Europe

Jean Pierre Petit : Apports et limites des stress tests

Jean Pierre Petit : Apports et limites des stress tests

Résultat le 23 juillet pour 91 banques couvrant 65% du système financier européen.

Jean-Pierre Petit  La décision de mise en oeuvre et de publication prochaine (le 23 juillet) des stress tests sur les banques européennes constitue unebonne nouvelle à plus d’un égard.

PLUS DE PETIT EN SUIVANT :

D’abord, les stress tests offrent un incomparable gain de transparence entre les établissements grâce à une méthodologie et une base de comparaison homogènes. Ils doivent aussi déboucher sur une meilleure discrimination des risques entre établissements, ce qui est favorable aux investisseurs: il n’y a pas de raisons que l’ensemble du système bancaire souffre d’une prime négative qui n’est réellement justifiée que pour certains.

C’est enfin un levier aux restructurations et aux cessions d’actifs.

N’oublions pas par ailleurs qu’il s’agit d’une question cruciale pour les banques européennes qui ressortent toujours comme celles ayant le moins extériorisé leurs pertes avec encore 250 milliards de dollars de pertes non extériorisées sur 665 selon le FMI, soit près de 40% du total estimé contre 205 milliards de dollars aux Etats- Unis sur près de 900, soit 23% du total estimé.

Les détails des stress tests sont encore flous mais il ne semble pas qu’ils soient complaisants. Les hypothèses macroéconomiques sont crédibles: -3% par rapport aux prévisions de la Commission Européenne pour 2010 et 2011.91 banques seront concernées, couvrant 65% du système bancaire européen.

En particulier, les Cajas et les Landesbanken y seront soumises.

On sait aussi que la dette souveraine sera stressée: on n’en connaît toutefois pas les modalités exactes alors que c’est l’une des principales interrogations du marché et une forte source d’instabilité.

Les chiffres de 17% de haircut pour la Grèce et 3% pour l’Espagne ont été évoqués sans que ceux-ci soient définitifs.

Les informations données sur les types de ratios de capitalisation utilisés pour l’analyse semblent par ailleurs converger vers un ratio Tier 1 de 6%.

 Bref, l’ensemble du dispositif apparaît assez solide.

En revanche, ce plan se heurte à certaines limites. Les besoins en capital des institutions financières n’ont été que partiellement évoqués et nous ne savons pas s’il y aura un caractère contraignant des résultats sur le capital, contrairement aux stress tests de la Fed au printemps 2009.

Les structures de défaisance ne sont pas en place dans l’ensemble des pays à l’inverse des Etats-Unis avec la PPIF et la PPIP qui permettaient de délester les banques de leurs actifs toxiques.

Au total, si le stress test apparaît s’inscrire plus dans un plan d’ensemble qu’en octobre 2009, les détails sont dans l’ensemble encore assez flous. Les résultats qui en ressortiront peuvent difficilement être très négatifs et montrer des insuffisances significatives en capital compte tenu du fait que les plans de recapitalisation n’ont pas encore été précisés, contrairement aux Etats-Unis en avril 2009 (110 milliards restaient dans la TARP).

Par ailleurs, la situation budgétaire européenne étant actuellement sous la pression des marchés, il est difficile d’envisager un soutien public supplémentaire crédible aux recapitalisations (contrairement au début 2009), à l’exception sans doute de l’Allemagne dont le soutien sera sans doute utile pour certaines Landesbanken.

JEAN-PIERRE PETIT économiste et Stratégiste de marché juil10

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Le secteur financier et bancaire demeure à cause des craintes que certaines banques européennes ne puissent pas passer leurs stress tests. Certains analystes pointent du doigt en particulier Commerzbank et Banco Popolare . Il est clair que la probabilité de la faillite de ces banques et minime, mais l’échec des stress tests témoignerait  surtout d’une  santé financière non conforme aux attentes.

