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L’éclatement de la bulle immobilière en Chine

C’est l’opinion de nombreux experts, dont plusieurs basés en Chine : la bulle immobilière est sur le point d’éclater dans l’Empire du Milieu. Et les conséquences se feront sentir partout dans le monde.

PLUS/MOINS DE BULLE EN SUIVANT : 

Le prix des propriétés a monté en flèche en Chine ces derniers mois. Bloomberg Businessweek (cliquez sur le lien) citait en juin des chiffres publiés par le Bureau national de la statistique de Chine, (cliquez sur le lien) avec un bond de 12,4% en mai, comparé à la même date l’an dernier. Cette hausse spectaculaire suit le record d’avril, qui se situait à 12,8% (comparativement à avril 2009).

Bloomberg écrit que les tentatives du gouvernement chinois de contrer la spéculation immobilière se sont avérées vaines.

En fait, ajoute la New Zealand Banking Group (citée par Bloomberg)(cliquez sur le lien), les mesures gouvernementales ont surtout affecté le volume de transactions, qui est en forte baisse. Pas les prix.

Mais cette chute de volume s’est reflétée sur l’indice de la Bourse de Shanghai, (cliquez sur le lien)qui a chuté de 28% entre janvier et juin. Les ventes de maisons et d’appartements à Beijing, Shanghai et Shenzhen, les trois marchés les plus importants et prospères de Chine, ont chuté de 70% en mai, comparativement à avril. Pour la même période, les ventes de terrains destinés à l’érection de complexes immobiliers ont aussi chuté de 14%.

Bloomberg constate que ces chutes s’expliquent par la plus grande timidité des banques à prêter à des acheteurs qui, eux aussi, hésitent de plus en plus.

La Banque du Peuple de Chine cliquez sur le lien) a augmenté les ratios de réserves de capitaux des banques trois fois depuis le début de l’année, écrit AsiaOneBusiness.(cliquez sur le lien) Ce ratio fixe la proportion des fonds provenant des dépôts que doivent détenir les banques, comparativement aux prêts qu’elles consentent.

Aussi tôt que décembre 2009, rappelle AsiaOneBusiness, le président de la Chine Wen Jiabao a affirmé que les prix des maisons ont augmenté trop rapidement. Le problème, c’est que la qualité des statistiques chinoises empêche une mesure précise du phénomène.

Un autre haut dirigeant chinois, Xu Shao Shi, le ministre des Terres et des Ressources, a reconnu, début juillet, que les ventes de maisons avaient récemment diminué et que les prix stagnent désormais. Il a même prédit une correction majeure du marché d’ici trois mois, selon Channelnewsasia.(cliquez sur le lien)

Cela dit, le marché immobilier chinois est « naturellement » porté à se comporter comme une bulle. Car la demande pour de nouvelles résidences est constamment stimulée par l’afflux ininterrompu de nouveaux citadins venus des campagnes, en quête d’emplois dans les régions urbaines de Chine. Malgré tout, la Chine entend multiplier les mesures pour limiter la surchauffe de l’immobilier; avant tout pour contrer la spéculation.

Le secteur immobilier Chinois est fortement lié à d’autres industries, comme l’acier, le ciment et l’aluminium. Une baisse de demande aurait des effets importants sur l’économie chinoise, mais aussi planétaire, poursuit Bloomberg.

Un des gourous chez les économistes pessimistes, Marc Faber, auteur du « Gloom, Boom & Doom Report », (cliquez sur le lienà) affirme que le marché immobilier chinois pourrait s’écrouler dans les 12 prochains mois, ajoute AsiaOneBusiness. Une opinion reprise par Andy Xie, une des anciennes stars de Morgan Stanley en Asie. Mais les optimistes croient que la croissance de l’économie chinoise est assez diversifiée pour éviter l’éclatement d’une telle bulle, comme l’affirme Joseph Tan, économiste en chef chez Credit Suisse.

Malgré ces propos rassurants, en avril, la banque BNP Paribas ajoutait au pessimisme ambiant, en déclarant qu’elle s’attendait à une baisse d’au moins 20%, dès cette année, des prix des immeubles en chine, rapporte Bloomberg Businessweek.(cliquez sur le lien)

Début juillet, Kenneth Rogoff, professeur à l’Université de Harvard et ancien chef économiste au FMI, affirmait que l’éclatement de la bulle immobilière chinoise était commencée, selon Credit Writedowns. Mais que la chine ne devrait pas connaître de récession en W.

« C’est une bulle et il difficile de prédire comment cela va se répercuter sur le système bancaire. », explique Kenneth Rogoff à Reuters.

« Beaucoup d’ajustements sont nécessaires en Chine et l’immobilier est en première ligne », précise le professeur, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI). Selon lui, les autorités chinoises agissent dans le bon sens pour résoudre ce problème.

