Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

Le Ratio » shareholder yield » ou la mesure de la valeur à l’actionnaire

Les entreprises américaines consacraient davantage de leurs bénéfices accumulés pour réduire le nombre de leurs actions en circulation que pour payer un dividende à leurs actionnaires. En achetant une part des actions en circulation (pour les retirer du marché), elles augmentent alors la valeur des actions restantes. Bref, il s’agit d’une façon de remettre une part des profits aux actionnaires.

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Les responsables financiers des entreprises  invoquent trois raisons pour justifier un programme de rachat d’actions:

1- augmenter la valeur de l’action quand on juge qu’elle est dépréciée par le marché;

2- rationaliser la structure du capital de la compagnie, car un rachat d’actions permet d’augmenter le rapport entre la dette et l’avoir des actionnaires en cas de besoin;

3- comme le gain en capital est moins taxé qu’un gain en dividende, le rachat d’actions permet de remettre une partie des profits aux actionnaires avec un avantage fiscal appréciable.

En temps normal, un rachat d’actions par une compagnie est le signe que les dirigeants sont optimistes quant à l’avenir de leur société, et qu’ils sont assez convaincus que leur titre en bourse est injustement déprécié. D’ailleurs, en s’engageant dans un programme de rachat d’actions, les administrateurs des entreprises veulent surtout envoyer un message clair aux investisseurs et au marché boursier, à l’effet qu’à leurs yeux le prix du titre de leur société ne correspond pas à sa juste valeur.

Ce ne sont pas tous les investisseurs qui aiment les compagnies qui se lancent dans un rachat de leurs actions. Les chasseurs de compagnies en croissance préfèrent que les profits servent à des investissements productifs pour augmenter les parts de marché des entreprises. Ils ne voient pas d’un très bon œil qu’une compagnie se serve de l’avoir de ses actionnaires pour le remettre aux actionnaires. Pour eux, les patrons font alors un aveux à peine voilé que la croissance n’est plus au rendez-vous, comme si on avait frappé un mur et que l’on devenait une pure entreprise cyclique. Lorsqu’une entreprise est en pleine croissance, elle ne se pose pas beaucoup de questions quant à ses profits : elle en a besoin pour grossir et elle va même jusqu’à emprunter ou émettre des actions pour financer sa croissance.

Les chasseurs d’aubaines à la Warren Buffett ont un point de vue différent. Si l’action est sous-évaluée par le marché, le meilleur investissement à faire est souvent de racheter une part des actions en circulation. Cette décision est parfois beaucoup plus rationnelle que de se lancer dans des dépenses folles pour faire des acquisitions et de l’expansion tout azimut. Quand les compagnies ont des bénéfices accumulés au point de ne plus savoir quoi en faire, dit Buffett, qu’elles les donnent donc aux actionnaires. Après tout ce sont eux les propriétaires.

Le dividende n’est plus, désormais, la principale forme de retour des profits aux actionnaires. Pour connaître la part des bénéfices qu’une entreprise remet dans les poches de ses actionnaires, l’investisseur doit prendre en compte, à la fois, le dividende et la valorisation des actions lorsqu’on en réduit le nombre en circulation. C’est pourquoi on parle de plus en plus, chez nos voisins américains, d’un nouveau multiple boursier appelé le « shareholder yield », que je traduirais par l’expression rendement à l’actionnaire ou, encore, par le terme valeur à l’actionnaire.

Le shareholder yield est donc un multiple qui combine le rendement en dividende d’un titre et le taux de ses actions qu’une compagnie rachète sur le marché. C’est un ratio tout à fait nouveau qui permet, selon ses défenseurs, d’identifier les vraies bonnes valeurs et, surtout, les compagnies qui n’hésitent pas à redistribuer une bonne part de leurs profits aux actionnaires. Le plus intéressant avec ce multiple est qu’il permet d’identifier les titres qui offrent un excellent potentiel d’appréciation. Ainsi, l’investisseur qui a acheté, lors des 20 dernières années, les 10 titres du S&P 500 qui avaient le meilleur « shareholder yield », et qui a renouvelé ce panier de 10 titres une fois l’an, a obtenu un rendement annuel moyen de 22,63 %, contre 11,66 % pour le sous-indice comparable S&P 500/Barra Value. Pour les 30 dernières années, l’investisseur qui a acheté le panier de 5 titres du Dow qui offraient le meilleur shareholder yield (avec un renouvellement du panier une fois l’an à la même date) a réalisé un rendement annuel moyen de 20 %, contre 12,68 % pour l’indice Dow Jones.

Très peu connu pour le moment des investisseurs professionnels, le shareholder yield risque de faire parler de lui au cours des prochaines années. Il est appelé à faire partie du coffre à outils des chasseurs d’aubaines, au même titre que le bon vieux ratio cours/bénéfices.

André Gosselin, analyste et chercheurs canadien en Finances

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES : Formation Financière : Le risque d’être un investisseur « valeur » (cliquez sur le lien)

Du bon usage de la « Shareholder value » (cliquez sur le lien)

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