Selon Alessandro Roccati, associé chez Macquarie Securities interrogé ce mercredi par CNBC, onze banques, dont l’Italien Banco Popolare, mais également l’Allemand Commerzbank, échoueraient à remplir les critères des fameux « stress tests » bancaires de l’Union Européenne. Ainsi, Macquarie Securities explique dans un rapport dévoilé ce jour, avoir identifié un certain nombre de banques qui auraient besoin de plus de capitaux dans le cadre d’un scénario de base de « stress test ». 

Macquarie précise que l’ensemble des banques grecques étudiées aurait besoin de capitaux. De même, Bankinter, Postbank, Banco Popolare , BCP, Commerzbank  et Sabadell n’auraient pas les capitaux suffisants dans le scénario basique. Pour Macquarie, le facteur clé résulterait du coût du crédit, et non du déclin de l’activité suite au ralentissement économique. 

EN COMPLEMENT : Les tests de résistance seront un obstacle pour certaines banques régionales

Les grands établissements sont suffisamment capitalisés, d’après les analystes. Les mises à l’épreuve aideront surtout à dissiper l’incertitude qui pèse sur le secteur. En Suisse, la possibilité d’une publication reste ouverte

«De possibles poches de vulnérabilité.» C’est ce qu’attend le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn des résultats des tests de résistance (stress tests) des banques dont la publication très attendue est prévue le 23 juillet. En Europe, «le secteur est globalement résistant», a-t-il assuré.

En tout, 91 établissements, représentant 65% de l’activité bancaire de la zone euro, ont dû se soumettre à ce test, qui doit déterminer si le secteur est capable d’affronter des situations extrêmes.

En très grande majorité, les analystes estiment que les banques passeront cet examen haut la main. Et en particulier les grandes banques, qui paraissent très bien capitalisées et qui ont déjà procédé à des dépréciations d’actifs.

Plus de visibilité

Certains établissements régionaux pourraient toutefois être contraints d’augmenter leurs fonds propres. Des doutes entourent notamment «les banques grecques, irlandaises, portugaises, les caisses d’épargne espagnoles et quelques établissements allemands», relève Christian Dubs, analyste chez Julius Baer.

Surtout, les analystes applaudissent la publication de ces tests qui aidera à lever l’incertitude qui plane sur l’industrie. «Même si quelques recapitalisations sont nécessaires, les investisseurs pourront reprendre confiance dans le secteur. Cela permettra de différencier les meilleures banques, alors qu’elles se trouvent actuellement toutes dans le même panier», explique Odile Clark, analyste sur les actions européennes chez Mirabaud.

Les critères choisis posent cependant quelques questions. Le Comité européen des contrôleurs bancaires (CEBS), qui a conduit l’examen avec les régulateurs nationaux et la Banque centrale européenne, évoque, dans le pire scénario, un recul de 3% de la croissance (par rapport aux prévisions établies par la Commission européenne), une baisse des prix de l’immobilier de 10% et une dépréciation des obligations de certains pays de la zone, dont la Grèce.

Certains observateurs estiment que les pires scénarios ne sont pas assez sévères. Pour Alessandro Bee, économiste chez Sarasin, ils devaient rester mesurés: il ne fallait pas qu’un cas de figure catastrophe soit trop effrayant et panique les marchés, provoquant ainsi une crise.

Hésitation helvétique

La Suisse, elle, n’a toujours pas tranché en faveur ou non d’une publication. «Pour l’instant, l’attitude des autorités n’est pas claire», estime Christian Dubs. Mais, tôt ou tard, ils devront se plier à cet exercice, pour éviter que «UBS et Credit Suisse soient les seules banques dont on ne sait rien». Du côté de la Finma, on temporise. «Nous réalisons des tests de résistance régulièrement en collaboration avec la Banque nationale suisse, mais la question de la publication ne s’est jamais posée», explique Alain Bichsel. Selon le porte-parole, la question de la divulgation «reste ouverte et dépendra de ce que publie vraiment la zone euro». Pour l’heure, il rappelle que les critères ne sont pas tout à fait connus, mais que la Finma est en contact avec l’Union européenne