L’idée que la bulle immobilière soit déjà crevée en Chine est partagée par le professeur Daniel H. Rosen, de l’Université Columbia. L’expert des questions chinoises, dont les propos sont rapportés sur le site Chinarealtime Report, ne croit pas que cette crise ne s’étende à l’ensemble de l’économie chinoise. Car la consommation discrétionnaire, qui comptait pour 52% de la croissance du PIB chinois en mars, n’a pas ralenti.

Désormais, la consommation compte davantage que tout autre secteur de l’économie chinoise, depuis 1993, affirme le prof Rosen.

Le problème de l’immobilier chinois préoccupe tout de même les investisseurs internationaux, qui tentent de se diversifier géographiquement après avoir été échaudés par les crises économiques européennes et américaines. Mais il constitue avant tout un véritable défi pour le gouvernement chinois.

Beijing tente de juguler la surchauffe immobilière en jouant sur les taux d’intérêt. Mais pas trop, pour ne pas compromettre la relance qui accompagne la sortie de crise économique, écrit Pieter Bottelier sur le site de Carnegie Endowment for International Peace.

La Chine, poursuit Bottelier, ne partage pas les points de vue d’Alan Greenspan. Ce dernier affirme que les banquiers centraux ne peuvent ni reconnaître ni prévenir les bulles spéculatives. Et qu’il est plus facile de nettoyer les dégâts après l’éclatement d’une telle bulle, au lieu de tenter de la vider de son air (deflate) avant qu’elle n’éclate.

D’autant plus que les dirigeants chinois doivent composer avec l’aspect social de l’accès à la propriété, qui est un phénomène marquant de la Chine contemporaine. Bloquer la voie à des millions de futurs nouveaux propriétaires représente désormais un énorme risque d’instabilité sociale en Chine.

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : La Chine veut limiter les prêts hors bilan des banques

 Les autorités chinoises tentent de mettre un coup de frein aux activités de prêts hors bilan des banques via des « trusts », des sociétés financières d’un type particulier à la Chine, ce qui pourrait encore réduire le flot de crédit injecté dans l’économie.

La Commission chinoise de régulation bancaire a ordonné vendredi aux trusts, ces sociétés à la fois présentes dans le capital-investissement, la gestion d’actifs et le secteur bancaire, de cesser le lancement de produits en matière de gestion d’actifs qui permettent de transférer l’argent des clients des banques vers tel ou tel secteur clé.

Dans ce type d’opération, une banque vend par exemple un prêt à un trust qui le transforme en instrument lié à des actions ou à des obligations offrant un rendement supérieur à celui offert par les dépôts bancaires.

« Le régulateur bancaire craint que ces produits puissent être utilisés comme instruments par les banques commerciales pour contourner les contrôles sur le crédit », dit-on dans une banque commerciale.

La banque centrale chinoise a réduit le quota de crédit pour cette année à 7.500 milliards de yuans (880 milliards d’euros) après une augmentation record de 9.600 milliards de yuans en 2009.

Mais, selon les données de Use-Trust, une société de conseil spécialisée dans le secteur des trusts, 413 nouveaux produits bancaires de trusts sont arrivés sur le marché en mai pour un total de 614,9 milliards de yuans, soit presque autant que les nouveaux prêts du mois qui se montent à 639,4 milliards de yuans.

Selon Qiu Zhicheng, analyste bancaire, l’injonction de la banque centrale va encore réduire les prêts bancaires.

« Ce n’est pas forcément totalement négatif pour les banques, puisque les taux des prêts vont sans doute augmenter si l’offre de prêts n’est pas très importante », estime-t-il.

Les analystes soulignent le manque de données précises sur l’activité de prêts via les trusts.

Si un emprunteur auprès d’un trust fait défaut, les investisseurs n’ont en principe aucun recours contre la banque à l’origine du produit parce qu’elle ne l’a plus dans son bilan.?

« La transformation de prêts en produits de gestion d’actifs est un des faits les plus déroutants que nous avons constatés dans le secteur bancaire chinois ces dix dernières années », estime Charlene Chu, chez Fitch Ratings.

« C’est une décision positive pour assurer la stabilité du secteur financier sur le moyen terme, mais cela pourrait avoir des conséquences très négatives pour la croissance chinoise à court terme », ajoute-t-elle.

« Interdire cette activité fermera le robinet pour de nombreuses sociétés chinoises ».

L’interdiction, émise à la veille du week-end par l’autorité bancaire est la dernière d’une série de tentatives pour ralentir l’activité de prêt par les trusts.

Mais malgré ces efforts, la valeur totale des produits des sociétés trusts a atteint plus de 2.000 milliards de yuans, contre 600 milliards de yuans fin septembre.

source reuters juil10

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