C’est la crise, mais pas pour les fonctionnaires européens
Demande d’indexation non négligeable, souhait d’une hausse des dépenses administratives, retraites confortables: l’austérité n’a pas encore atteint les couloirs des institutions européennes.
PLUS DE GABEGIE ET DEXUBERANCE IRRATIONNELLE ET BUREAUCRATIQUE EN SUIVANT :
– Europe, 2010. Tout le Continent se convertit à l’austérité. Tout ? Non, à Bruxelles, un petit village peuplé d’irréductibles fonctionnaires résiste encore et toujours à la rigueur budgétaire qui s’est abattue sur l’Union européenne…
En quelques mois, les quelque 50.000 fonctionnaires européens viennent de donner la désagréable impression que les efforts de modération salariale imposés dans de nombreux Etats membres ne s’appliquaient pas à eux.
Demande d’indexation non négligeable, souhait d’une augmentation du budget consacré aux dépenses administratives, parachutes dorés pour les commissaires, rumeurs de projets d’achat controversés : faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ? Au Berlaymont, au Juste Lipse ou au Paul-Henri Spaak, les bâtiments-phares respectifs de la Commission, du Conseil et du Parlement, on s’en défend, arguments à l’appui. Il n’empêche : l’image des eurocrates –un terme peu apprécié dans la landerneau européen- en a pris un coup ces derniers temps. Alors, un peu trop âpres au gain, les fonctionnaires européens ?
Le vice et la vertu de nos (trop) chers Eurocrates (cliquez sur le lien)
Une revalorisation
Depuis fin 2009, les institutions de l’UE et les gouvernements européens sont engagés dans un bras de fer au sujet d’une revalorisation salariale. Compte tenun de la crise, les Etats membres ne sont prêts qu’à concéder une hausse de 1,9%, contre 3,7% réclamés par les fonctionnaires.
Ceux-ci sont soutenus par la Commission européenne, qui a attaqué en justice les Etats de l’UE pour obtenir gain de cause.
Les fonctionnaires ont la légalité pour eux. L’indexation résulte en effet d’un règlement du Conseil prévoyant une méthode de calcul qui prend en compte l’indexation des salaires des fonctions publiques de huit pays européens et de l’évolution du coût de la vie à Bruxelles basée sur un panier ” international “. Un accord qui doit être revu en 2012.
Le problème vient du fait qu’il y a un certain ” effet retard “. Le calcul de l’indexation est effectué avec un décalage, ce qui explique que l’augmentation réclamée actuellement tombe en pleine période d’austérité.
Une austérité qui n’était pas encore à l’ordre du jour pour la période de référence. L’indexation de 2008 avait ainsi été proche de zéro et celle de l’année prochaine pourrait même s’avérer négative. “Bien sûr que l’Europe est plongée dans l’inquiétude et la rigueur. Mais si les fonctionnaires nationaux sont augmentés, on l’est aussi” résume Michel Mann porte-parole de la Commission, qui fait valoir que “le Conseil ne respecte pas sa propre législation“.
“ C’est vrai que cette hausse est difficile à défendre actuellement. Mais il y a un accord ; il faut s’y tenir. On ne peut changer les règles en cours de route, estime de son côté la députée européenne Isabelle Durant, qui est membre du bureau du Parlement, l’instance qui gère l’assemblée u quotidien. “Par ailleurs, les moyens et bas salaires ne sont pas si élevés que cela “, ajoute-t-elle.
“Bon nombre de fonctionnaires des institutions communautaires gagnent entre 2800 et 5000 euros bruts“, souligne une source anonyme. Exact, à ceci près que d’importants avantages, dont une allocation pour enfant à charge, une allocation scolaire et une allocation de foyer, viennent grossir ce salaire. Les expatriés –soit la plupart des fonctionnaires- ont également droit à une indemnité de dépaysement et d’expatriation (16% du salaire de base).
De plus, côté imposition, ils n’ont pas trop à se plaindre non plus. Des retenues interviennent au titre de l’assurance sociale, des pensions et de l’impôt communautaire. Mais ce dernier est loin d’être exorbitant (30% environ) et ne porte que sur le salaire. En revanche, pas de treizième mois, ni de pécule de vacances ou d’avantages extra-légaux (voiture, carte essence…).
Compte tenu de tout cela, “la demande d’augmentation de 3,7% me paraît relativement scandaleuse et inquiétante étant donné la période de rigueur actuelle“, juge un membre du Parlement européen. “Sur le fond, est-il normald’accorder une indemnité d’expatrié à quelqu’un qui habite ici depuis 15 ou 20 ans et qui a fait sa vie ici? Ou à un immigré de longue date en Belgique qui a gardé sa nationalité d’origine?” ajoute-t-il.
Autre problème: l’impôt communautaire. “Quinze ou vingt pour cent des citoyens d’Uccle ne paient rien pour leur commune ou pour Bruxelles, dont ils bénéficient au quotidien des infrastructures…”
Et puis bien sûr, il y a les rémunérations des hauts postes (directeurs généraux, chefs d’unité, secrétaires généraux), qui peuvent atteindre une fourchette de 14.000 à 17.000 euros nets mensuels.
“C’est sans doute là que l’on pourrait agir“, admet Isabelle Durant. Quant au salaire d’un commissaire européen, il est d’environ 20 000 euros nets par mois. Une somme qui suscite également des commentaires, surtout avec l’augmentation constante du nombre de membres du collège ces dernières années.
Leur système de retraite a lui aussi été critiqué pour sa générosité. Pour éviter notamment les conflits d’intérêt, il leur octroie une indemnité pouvant atteindre jusqu’à 65 % de leur salaire pendant les trois ans suivant leur départ. Vous avez dit “parachute doré”?
O.G. echo mai 10