B.a.-ba du régulateur

Les tests de résistance sont la base du métier de la Finma

Comme le rappelle la Finma, les tests de résistance sont «la base du métier de régulateur» et ne sont généralement pas rendus publics (du moins en Suisse). Ils consistent à soumettre des scénarios aux banques – et pas toujours seulement aux grands établissements qui peuvent faire peser un risque sur le système financier. Le but est de connaître la capacité de résistance des établissements bancaires à des conditions extrêmes, notamment dans le cas des banques européennes à une dépréciation des titres de dettes qu’ils détiennent. Les tests peuvent aussi prendre en compte des éléments macroéconomiques, comme une forte récession, ou financiers, comme une chute des marchés. Le résultat permet ensuite de voir si les banques gèrent le risque et peut inciter le régulateur à prendre des mesures. Comme exiger qu’une banque augmente ses fonds propres

 « Pour que les stress tests soient crédibles, il faudrait du sang sur les murs »

Pour Christophe Nijdam, analyste financier chez Alpha Value les hypothèses retenues pour tests de résistance des banques européennes sont déjà obsolètes. Selon lui, les caisses d’épargne allemandes et espagnoles ne seront pas les seules épinglées. Des grandes banques pourraient aussi être contraintes d’augmenter leur capital.

Certaines banques, comme l’Allemande LBBW, ne souhaitent pas être soumises aux « stress tests »

Les stress tests des banques européennes sont-ils utiles ?

« Si ces stress tests peuvent contribuer à rétablir la confiance, ce sera positif. Mais publier des tests de résistance européens en juillet 2010, c’est déjà reconnaître que l’on a raté une occasion de faire toute la transparence dès le mois de septembre 2009, à la suite des banques américaines. Lors des précédents tests de résistance qui avaient été menés en 2009 sur 22 banques européennes, aucun nom d’établissement n’avait été communiqué. A l’époque, c’est un peu comme si on avait dit  » circulez, il n’y a rien à voir « . Seules des tendances générales avaient été rendues publiques contrairement aux américains qui avaient publié des données détaillées. Certes, entre temps, il y a eu la crise de l’euro. Mais mis à part le risque souverain, aujourd’hui, on ne teste pas grand-chose en plus que ce qui avait été fait lors du test précédent. Cette fois-ci, on fait les tests dans l’urgence, sous la pression des marchés, surtout des américains.  Le timing n’est pas aussi bon qu’il y a un an. »

Ces tests font déjà l’objet de critiques avant même leur publication. Les scénarios envisagés seraient trop optimistes. Qu’en pensez-vous ?

« Le principal reproche que je ferai à ces tests c’est qu’ils se basent sur des hypothèses qui sont déjà obsolètes. Ils prennent en compte les ratios de solvabilité de Bâle 2, alors que les marchés intègrent déjà les critères de Bâle 3 même si on ne connaît pas encore leur périmètre exact. Bâle 3 exigera des fonds propres réglementaires plus importants que ceux de Bâle 2. Ce n’est pas le problème de la solvabilité qui a fait tomber les banques mais plutôt le manque de liquidités. Le véritable enjeu ce n’est pas la solvabilité mais bien les futurs ratios de liquidité de Bâle 3. La réforme prévoit deux nouveaux ratios de liquidité, le premier à moins de 30 jours, et le second en matière de refinancement supérieur à un an. Avec ces stress tests, nous assistons en fait à un exercice de communication financière. »

A quels résultats vous attendez-vous ?

