charles Gave

Thatcher , Reagan , Crises Financière et Crises des Monnaies Par Charles Gave 

Je ne sais pas si le fidèle lecteur de l’IDL l’a remarqué, mais ile existe une espèce de « vulgate de Gauche » pour expliquer la crise monétaire et financière actuelle.

D’après les puissants penseurs qui la représente et qui semblent constituer en France une majorité de ce que Pompidou appelait la « classe jacassière », il faudrait allait rechercher l’origine de cette crise dans les actions abominables de Thatcher et Reagan visant à appauvrir le petit peuple travailleur au profit des ploutocrates…Cette vulgate, dont on trouve une expression presque parfaite dans des publications qui font honneur à l’intelligence Française, du type l’Humanité ou le Monde Diplomatique se décline à peu près comme suit.

Thatcher et Reagan, lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir n’avaient qu’une idée: Faire baisser le niveau de vie du Peuple travailleur pour permettre l’enrichissement éhonté des Ploutocrates (ie le grand capital) qui les avaient placé au Pouvoir. Pour arriver à leurs fins, ces deux monstres d’égoïsme ont décidé de baisser les impôts, de déréglementer leurs économies tout en en privatisant des pans entiers. Leur but, avoué, était de faire repartir la croissance en faisant baisser le poids de l’Etat dans l’économie, tout en recentrant ce même Etat vers ses fonctions Régaliennes, Défense Nationale, Police, Justice, Diplomatie… Par exemple, lorsque Reagan fit sa première visite au Ministère des Affaires Etrangères, (surnommé Foggy Bottom par les spécialistes tant le personnel en était brouillardeux), il fit réunir tous les Directeurs pour leur faire in discours qui tenait en deux phrases: 1 ) J’ai un plan pour régler la Guerre Froide 2) Ce plan est tout simple: Nous allons faire ce qu’il faut faire pour que nous gagnions cette guerre et que l’Union Soviétique la perde.

Et il quitta la salle.

On imagine la consternation générale de tous ces esprits subtils devant tant de bêtise (Relire les grands articles de Jean Daniel ou ceux des Soviétologues du Monde de l’époque sur ce sujet est un grand motif de satisfaction…) .

En ce qui concerne l’économie, la pensée était aussi simpliste et Reagan disait que la phrase la plus dangereuse à entendre pour tout Citoyen était « Je viens de la part du Gouvernement, pour vous aider« . Quant à Madame Thatcher, elle déclarait tranquillement devant la Chambre des Députés que « le Socialisme ne durait que tant que l’Etat pouvait continuer à voler de l’argent aux citoyens productifs et que des qu’il n y en avait plus, il s’arrêtait ».Et mes deux héros firent exactement ce qu’ils avaient dit qu’ils feraient, à la stupéfaction de tous les observateurs. Bien entendu, le succès tant diplomatique qu’économique fut au rendez-vous et l’une comme l’autre ne furent jamais battus lors des élections suivantes.Le Petit Peuple Travailleur, à chaque fois votait pour eux, au grand dam des »Oints du Seigneur », qui en tirèrent comme conclusion qu’il fallait cesser de faire voter le Peuple, comme on le voit chaque jour en Europe.

Il n’y a en effet pas le moindre doute que baisse des impôts, déréglementations et privatisations donnent des résultats extrêmement favorables toujours et partout, comme les exemples du Canada et de la Suède l’ont montré depuis. Mais tout cela fait baisser le pouvoir des oints du Seigneur, ce qui est insupportable. Monsieur Reagan se retira dans son ranch en 1988, mission accomplie, et Madame Thatcher, devenue trop autoritaire fut débarquée par les hiérarques du Parti Conservateur en 1992, pour être remplacée par John Major qui gagna les élections suivantes…

L’un et l’autre ont donc disparu de la vie politique il y a plus de vingt ans. Attribuer la crise actuelle à leurs actions est donc complètement farfelu…De fait, la crise actuelle trouve sa source non pas dans la déréglementation de l’économie, mais dans une prise de contrôle de la monnaie, ce bien commun , par une classe technocratico/ financière de gauche, le but étant de retrouver le pouvoir que les reformes de Thatcher et Reagan leur avait fait perdre.

Mais avant d’aller plus loin, il nous faut traiter une évidence: Déréglementer la monnaie ou la privatiser est une absurdité.

