Le Temps

Gaz: le scénario qui change tout

Les gaz non conventionnels modifient la donne énergétique mondiale

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Le rapport de l’Agence internationale de l’énergie sur les perspectives 2009 (LT 11.11.09) a, sans surprise, insisté sur les enjeux de la conférence climatique de Copenhague. Mais l’essentiel de son rapport contenait une autre information, autrement plus surprenante. Les réserves mondiales de gaz sont sans doute beaucoup plus importantes que prévues. Jusqu’ici, il était communément admis que la planète pourrait satisfaire ses besoins en gaz pour les 60 prochaines années, en puisant dans les stocks de trois pays (Russie, Iran, Qatar) qui se partagent une bonne moitié des réserves. Or, en réalité, les réserves pourraient couvrir deux siècles de consommation si l’on cumule les gaz non conventionnels, en particulier les gaz contenus dans les schistes (shale gaz en anglais) et les zones de transition (gaz de charbon, réservoirs très profonds).

Les schistes a porosité très faible piègent de grandes quantités de gaz provenant de la décomposition de bactéries et de matières organiques. Ils suscitent aujourd’hui une frénésie d’investissements. Car les gaz de schiste sont de plus en plus exploitables grâce à des techniques de fracturation des roches par l’envoi d’eau et de sable pour libérer les hydrocarbures. C’est aux Etats-Unis à partir du début des années 90 qu’un «rush» sur ces gisements a démarré avec la mise en service d’une cinquantaine de puits. On en dénombre aujourd’hui des milliers et les experts prévoient qu’à l’horizon 2030, 60% de la production américaine (la deuxième plus grosse production mondiale après la Russie) pourrait provenir de forages profonds et horizontaux, couvrant de larges territoires. Un saut quantitatif énorme si l’on sait que les gaz non conventionnels représentent aujourd’hui à peine quelques pour-cent de la production mondiale. Et surtout, les experts jugent que des réserves dune ampleur équivalente peuvent être trouvées en Europe ou en Asie. «C’est une percée majeure qui changera la géopolitique mondiale du gaz», confiait récemment au New York Times Amy Myers Jaffe, un expert en énergie de la Rice University.

Pour la première fois, l’Agence internationale de l’énergie consacre une partie substantielle de son analyse aux gaz non conventionnels dont la montée en puissance a d’ores et déjà un effet sur les prix. Et elle en tire une conclusion limpide: «La menace de surproduction de gaz qui se dessine pourrait avoir des effets considérables sur les structures des marchés gaziers et la formation du prix du gaz en Europe et dans la région Asie-Pacifique. La réduction importante des besoins d’importation des Etats-Unis (en raison de perspectives plus favorables pour la production intérieure et d’une demande intérieure plus faible) pourrait conduire à moins d’interactions entre les grands marchés régionaux», écrit l’agence chargée de défendre les intérêts des pays consommateurs. Le découplage du prix du gaz avec celui de pétrole se dessine à l’horizon. Et surtout, le rapport de force dans la fixation des prix entre les pays fournisseurs de gaz et pays importateurs pourrait se rééquilibrer au profit des seconds.

On devine les conséquences concrètes. L’Europe, qui redoute de devenir de plus en plus dépendante vis-à-vis de la Russie, trouverait des ressources non exploitées pour desserrer l’étau qui se referme sur elle. Les grands gazoducs, qui visent à connecter l’Europe aux nouveaux champs de Sibérie et de la mer Caspienne, et sans doute un jour l’Iran et l’Irak, sont au cœur d’une guerre géopolitique où menaces et coups de poker diplomatiques empoisonnent nos rapports avec la Russie. Or, en un coup de dé, tout pourrait changer. Cette perspective expliquerait en partie les difficultés de financement rencontrées par les promoteurs des nouvelles routes de gaz et contribue sans aucun doute à fragiliser les grands projets de gaz liquéfiés qui doivent permettre aux Etats-Unis et à l’Europe de diversifier leurs sources d’approvisionnement.

