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Nicolas Baverez : le programme calin de la gauche

Nicolas Baverez : le programme calin de la gauche

  Le PS a retrouvé depuis le scrutin régional des électeurs et une stratégie fondée sur l’alliance avec les écologistes en lieu et place des communistes ; il lui reste, pour aborder 2012, à choisir un leader et à définir un projet politique.

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Or sa ligne commence à se dessiner. Le 27 avril, le conseil national a adopté un nouveau modèle économique, social et écologique établi sur une production plus sobre en ressources, une garantie d’accès aux biens communs (éducation, santé et culture), un partage de la valeur ajoutée favorable au travail par la limitation des écarts de salaires, une révolution fiscale assise sur la hausse des prélèvements sur le capital et les hauts revenus, enfin la mise en place d’« écluses sociales ou environnementales » dans le commerce international. Martine Aubry a placé ce modèle alternatif sous le signe d’une « offensive de civilisation » se fixant pour objectif l’émergence d’une « société du soin ». Enfin, les propositions pour la retraite universelle et personnalisée publiées le 18 mai préconisent le maintien de la retraite à 60 ans, l’institution d’une retraite à la carte et la prise en compte de la pénibilité, le tout au prix de 45 milliards d’euros de prélèvements supplémentaires d’ici à 2025.

Ces propositions soulignent l’absence de crédibilité du PS pour gouverner la France.

Elles visent de fait moins à définir un modèle alternatif de développement qu’à réaliser l’unité de la gauche. D’où la dérive vers l’utopie et des slogans aussi généreux que flous : le « réformisme radical » ; « produire mieux et utile plutôt que produire plus » ; substitution du « juste échange » au libre-échange ; « ajouter de la vie aux années et pas seulement des années à la vie » ; « capacité de chacun d’être consom’acteur ». L’improbable synthèse entre sociaux-démocrates et gauche radicale n’a été obtenue qu’autour d’une politique des bons sentiments qui culmine dans la société du soin, fondée sur un principe de compassion universelle. Elle repose sur le déni du réel, faisant l’impasse sur les problèmes cruciaux de la maîtrise des dépenses et des dettes publiques, de l’effondrement de la compétitivité et de la lutte contre le chômage de masse. Surtout, ce pseudo-modèle novateur se réduit à la réhabilitation des vieilles recettes qui ont échoué depuis un quart de siècle : l’étatisme avec le contrôle des salaires, l’ouverture de nouveaux droits sociaux universels à réparation ou la résurrection des emplois jeunes ; le dirigisme avec la création d’un pôle public d’investissement industriel ; le protectionnisme avec les taxes sociales et environnementales aux frontières ; le fiscalisme avec un déluge d’impôts supplémentaires dont les conséquences seraient dévastatrices pour la compétitivité et l’emploi dans un pays où les prélèvements atteignent le niveau record de 47 % du PIB et qui connaît un chômage structurel de masse depuis les années 70.

Le projet socialiste, en prétendant répondre aux défis du XXIe siècle avec les idées de 1981, ignore les changements du monde, notamment le basculement du capitalisme vers l’Asie et l’essor des pays émergents.

La recherche de nouveaux modes de production s’effectue indépendamment des crises de la mondialisation et de l’Europe. Aucune conséquence n’est tirée de la dégradation de la situation de la France, sinon de nouvelles dépenses de redistribution en dépit du surendettement. Le réinvestissement dans les services publics tourne le dos aux études de l’OCDE ou de la Cour des comptes qui soulignent l’effondrement des performances de l’éducation nationale ou du système de santé en démontrant qu’il ne s’agit pas d’un problème de moyens. Les réflexions sur les retraites évacuent l’évolution démographique et les 32 milliards de déficits qui ruinent le principe de la répartition et qui relèveraient de « discours anxiogènes ».

Le PS s’est installé dans le déni d’une histoire dont il refuse le caractère tragique et d’une économie ouverte dont il récuse les risques.

En campant dans un univers virtuel, il se coupe de l’action politique. En témoigne son repli hexagonal qui le sépare de la gauche européenne. La social-démocratie suédoise est méconnue, qui a concilié compétitivité et haut niveau de protection sociale. Une chape de plomb s’abat sur les tournants vers la rigueur opérés par les gouvernements Papandréou en Grèce (réduction du déficit de 10 points de PIB en cinq ans) ou Zapatero en Espagne (coupes de 65 milliards d’euros des dépenses incluant la diminution de 5 % de la rémunération des fonctionnaires et le gel des retraites). Au total, s’il devait être appliqué, le programme du PS promet bien à Dominique Strauss-Kahn de diriger la France, mais en tant que directeur général du FMI.

Sous une unité factice, le PS reste traversé par la lutte entre la gauche cynique et démagogue de Guy Mollet et de François Mitterrand, désormais incarnée par Martine Aubry, et la gauche sociale-démocrate et responsable de Jean Jaurès, Léon Blum et Pierre Mendès France, ralliée à Dominique Strauss-Kahn.

L’actuelle direction du PS décline tous les préceptes de la vieille gauche, aussi radicale dans ses principes qu’opportuniste dans sa pratique : primauté absolue accordée à la conquête du pouvoir et mépris pour la cohérence qu’impose son exercice ; prise du parti à gauche puis du pouvoir au centre ; culte de l’ambiguïté et refus des choix requis pour gouverner ; double discours entre les promesses nationales et les engagements européens. C’est précisément contre le mensonge habillé d’abstractions théoriques que Jaurès a cherché à ancrer le réformisme. Jaurès qui expliquait que « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ». 

source le point mai10

EN COMPLEMENT : Pour l’économiste, le report de l’âge de départ à la retraite ne suffira pas à sauver le système.

Le report de l’âge légal de départ à la retraite au-delà de 60 ans est « la principale manière d’essayer de gagner de l’argent à court terme », mais cela ne suffira pas à ses yeux.

Rediscuter du « niveau des pensions »

« La France est le seul pays où un retraité a un niveau de vie qui est de 4% supérieur à celui d’un actif, je ne pense pas que ce soit tenable à terme », a expliqué Nicolas Baverez, avant d’en tirer la conclusion suivante : « Il y aura des réflexions à avoir sur (…) le niveau des pensions », « tout le monde va devoir faire des efforts et travailler plus ».

Or les pensions sont l’un des rares paramètres que le gouvernement a décidé de ne pas toucher au cours de la réforme des retraites. « Ma théorie, c’est que les Français sont bien en avance sur leurs dirigeants », a pourtant réagi l’économiste

Baisse de l’euro : « une excellente nouvelle »

« Vieillissement, surendettement, sous-compétitivité, surévaluation de la monnaie : si nous n’arrivons pas à faire bouger certains de ces critères, nous allons avoir de grosses difficultés. D’où l’importance par exemple aujourd’hui de la baisse de l’euro, qui est une excellente nouvelle », a détaillé Nicolas Baverez.

« La baisse de l’euro, c’est le moteur de l’exportation qui peut nous aider dans cette période extrêmement difficile », a-t-il analysé avant de revenir sur l’endettement des pays européens, qui l’inquiète autant que les marchés : « Aujourd’hui c’est le niveau de la dette qui risque de tuer la croissance ».

source europe1 mai10

BILLET PRECEDENT : Nicolas Baverez /Retraites/France : l’état d’alerte (cliquez sur le lien)

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Eric Le Boucher /PS: le retour des années 1970 en France (cliquez sur le lien)

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