La monnaie est un bien commun, constitutif de chaque Nation. On ne peut déréglementer quelque chose qui ne coute rien à produire et donc déréglementer la monnaie ce serait produire plus de monnaie, plus d’endettement, plus de spéculation, mais cela n’entrainerait en rien une augmentation de la richesse moyenne. Déréglementer ou privatiser les lignes aériennes ou la production de voitures, est intelligent. Déréglementer ou privatiser la monnaie est idiot. JAMAIS Thatcher ou Reagan n’auraient fait une telle ânerie. Toutes les déréglementations de la monnaie dans l’histoire se sont terminées par des désastres, toutes…

Le but de notre classe n’a donc pas été de privatiser ou de déréglementer la monnaie, mais bien d’en prendre le contrôle, ce qui n’est pas du tout la même chose…Et cette prise de contrôle de la monnaie tant en Grande Bretagne qu’aux USA ne fut pas du tout organisée par des forces » de Droite » mais bien par des forces « de Gauche » , le parti Démocrate avec Clinton et le Parti Travailliste avec l’ineffablement incompétent monsieur Brown.

Aux USA, les grandes banques d’affaires, puissamment représentées dans l’administration Clinton, après avoir beaucoup contribué (financièrement entre autres) à son élection étaient aux commandes. Ainsi Bob Rubin, ancien patron de Goldman Sachs étant ministre des finances, Goldman- Sachs, Morgan Stanley, etc. firent un « forcing » gigantesque pour que banques d’affaires et banques de dépôts, qui étaient séparées depuis Roosevelt, puissent fusionner. Le « négociateur « pour Goldman Sachs ne fut autre que monsieur Paulson, qui devint ensuite le numéro un de Goldman avant d’être nommé Ministre des Finances US, cette fois par Monsieur Bush (qui n’a pas compris grand chose au film). Et c’était monsieur Rubin, plus gros actionnaire de Goldman -Sachs, alors même qu’il était Ministre des Finances qui donc était chargé de donner l’autorisation… à Goldman-Sachs. Vous avez dit « conflit d’intérêts »? Cette demande fut autorisée à la fin des années Clinton et dix ans après, comme l’on pouvait s’y attendre, nous avions une crise financière gigantesque qui est loin d’être finie. Ce même monsieur Rubin passa ensuite au conseil d’Administration de Citicorp, où il toucha plus de $140 millions de dollars de bonus, avant que cette pauvre banque ne fasse quasiment faillite en 2007, en dépit de ses excellents conseils, je n’en doute pas. (Il n a jamais rendu l’argent). Parallèlement, les élus Américains, surtout Démocrates mais pas exclusivement, tant au Senat qu’ à la chambre des Représentants se débrouillèrent pour essayer de prélever leur livre de chair sur ce système bancaire qui devenait corrompu, en faisant passer des lois qui forçaient les banques à prêter de l’argent à des pauvres gens pour qu’ils puissent s’acheter une maison alors même que tout le monde savait qu’ils seraient bien incapables de rembourser… (subprime).

Les responsabilités politiques sont donc immenses dans la crise de 2008, puisque les élus se sont crus autorisés à forcer les banques à prêter à des gens dont tout le monde savait qu’ils ne pourraient jamais rembourser. En fait, à la fin des années 90, aux USA, nous avons donc eu une véritable capture de la Monnaie, organisée de main de maitre par une soi-disant élite, et cette capture a permis à cette ploutocratie technocratique de s’enrichir de façon éhontée.

En Grande Bretagne, monsieur Brown (le chancelier de l’Echiquier) décidait quant à lui de rendre la banque centrale indépendante (ce qui était une bonne idée), mais décidait aussi de lui retirer tous les pouvoirs qu’elle avait pour contrôler le système bancaire pour les confier à une agence ad hoc, le Ministère des Finances se gardant un pouvoir de supervision. Trois contrôleurs, c’est deux de trop, et les banquiers de s’en donner à cœur joie en partant du principe que si marchait  c’était pour eux, si ça ne marchait pas, c’était pour le contribuable.

Or le capitalisme ne se justifie moralement que si le gain est la contrepartie d’un risque réel. Les banquiers ont en fait organisé avec l’aide des politiques un système de profits sans risques, c’est à dire un système qui est moralement répugnant. Une fois encore, nous constatons une dilution de la responsabilité éminente qu’avait l’Etat de surveiller la création et l’utilisation de ce bien commun qu’est l’argent.

