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Voilà pourquoi le modèle économique français est dépassé

Voilà pourquoi  le modèle économique français est dépassé

Sans la maîtrise de sa politique monétaire et bientôt de sa politique budgétaire, avec un euro lui imposant un système de change fixe à l’intérieur de la zone et flexible à l’extérieur, la France doit accroître sa productivité, seule façon de se mettre en conformité avec ses engagements européens.

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La politique économique allemande a fait l’objet de nombreux commentaires récemment, certains prenant le parti de l’Allemagne, d’autres l’accusant de mener une politique déflationniste. Peu se sont intéressés à la nature de cette politique.

Elle se compose de deux éléments distincts : une politique budgétaire rigoureuse et un système de co-gestion propre à l’Allemagne.

 L’objectif final est le plein-emploi dans la stabilité des prix. S’il est possible d’objecter aux mesures d’austérité prises par l’Allemagne ces dernières semaines – encore qu’elles soient modestes (0,4% du PIB en 2011) – il est en revanche difficile de contester la co-gestion allemande. Or l’avenir de la zone euro, et plus largement de l’Europe, repose sur une telle coopération qui peut prendre différentes formes pour tenir compte des particularismes nationaux mais qui s’imposera à terme.

Marquées par le krach de 1929 et ses cortèges de chômeurs, les nations occidentales se sont données pour objectif dans les années d’après-guerre d’assurer le plein-emploi. Elles y sont parvenues mais le prix à payer fut une élévation du taux d’inflation. Une politique de plein-emploi est en effet inflationniste par nature. Les salariés, conscients du pouvoir que leur confère une telle situation, sont dans une position de force pour négocier des accords salariaux avantageux. Les entreprises, dans une économie fermée ou semi-fermée, augmentent leurs prix de vente pour maintenir leurs marges et la banque centrale n’a d’autre choix que de suivre, c’est-à-dire d’accroître la masse monétaire pour accompagner les augmentations de salaires et de prix (son refus d’obtempérer conduisant à une augmentation des taux d’intérêt préjudiciables à l’investissement, donc à la croissance et par ricochet à l’emploi).

Mais nous ne sommes plus en économie fermée. Les rapports de force ont changé.

La globalisation a mis à bas les frontières et du même coup restreint la latitude des gouvernements tout en augmentant celle des entreprises qui désormais peuvent délocaliser leur production pour abaisser leurs coûts et augmenter leurs marges. Les grands perdants sont les syndicats qui n’ont plus le levier du plein-emploi pour se faire entendre. Face à cette situation qu’ils ne maîtrisent pas, les syndicats se livrent à des actions désespérées – reflet de leur désarroi, comme nous l’avons vu en France récemment. Mais il n’y a pas de fatalité. L’Allemagne n’a pas connu de tels débordements. Bien au contraire, en février dernier IG Metall a fait preuve de retenue en se contentant d’une prime forfaitaire de 320 euros en 2010 suivie d’une augmentation de 2,7% en avril 2011. Privés de leur levier traditionnel, les syndicalistes allemands savent que le plein-emploi ne peut être atteint qu’au travers d’une certaine modération salariale. De leur coté, les patrons ont joué le jeu en investissant pour accroître la productivité (en particulier, par la robotique) et en ne délocalisant que les activités à faible valeur ajoutée afin d’assurer un taux d’emploi aussi élevé que possible. Quant au gouvernement, il a compris avant la crise qu’il devait donner plus de latitude aux entreprises en assouplissant les règles régissant le marché du travail. Cette politique, en accord avec les objectifs de la BCE, permet aux entreprises allemandes de trouver à l’étranger la croissance et l’emploi que l’Allemagne ne peut créer. Les résultats de cette politique sont connus.

Ils n’ont rien de magique. Il ne s’agit pas d’un nouveau « miracle allemand » mais plus d’une coopération intelligente des parties concernées : syndicats, patrons et gouvernement. Les syndicats français, très dogmatiques dans leur approche des problèmes, devront se convertir au pragmatisme allemand, les patrons français devront accepter de revoir leur politique d’investissement sur le territoire national et le gouvernement devra libéraliser le marché du travail pour encourager l’emploi. Une telle politique permettrait de préserver, voire d’accroître, le potentiel industriel français.

La France qui s’est faite la championne d’une gouvernance économique européenne en espérant imposer son modèle, se trompe car il est dépassé. La réduction du temps de travail et la retraite à soixante ans sont des mesures des années 60. Les allègements de charge, sensés compensés les entreprises, lui coûtent chers et la mettent en infraction des règles de Maastricht. Sans la maîtrise de sa politique monétaire et bientôt de sa politique budgétaire, avec un euro lui imposant un système de change fixe à l’intérieur de la zone et flexible à l’extérieur, sa liberté d’action est réduite et l’oblige à se mettre en conformité avec ses engagements européens. Voilà pourquoi le choix allemand est inéluctable.

Par Beryl Ancien directeur de Citigroup New York.juil10 les echos

EN COMPLEMENT : Marc Touati/France : un déficit de crise. (cliquez sur le lien)

Catégories :Douce France, Les Echos

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