« Pour que les tests soient crédibles, il faudrait qu’il y ait du sang sur les murs. Sur les 91 banques testées, il serait contre-productif que les caisses d’épargne espagnoles et les Landesbanken allemandes soient les seules à être pointées du doigt. La grande réussite des tests américains reposait sur le fait que 9 des 19 principales banques testées avaient été contraintes de procéder à des augmentations de capital. Ce fut le cas de plusieurs très grands établissements comme Bank of America ou Citigroup. »

Propos recueillis par Krystèle Tachdjian

La publication des stress tests baigne dans le flou

Quels critères analysés lors des stress tests seront rendus publics? Les 27, réunis ce mardi à Bruxelles, ne parviennent pas à trancher. Ils continueront à en discuter ces prochains jours. Le 23 juillet, les résultats consolidés des 91 groupes bancaires testés seront publiés.

Il n’y a toujours pas d’accord sur les critères de publication des tests de résistance bancaire. Les modalités de réalisation et divisent toujours les Etats de l’Union européenne. 

Réunis à Bruxelles à l’occasion de la réunion mensuelle du conseil Ecofin, les ministres des Finances des Vingt-Sept ont fait état d’un accord de principe pour avoir la plus grande transparence possible lors de la publication des résultats des tests mais ils n’ont pas apporté de clarifications sur les critères exacts qui seront rendus publics.

Ces discussions autour des critères de publication sont particulièrement difficiles et sensibles car ils peuvent largement modifier le classement établi entre banques ayant besoin d’être recapitalisées et banques saines.

Mais près d’une semaine après la publication par le Comité européen des contrôleurs bancaires (CEBS) de la liste de 91 banques soumises à ces tests de résistance ainsi que des grandes lignes des scénarios retenus, l’exercice reste donc confus.

Selon plusieurs sources européennes, plusieurs pays ont exprimé des réticences à publier certains ratios obtenus dans le cadre de ces tests.

Les réticences

La France, dans une contribution aux travaux du Comité économique et financier (Cef), l’organe qui prépare les réunions du conseil Ecofin, a notamment posé ces derniers jours la question de révéler ou non  l’exposition des établissements bancaires à la dette souveraine.

Elle a aussi souligné la difficulté d’harmoniser d’un établissement à l’autre le calcul du ratio Tier one des engagements d’une banque par rapport à ses fonds propres « durs ».

Enfin, un ratio permettant de prendre en compte l’exposition des banques à un éventuel choc de liquidités fait également partie des réflexions et des discussions entre pays.

Publication en deux temps

En ce qui concerne la publication, celle-ci se fera en deux temps, a expliqué Didier Reynders : le 23 juillet, les résultats consolidés des 91 groupes bancaires seront publiés puis, dans un délai de deux semaines, les établissements disposant de filiales dans d’autres pays détailleront les résultats déconsolidés.

Interrogé sur la manière dont il sera décidé si une banque réussira ou non les tests, le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a de son côté précisé qu’il faudrait que les banques soient résistantes aux critères de manière individuelle mais aussi dans leur ensemble.

Coordination

Didier Reynders a souligné que le Cef avait été chargé de poursuivre les discussions techniques afin de coordonner et d’organiser la publication des résultats.

« Il n’y a pas de problèmes sur le choix (des critères). C’est simplement un problème de coordination, de faire en sorte de publier au même moment tous les chiffres », a-t-il expliqué.

Lundi, à l’issue d’une réunion de l’Eurogroupe, la ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, avait dit que plusieurs critères avaient été détaillés par les ministres.

« Il s’agit notamment de situations très stressées en matière de hausse des CDS (Credit Default Swaps) et de spreads », avait noté la ministre, tout en relevant elle aussi que les travaux et les discussions se poursuivraient jusqu’à la veille de la publication des résultats, prévue pour le 23 juillet.

Interrogée sur d’éventuelles recapitalisations bancaires, la ministre a dit que plusieurs pays en « avaient sous le pied », notamment la France, l’Espagne ou l’Allemagne, dont les plans de soutien au secteur, mis en place au plus fort de la crise fin 2008, sont toujours actifs ou peuvent être réactivés.

source le temps+echo+afp juil10

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