Les stratèges des grandes compagnies pétrolières et gazières ont compris les enjeux; toutes à des degrés divers multiplient les alliances, les rachats d’entreprises pour exploiter et prospecter de nouveaux gisements de gaz non conventionnels. Aux Etats-Unis, l’industrie gazière cherche à convaincre le Congrès et le président de l’importance stratégique des gisements de gaz de schiste sous l’angle de la sécurité énergétique et du climat (pour une même quantité d’énergie, le gaz émet 50% de CO2 en moins que le charbon).

S’il est incontestable que les gaz non conventionnels bouleversent la donne énergétique mondiale, les experts disposent encore de peu de données en dehors des Etats-Unis, notamment sur les risques environnementaux, qui sont loin d’être négligeables. De plus, si les techniques de forage en grande profondeur progressent, certaines régions ne permettront  sans doute pas de récupérer des grandes quantités d’hydrocarbures à des prix raisonnables. Et surtout, la crise économique se fait durement ressentir dans l’industrie du gaz et l’exploration ne reprendra que si les investisseurs ont la certitude que les prix, actuellement déprimés, se redressent.

A n’en pas douter: le gaz sera l’énergie de transition majeure de la planète et pourrait contrecarrer les effets de la stagnation attendue de la production pétrolière dont les réserves facilement accessibles ont sans doute été surévaluées. Par ailleurs, si le gaz est une énergie de substitution au pétrole, une taxation progressive du CO2 ralentira à terme sa progression, encouragera la frugalité énergétique et les technologies propres. Reste que nous sommes en train d’assister à un passage de témoin entre le gaz et le pétrole dont l’ampleur et les conséquences semblent désorienter l’Agence internationale de l’énergie qui vient tout juste d’en esquisser les enjeux.

Par Pierre Veya le temps

Commentaire Vallourec (extraitsnov09) sur situation gaz US :

Quelle est la situation aux Etats-Unis ?
Le marché américain n’est pas reparti. La consommation de gaz à usage industriel est toujours inférieure à celle de l’an dernier. Nous notons un début de reprise que nous qualifierons de « technique ». Les distributeurs procèdent à un restockage, mais nous ne savons pas si ce phénomène est lié à un accroissement de la demande finale ou non. La prudence reste de mise, d’autant que le nombre d’appareils de forage en activité sur le sol américain reste faible. Mais l’évolution de l’activité outre-Atlantique est toujours plus brutale qu’ailleurs et ce dans les deux sens. Une bonne surprise n’est pas exclue au second semestre 2010.
Quelles sont les conditions d’un tel scénario ?
80 % des forages aux Etats-Unis concernent le gaz. Un nombre croissant des gisements de gaz prospectés sont situés dans des zones qui n’étaient que peu exploitées auparavant, les shale gas, ou gaz de schiste. Or ces gisements, très nombreux mais de petite taille, s’épuisent assez vite, entre dix-huit et vingt-quatre mois. Beaucoup de ces gisements de gaz de schiste qui ont été mis en production en 2007 arrivent à maturité. Toutes choses égales par ailleurs, il faudra donc reprendre les forages pour maintenir un niveau de production de gaz satisfaisant. C’est de là que peut venir la bonne surprise.
A plus long terme, grâce aux découvertes de ces gisements de gaz non conventionnels, les Etats-Unis resteront un grand pays énergétique. Or, pour exploiter ces nouvelles ressources, il faut mettre en oeuvre des techniques nouvelles, pointues. Et, donc, utiliser plus de tubes « premium ».

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Le gaz naturel: A la fois une matière première et un investissement (cliquez sur le lien)

3 réponses »

  1. Bonjour
    Félicitations pour cet excellent article . Il prouve une nouvelle fois que la notion de réserves énergétiques doit tenir compte du niveau du prix et des évolutions technologiques .Cette nouvelle est elle une bonne nouvelle pour la planète ? Ma réponse et malheureusement , je vais être normand : Oui , car elle affaibli les dictateurs possesseurs de gaz , Non car elle va modérer le prix de l’énergie , ce qui n’incitera pas les économies d’énergie avec son incidence sur le réchauffement climatique .
    Michel ROCHET

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s