Là encore , la Gauche est à la manœuvre, du début à la fin. Tout s’est passé comme si , à la fin des années 90, nous avions eu une prise de conscience par toute la gauche technocratique, orpheline depuis la chute de l’Union Soviétique, que leur pouvoir d’organiser nos vies allait être battu en brèche.Cette gauche technocratique, parfaitement représentée à l’intérieur des systèmes politiques a donc décidé de prendre le contrôle de la Monnaie, et c’est ce qui s’est passé aux USA, en Grande Bretagne et en Europe. Nous en avons un autre exemple parfait avec l’Euro, créé par Mitterrand, Delors, Trichet et consorts, tous hommes de gauche…

Et comme chaque fois que l’Etat prend le contrôle de quelque chose, la faillite a suivie.

Et comme chaque fois, les responsables nous disent que ces choses-là sont trop compliquées pour être comprises par les Citoyens et qu’il faut laisser faire les spécialistes, c’est à dire eux, qui nous mis dans la panade pour commencer. Ils ont peut-être raison, bien que je sois persuadé du contraire. Les Suisses, les Canadiens, les Suédois, les Australiens, les Néo-Zélandais…n’ont pas connu ce rezzou en rase campagne organisé par nos technocrates et se portent plutôt bien.

Mais en tout état de cause, expliquer que la crise actuelle a été causé par un excès de Libéralisme et en attribuer la responsabilité à Reagan ou Thatcher, alors même que le désastre a été créé par la capture de la Monnaie par une classe financière et technocratique de Gauche qui ne cherche qu’à servir ses propres intérêts me parait être le comble de l’irresponsabilité.

Je veux bien me faire voler. Je ne veux pas qu’en plus, on me prenne pour un idiot.

Charles Gave Le 16/2/2014 

SOURCE ET REMERCIEMENTS: INSTITUT DES LIBERTES

http://institutdeslibertes.org/thatcher-reagan-crises-financiere-et-crises-des-monnaies/

6 replies »

  1. Merci pour cet éclairage aussi brillant que complet tout comme
    cette remise en état de l’histoire TELLE QU’ELLE FUT

    Un petit bémol quant à moi ?

    Vous voulez bien vous faire voler, mais pas que l’on vous prenne pour un idiot.

    Pour ma part, je préfère passer pour idiot mais qu’on ne me vole point !

    Pardonnez ce "vieux pneu" que d’aucuns nomment "voeu pieux"
    le coté pieux me dérange du coté du fondement ! lol

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  2. Pas d’accord sur :
    - la déréglementation sauvage érigée en dogme n’est pas une solution
    - en quoi la déréglementation du transport aérien est un bien, puisque qui dit déréglementation dit absence de règles, donc absence de sécurité ?
    - et pour les banques c’est la même chose
    - pour l’industrie, idem, regardez la déréglementation sauvage et ses effets sur l’éco-système que nous allons commencer à payer de façon exponentielle dans les années à venir
    On ne veut pas voir que démocrates, républicain sont les faces opposées de la même pièce.
    La déréglementation est le dogme du libéralisme à la sauce Friedmanienne, et l’ironie est que la déréglementation aboutie exactement au même résultat que ce qu’elle cherche à tout prix à éviter : l’économie planifiée du soviétisme.
    Quels sont les gds groupes qui contrôlent la consommation globale ? P&G, Coca Cola, Unilever, Nestlé, Danone, L’Oréal, . la concurrence n’existe plus et a été balayée, pour les nouveaux entrants sur le marché de la consommation : difficile de se faire sa place, de plus en plus compliqué, voir même impossible. Telle est l’économie planifiée dont les puissants se partagent le gateau et arrosent les politiciens incompétents et corrompus de tout bord.
    Il fut un temps où on interdisait aux grands groupes de devenir trop puissants (démentellement de ATT).
    Pourquoi ne l’a-t-on pas fait avec Microsoft ? Quid de Google, Apple, certaines banques, etc …
    Ma conviction : oui au libéralisme dans le sens fondamentalement macro-économique du terme. Non au libéralisme de la sauvagerie des relations professionelles, du darwinisme de la sélection et du profit maximal à tout prix.
    A partir du moment où une théorie économique devient un dogme, elle devient dangereuse et néfaste.

    ps : ce commentaire a été censuré sur le site de Charles Gave (Institut des libertés … liberté rien du tout)

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      • salut,
        un peu tardif mais comme il s’agit d’actualité mieux vaut tard que jamais :
        – monsieur ph111 : cela justifie -t-il une censure d’un site qui se dit : Institut Des Libertés ?
        Que c’est loin le : "Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites…"

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        • D’abord, on n’a que votre point de vue, ensuite, l’idl reste une propriété privée, non une assemblée publique et le propriétaire a donc le droit de choisir ce qui est publié ou non.

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